Déclaration faite le 22 juin 2010 par la sénatrice Vivienne Poy
L'honorable Vivienne Poy :
Honorables sénateurs, quand je suis arrivée au Canada pour étudier à l'Université McGill il y a plus de 50 ans, les étudiantes n'avaient pas le droit de porter des pantalons pour assister aux cours, même pendant les journées très froides de l'hiver.
Je n'aurais jamais cru que plus de 50 ans plus tard, des personnes en position d'autorité, notamment des fonctionnaires, des politiciens ou des pères de famille, diraient aux Canadiennes ce qu'elles peuvent ou ne peuvent pas porter en public.
Il n'y a pas très longtemps, la Fédération de soccer du Québec a refusé d'autoriser les jeunes musulmanes à porter le hidjab pour jouer au soccer, jugeant cet accessoire vestimentaire dangereux. Or, l'Ontario Soccer Association estime pour sa part qu'il ne présente aucun danger.
Plus récemment, le gouvernement du Québec a présenté un projet de loi interdisant aux femmes de porter le niqab lors de la prestation ou de la réception de services publics. L'Association canadienne des libertés civiles et le diocèse de Montréal de l'Église anglicane se sont opposés à ce projet de loi en invoquant le fait qu'il nuit à l'intégration.
Comme l'a déclaré clairement le diocèse anglican : « Les femmes ont le droit de ne pas porter le niqab au Québec, mais le droit de choisir de ne pas porter cet accessoire vestimentaire implique nécessairement, en contrepartie, le droit de le porter. Autrement, il ne s'agirait pas d'un droit. »
Les Canadiens s'opposent à la mainmise patriarcale qui oblige les femmes musulmanes à porter le hidjab ou le niqab. Cependant, forcer ces femmes à les enlever est une forme tout aussi discutable de patriarcat. Pour citer l'une de ces femmes, « c'est comme si on me demandait d'enlever tous mes vêtements ».
L'égalité, c'est la possibilité de faire des choix. À de nombreuses reprises, des femmes musulmanes m'ont confié que ce sont elles qui décident quoi porter sur la tête ou sur le visage. À ceux qui croient que les femmes qui portent le hidjab ou le niqab sont victimes d'oppression, je dis qu'il n'y a aucune logique à les opprimer davantage en leur refusant l'accès à l'éducation ou aux services de santé.
Pour autant qu'elles respectent la loi et qu'elles paient leurs impôts, elles ont le droit de bénéficier des services publics.
Selon M. Clifford Orwin, professeur à l'Université de Toronto :
Toute citoyenne d'un État libéral a le droit de se comporter de façon à plaire à son Dieu, à la seule condition qu'une telle conduite ne viole pas le droit d'autrui. Bien que le port du niqab puisse soulever l'indignation de certains observateurs, il n'enlève rien à leurs intérêts civils ou religieux.