Publié par la sénatrice Marilyn Trenholme Counsell (retraité) le 15 octobre 2008
À quoi vous attendriez-vous d’un médecin de famille devenu parlementaire qui regarde autour d’elle à la plage Parlee au Nouveau-Brunswick par une chaude journée d’été? Qu’elle compte les méduses? Non, ce qui m’a vraiment fait tomber abruptement de mon nuage de vacancière, c’est le gras. Non pas les oméga-3, mais bien le gras qui se trouve sur notre ventre. Si vous voulez étudier la lutte continue contre l’obésité dans notre pays, et bien, laissez-moi vous dire qu’une plage bondée est le meilleur endroit pour le faire.
L’obésité est un problème d’ordre national, au même titre que les questions touchant l’économie et l’environnement. Il n’y a qu’à constater la vulnérabilité aux crises cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux provoqués par la consommation excessive de sel et la situation de certains enfants, qui se font dire qu’ils ne vivront pas aussi longtemps que leurs parents.
Nous devons nous attaquer à l’obésité comme nous l’avons fait pour le tabagisme. La responsabilité première en ce sens revient aux parents vis-à-vis de leurs enfants. Si nous n’élevons pas des enfants en santé, nous n’aurons jamais un pays en santé, et il n’y aura jamais assez d’argent pour permettre à notre système de santé de répondre aux besoins de la population canadienne.
La Loi canadienne sur la santé, encore de nos jours, confère un caractère unique au Canada, un pays où nous consultons le médecin parce que nous sommes malades, et non parce que nous avons une carte « or ». La Loi est aussi pertinente aujourd’hui qu’elle l’était en 1964, mais étant donné les coûts de plus en plus élevés en soins de santé, les gouvernements ne peuvent plus suffire à la demande ni assumer les dépenses. Nous devons nous poser les questions suivantes : est-il possible d’utiliser plus efficacement les milliards de dollars consacrés aux soins de santé? Pouvons-nous faire davantage pour que les patients constituent la priorité dans notre système de santé?
De retour au chalet, je constate que deux habitants de l’endroit se plaignent de ce même système, particulièrement du temps d’attente. L’un d’eux a dû attendre des mois avant qu’on lui indique où s’adresser pour un diagnostic de cancer et un traitement. L’autre est incapable d’obtenir un rendez-vous avec son médecin de famille pour faire examiner son genou. Il est très en colère parce que son rendement au golf en souffre. Attendre, attendre, attendre! Le système est génial… une fois que la période d’attente est terminée, du moins jusqu’à la prochaine visite.
Jusqu’à maintenant, nos efforts pour réduire les périodes d’attente ont donné des résultats lamentables. On a pu constater une mince amélioration dans certaines provinces pour ce qui est du traitement des cataractes, de la radiothérapie et des chirurgies des hanches et des genoux. Toutefois, trop de Canadiens sont fort en colère en raison de l’attente.
C’est pourquoi le Canada doit s’engager à trouver 5 000 nouveaux médecins de famille. Il devra s’agir de jeunes, et non de vieux comme moi qui se la coulent douce sur la plage! Nous avons un besoin urgent de médecins de famille, d’infirmiers praticiens, de professionnels de la santé et de médecins de la plupart des spécialités, hommes et femmes. Vous vous doutez bien à quel point ce besoin pourrait être difficile à combler.
Il faut donc améliorer la prestation des soins de santé. Nous devons demander aux meilleurs dirigeants et autres spécialistes du pays de donner des conseils éclairés à nos ministres de la Santé et aux administrateurs de nos hôpitaux afin que soient mises de l’avant des solutions novatrices pour résoudre ce problème. En outre, il ne s’agit pas seulement d’accroître l’efficacité de la prestation des soins dans les hôpitaux et les bureaux des médecins, mais aussi dans les domaines des soins de longue durée et des soins à domicile. Prenez le Nouveau-Brunswick (la province que j’ai l’honneur de représenter au Parlement), où l’harmonisation des soins dans les hôpitaux et des soins à domicile se traduit par un système qui fonctionne relativement bien.
Les médecins eux aussi doivent changer leurs façons de faire. Nous devons entreprendre une vaste réforme du système et nous employer à tirer le meilleur parti possible de la nouvelle technologie. Les professionnels de la santé doivent s’assurer de collaborer entre eux et d’accorder la priorité aux patients. Il faut laisser de côté le principe du « moi » qui prévaut dans le système au profit du « nous », puisque nos anciennes méthodes ne fonctionnent pas. Nous avons les idées, mais ce qui nous manque le plus souvent, c’est une orientation précise et la volonté de laisser place au changement.
La santé des enfants ou celle de la population canadienne en général? Par où commencer? Qu’avons-nous fait au moment d’entreprendre notre lutte contre le tabagisme? La réponse est simple : nous avons communiqué nos messages dans les médias, dans les écoles, dans la rue et sur les lieux de travail. Il n’est pas facile de convaincre les gens de changer leur mode de vie, de faire bouger les Canadiens, au sens propre et figuré, de manière à ce qu’ils puissent vivre dans un corps plus mince et en santé. Comme pour tout ce qui en vaut vraiment la peine, nous aurons besoin d’une volonté et d’un leadership à l’échelle nationale, et nous devrons rallier des millions de personnes, hommes et femmes, filles et garçons, d’un bout à l’autre du pays. Faisons-le!
En tant que Canadiens et Canadiennes, nous ne faisons pas notre part. Nous ne plaçons pas la santé au premier plan dans nos vies et dans nos foyers, et nous appelons à l’aide lorsque notre corps nous dit qu’il en a assez. Nous nous attendons à ce que des soins de santé gratuits soient toujours à notre disposition, et ce, à volonté et sur demande.
Les professionnels de la santé, les gouvernements et l’ensemble des Canadiens doivent trouver de nouveaux moyens de favoriser l’adoption d’un mode de vie plus sain. La santé de la population en général commence par celle des enfants, à laquelle on doit veiller dès la conception. Pour être en santé pendant toute une vie, il faut se tenir au courant et faire preuve de vigilance en tout temps.
Il fait bon de réfléchir à la vie sur le bord des eaux salées de la magnifique côte Est du Canada. Le sel peut tuer, et peut aussi favoriser la conservation; avec le sel, la modération est toujours de mise. Ce qu’il faut retenir, c’est que la vie, la santé ainsi que notre système de soins de santé sont précieux. Il vaut la peine de faire tout en notre possible pour les protéger, que ce soit de façon individuelle ou collective.
Tous ceux d’entre nous qui attendent trop longtemps pour obtenir d’excellents soins de la part de nos médecins, de nos infirmières et de nos professionnels de la santé souffrent parce que nous n’avons pas déployé suffisamment d’efforts pour voir au bon fonctionnement de la Loi canadienne sur la santé. Nous n’avons pas fait notre part pour préserver notre santé et celle de notre famille. Nous devons prendre le temps de réfléchir et nous engager à réorganiser notre vie avec des repères pertinents et en mettant l’accent sur la modération en toutes choses. Nous devons le faire dès aujourd’hui.