Déclaration faite le 17 juin 2010 par la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool
L'honorable Rose-Marie Losier-Cool :
Honorables sénateurs, c'est avec fierté et par devoir de mémoire acadienne que je prends la parole aujourd'hui pour rendre hommage à notre ancien collègue et premier ministre provincial, Louis J. Robichaud.
C'est le 27 juin, il y a 50 ans, que Ti-Louis Robichaud, jeune député libéral provincial de Kent, est devenu le premier Acadien élu premier ministre du Nouveau-Brunswick. Je me rappelle bien la soirée des élections, parce que j'avais 22 ans, et laissez-moi vous dire qu'on a fêté sa victoire comme on peut le faire à cet âge-là.
Pendant 10 ans, l'honorable Louis Robichaud allait instaurer de profonds changements, progressistes et irréversibles, qui ont transformé ma province et la société acadienne. Ces changements allaient, entre autres, affecter notre fiscalité, nos services sociaux et notre réseau d'éducation.
Louis Robichaud a toujours eu à cœur d'aider la société acadienne de ma province, une société qui était à l'époque très pauvre et défavorisée par rapport à la population anglophone du Nouveau-Brunswick. Ce sont d'ailleurs les riches anglophones de la province qui ont été les plus farouches opposants aux réformes que souhaitait Ti-Louis, mais ce dernier a toujours su, ultimement, les rallier à sa cause.
En tant que premier ministre, il a innové en donnant au gouvernement un rôle à jouer dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux, et en décrétant que la richesse devait être collective et appartenir au peuple, et non à quelques individus ou compagnies.
Parmi ses plus grandes réformes, je vous rappelle l'adoption unanime de la Loi sur les langues officielles, qui a fait de ma province la seule province canadienne officiellement bilingue. L'égalité réelle des deux communautés linguistiques du Nouveau-Brunswick n'est peut-être pas encore tout à fait atteinte, même aujourd'hui, mais toute la population acadienne vous dira l'énorme différence que cette loi a apportée dans la vie économique et sociale des francophones de leur province.
Il y eut aussi la création du Réseau francophone de l'Université de Moncton, le 19 juin 1963. Aujourd'hui encore, cette université et ses campus satellites d'Edmundston et de Shippagan font la fierté de notre société acadienne. On peut y faire des études supérieures dans de nombreux domaines et dans sa langue. Cette université a complètement révolutionné les perspectives économiques de nos jeunes Acadiens.
Ti-Louis Robichaud a aussi lancé son programme d'égalité sociale, « Chances égales pour tous », son legs le plus reconnu, qui visait à rétablir l'équilibre entre le riche sud urbain de ma province et le nord, plus pauvre et rural. Ce programme a notamment permis d'équilibrer les budgets des différentes régions de la province pour offrir des services comparables n'importe où au Nouveau-Brunswick.
En 1970, les conservateurs de Richard Hatfield ont malheureusement eu raison de Louis Robichaud, mais ils ont continué de promouvoir plusieurs de ses politiques sous leur gouvernement. Tout un hommage, s'il en est un.
En 1995, quand je suis moi-même devenue la première femme acadienne nommée au Sénat, c'est avec grand plaisir que j'ai retrouvé Ti-Louis Robichaud à titre de collègue et mentor. De toutes les perles de sagesse qu'il m'a données, je n'oublierai jamais cette remarque qu'il m'a faite un jour, selon laquelle la population canadienne ne sait pas vraiment ce que fait le Sénat et ignore tout le bien que fait notre assemblée en tant que Chambre de réflexion approfondie.
C'est encore le cas aujourd'hui, honorables sénateurs, mais Ti- Louis n'est plus en mesure de constater à quel point il avait raison, puisqu'il nous a malheureusement quittés il y a cinq ans pour ne plus jamais revenir.