Publié par la sénatrice Lillian Eva Dyck le 07 octobre 2009
Le 4 octobre, soit la fin de semaine dernière, les Sœurs par l’esprit ont tenu des veillées partout au pays. Le 4 octobre est un jour de commémoration à la mémoire de la vie de toutes les femmes et ces filles autochtones disparues ou assassinées. Il faudrait peut-être profiter de l’occasion que nous offre une journée importante comme celle-ci pour exiger publiquement des mesures, une responsabilité et la justice pour les femmes et les filles autochtones. Autrement dit, celle-ci permet aux Canadiens et aux Canadiennes de prendre leurs responsabilités et d’exiger des mesures relativement aux efforts pour sensibiliser le monde à cette question qu’est la violence exercée contre les femmes. Peut-on croire que, par conséquent, on a tenu 72 veillées dans 69 collectivités d’un bout à l’autre du pays?
Selon l’Association des femmes autochtones du Canada, on estime que, depuis 30 ans, 520 cas de femmes et de filles autochtones disparues ou assassinées ont été signalés. Cependant, on ne connaît pas le nombre exact des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées. Essentiellement, il y a de fortes chances qu’un grand nombre d’autres cas n’aient pas été déclarés ou officiellement documentés.
Au cœur de cette crise, une épidémie existe à l’intérieur de la société canadienne. Cette épidémie cible les femmes autochtones simplement parce qu’elles sont autochtones. Les femmes autochtones ne sont pas traitées de façon équitable et sont considérées comme moins importantes que les femmes non autochtones. Autrement dit, les femmes autochtones peuvent être en proie à des injustices et être victimes de violence sexuelle et de racisme. Par conséquent, les femmes autochtones courent cinq fois plus de risques que les femmes non autochtones de mourir à la suite d’un acte de violence.
De nombreux facteurs sous-jacents travaillent en ce sens. Je pense entre autres à la pauvreté dans laquelle vivent bon nombre de femmes autochtones. Trop souvent, les femmes et les filles autochtones ne disposent pas d’un soutien social ni des ressources nécessaires pour faire les meilleurs choix dans la vie. Au lieu de cela, elles se retrouvent en situation précaire, sans recevoir de conseils ou de directives. Par conséquent, nombre d’entre elles sont désespérées, impuissantes et sans choix, n’envisageant pas de vivre de manière plus sécuritaire et en meilleure santé.
En notre qualité de dirigeants, nous partageons la responsabilité de rétablir le dialogue avec les dirigeants autochtones et de trouver des solutions concrètes pour faire du Canada un pays plus sûr pour les femmes autochtones. Non seulement il est alarmant que plus de la moitié des meurtres et des disparitions de femmes et de filles autochtones se soient produits durant la dernière décennie, mais, en plus, la plupart de ces cas sont des femmes et des filles de moins de 30 ans. Près de la moitié d’entre eux n’ont pas été élucidés, sans qu’on porte d’accusations. Cet aspect a de quoi nous inquiéter. Le message est clair : moins les affaires seront élucidées, plus les femmes autochtones demeureront des cibles vulnérables d’injustice. Elles ne peuvent plus être occultées et rejetées, parce qu’une mère, c’est déjà trop, une sœur, c’est déjà trop, une petite-fille, c’est déjà trop, et une femme autochtone, c’est aussi déjà trop.
Pour faire face à cette situation, le gouvernement du Canada doit mener une enquête publique complète sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, élaborer et mettre en place des plans d’action afin de régler la crise de la pauvreté et de l’itinérance, ainsi que des ressources et un soutien afin d’ancrer fermement une fondation des femmes et des filles autochtones, et tenir des consultations nationales auprès des collectivités touchées, des organismes autochtones, des détachements de police et des groupes de défense.
Il faut que la prise de mesures cesse de répugner au gouvernement du Canada!