Publié par le sénateur Grant Mitchell le 12 novembre 2008
Lors des dernières élections fédérales, M. Harper a annoncé que, sous un gouvernement conservateur, il présenterait des mesures législatives autorisant l’emprisonnement à vie de jeunes de 14 ans. Ces mesures, ainsi que ses charges contre les arts et la culture, ciblaient une partie très précise de l’électorat. Comme on pouvait s’y attendre, cette façon de faire n’a pas fonctionné. Non seulement cela n’a pas fonctionné, mais comme ce fut le cas des déclarations sur l’art et la culture, cela a irrité beaucoup de Canadiens. Tout comme moi, un grand nombre de Canadiens n’arrivaient pas à comprendre comment l’emprisonnement de jeunes rendrait notre beau pays plus sûr.
Les conservateurs ont-ils des statistiques sur le petit nombre de crimes commis au pays par des jeunes de 14 ans?
Comment un jeune assez irréfléchi pour tuer quelqu’un pourrait-il avoir la maturité ou la capacité suffisante pour comprendre qu’il risque une peine d’emprisonnement à vie, ou, s’il le comprend, pour s’en préoccuper?
Dans un élan d’hypocrisie, le gouvernement a fait passer de 14 à 16 ans l’âge du consentement aux activités sexuelles parce que les jeunes de 14 ans n’ont pas la maturité suffisante pour évaluer les conséquences de ce genre de décisions. Or, le gouvernement Harper veut maintenant réduire l’âge auquel le système judiciaire peut traiter un jeune comme un adulte. Il a donc conclu que le même jeune aurait la maturité suffisante pour évaluer les conséquences d’un crime violent. Il s’agit d’une extrapolation directe selon laquelle un jeune de 14 ans a la maturité suffisante pour être traité comme un adulte par le système judiciaire. Par conséquent, à quel moment le gouvernement leur permettra-t-il de conduire une voiture, de boire de l’alcool, de s’engager dans l’armée et de voter? C’est peut-être pour cela qu’ils considèrent qu’Omar Khadr n’est pas un enfant-soldat.
Le gouvernement a-t-il songé à ce qui arriverait à un jeune emprisonné avec des criminels endurcis adultes? J’ai déjà entendu dire que la prison est une « école du crime » pour les jeunes détenus, alors imaginez s’ils sont « élevés » en prison.
Il est navrant de constater que le point de vue des conservateurs sur la sévérité envers la criminalité reste limité. Même devant la preuve du contraire, ils croient toujours que la seule manière de résoudre le problème de la criminalité (qui régresse considérablement en fait) consiste à punir, rien d’autre.
Imaginez une politique en matière de criminalité qui dirait : « Nous sévirons contre le crime en sévissant contre ses causes ». Imaginez le peu de crimes que nous aurions, le peu de gens qui seraient emprisonnés, si nous pouvions seulement unir nos efforts pour :
mettre un terme à l’exploitation sexuelle des enfants;
cesser de considérer les prisons comme des établissements psychiatriques;
éradiquer la pauvreté;
éliminer le syndrome d’alcoolisation fœtale;
mettre fin au racisme;
traiter les dépendances comme une maladie, ce qu’elles sont;
mettre fin à la violence faite aux femmes.
Je parie que si nous pouvions faire tout cela, il y aurait probablement 80 % moins de gens en prison qu’à l’heure actuelle. De plus, notre société serait beaucoup plus compatissante et sûre. Mais les conservateurs n’envisagent pas ces solutions simples à un problème complexe.
Nous devons nous demander quel genre de nation nous serions si nous envisagions de régler des problèmes sociaux difficiles en traitant nos enfants de cette manière. Or, nous sommes une nation compatissante qui croit que les politiques sociales sont la meilleure solution, mais pas la solution la plus facile.
Cette mentalité conservatrice au sujet de l’emprisonnement à vie engendre simplement une hausse des comportements criminels, et ne vise en rien leur élimination.