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Le choix des femmes — Interpellation

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Déclaration faite le 26 octobre 2010 par la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool

L'honorable Rose-Marie Losier-Cool :

Honorables sénateurs, je prend la parole aujourd'hui dans le cadre de l'interpellation lancée par l'honorable sénateur Poy sur les choix dont disposent les femmes dans tous les aspects de leur vie.

En tant que femme qui s'est toujours battue pour les droits des femmes, je suis fière de l'initiative de madame le sénateur Poy et je la félicite d'avoir présenté des faits bruts que bon nombre d'entre nous connaissent, mais dont plusieurs d'entre nous ne tiennent pas compte.

La sénateur Poy vous a parlé, le 22 juin dernier, des choix dont disposent les femmes dans beaucoup de domaines, des finances à la santé, y compris la santé génésique. Elle vous a également parlé de viol, de violence, de fœticide, de contraception et d'avortement. Je la félicite d'avoir eu ce courage. Je me permets aujourd'hui de poursuivre son initiative en vous entretenant du cinquième objectif du Millénaire pour le développement.

Les sénateurs se souviendront que les dirigeants du monde se sont réunis en septembre 2000 au siège des Nations Unies, à New York, pour discuter fermement de huit objectifs visant à rendre le monde meilleur d'ici 2015. Le premier objectif cherche à éradiquer l'extrême pauvreté et la faim. Le deuxième préconise l'éducation primaire pour tous. Le troisième vise la véritable égalité entre les hommes et les femmes et l'autonomisation des femmes. Certains d'entre vous se rappelleront peut-être du discours que j'ai prononcé ici-même, en mai 2005, au sujet de ce troisième objectif. Le quatrième objectif cherche à réduire la mortalité infantile. Le sixième objectif préconise la lutte contre le VIH-sida, le paludisme et d'autres maladies. Le septième objectif vise à favoriser le développement durable en matière d'environnement. Le dernier objectif, le huitième, exhorte les pays du monde à conclure un partenariat mondial afin de favoriser le développement dans les pays plus démunis.

Quant au cinquième objectif — le propos de mon discours —, il vise à améliorer la santé maternelle en réduisant des deux tiers, d'ici 2015, le taux mondial de mortalité maternelle. Cet objectif vise aussi à rendre universel, d'ici 2015, l'accès à la médecine procréative ou, en termes plus clairs, à des services et à des soins de santé en matière de sexualité et de procréation, de la relation sexuelle jusqu'à l'accouchement et au-delà.

Ces services et ces soins comprennent notamment du personnel qualifié, des accouchements sécuritaires, une éducation sexuelle, des soins prénatals, des produits contraceptifs, des avortements sécuritaires, un suivi durant la grossesse et un encadrement en planification familiale.

L'interpellation du sénateur Poy est des plus ponctuelles puisqu'elle cadre avec le 10e anniversaire de la signature des objectifs du Millénaire, avec la récente conférence de suivi des Nations Unies sur ces objectifs, tenue à New York, et avec l'intérêt de l'actuel gouvernement fédéral canadien à l'égard des enjeux liés à la santé maternelle et infantile.

L'été dernier, à Muskoka, le premier ministre a admis que plus d'un demi-million de femmes meurent de complications liées à la grossesse chaque année dans le monde et il a aussi affirmé qu'il ne croyait pas que le cinquième objectif serait atteint. Tel qu'il l'avait promis plus tôt dans l'année, il s'est ensuite engagé à participer à une initiative visant à améliorer la santé maternelle et infantile dans les régions les plus pauvres du monde. En ce qui concerne les femmes, le premier ministre a suggéré des solutions comme l'accès à l'eau potable, la vaccination, une meilleure alimentation et de la formation en obstétrique. La contribution financière totale du Canada à cette initiative atteindra 2,85 milliards de dollars d'ici 2015.

Je remercie le premier ministre de son intérêt et du montant appréciable qu'il a décidé de consacrer à son projet. Je vous rappelle toutefois les préoccupations exprimées par le Parti libéral du Canada, dès ce printemps, soit que l'initiative que le premier ministre annoncerait à Muskoka devrait également traiter de l'accès à la contraception et à l'avortement sécuritaire, deux composantes absentes du discours que tenait alors le premier ministre.

Bien que le premier ministre ait fini par parler de planification familiale, qui peut être interprétée comme englobant la contraception, il a maintenu catégoriquement que les avortements sans danger allaient être exclus de son initiative imminente. Toutefois, les Canadiens se sont ralliés à nos préoccupations et, en mai, un sondage a révélé que près de 60 p. 100 de la population était contre l'exclusion des avortements sûrs par le premier ministre. Malheureusement, ce sondage n'a pas influencé le premier ministre.

Je refuse ici d'entrer dans un débat idéologique sur la perception de la sexualité féminine ou sur l'avortement. Cependant, en tant que femme, je crois que le corps de la femme lui appartient à elle seule, qu'elle est la seule à pouvoir décider d'avoir ou non une relation sexuelle, qu'elle a pleinement le droit de décider si cette relation mènera ou non à une grossesse et, advenant une grossesse accidentelle, que la femme est dans son plein droit de décider de mener ou non cette grossesse à terme.

Une femme qui ne connaît pas son corps, ni la mécanique de sa sexualité, ni ses droits ne peut pas prendre toutes ces décisions que je viens de vous énumérer. C'est pourquoi l'éducation sexuelle est absolument essentielle et devrait être le deuxième geste que finance le Canada dans le cadre de son initiative de Muskoka. Par éducation sexuelle, je parle ici d'une éducation libre, complète, gratuite et vulgarisée.

Plusieurs d'entre nous se souviendront d'un distingué sénateur, une femme pasteure, le sénateur Lois Wilson. Elle disait que la sensibilisation était la meilleure forme de prévention.

Le premier geste devrait tout naturellement être la formation de personnel qualifié pour éduquer ces femmes. Sans personnel qualifié, il n'y a pas d'information et sans information, il n'y a pas de décision éclairée.

En supposant un monde parfait où il y a suffisamment de travailleurs de la santé qualifiés et où toutes les femmes sont informées au maximum sur les fonctions de leur corps, ce qu'il fait et comment, et sur leurs droits, l'étape suivante que devrait prévoir l'initiative de Muskoka est l'accès à des services et des produits de santé sexuelle, y compris des contraceptifs. À quoi bon informer les femmes si elles ne peuvent pas prendre les mesures nécessaires, y compris avant, durant et après une grossesse? À quoi bon dire aux femmes qu'elles peuvent décider du moment où elles auront des enfants si elles ne peuvent pas se procurer des moyens de contraception?

Allons encore plus loin et imaginons un monde encore plus parfait, où les femmes sont éduquées et ont accès à des contraceptifs. Mais comment oublier l'erreur humaine, le viol, l'échec occasionnel d'un contraceptif? Même dans ce monde quasi parfait dont nous sommes bien loin, une femme pourrait tomber enceinte sans le vouloir et pourrait alors décider qu'elle n'est pas prête à être mère. C'est là qu'intervient l'accès à l'avortement sûr qui permettrait de sauver la vie aux 219 femmes qui meurent chaque jour, quelque part sur la planète, des suites d'un avortement non sécuritaire.

La plus élémentaire des logiques voudrait donc que l'initiative de Muskoka ajoute l'avortement sécuritaire aux services financés par l'actuel gouvernement du Canada. Malheureusement, cela n'est toujours pas le cas.

Je suis tout aussi inquiète de la récente entente de partenariat entre l'actuel gouvernement du Canada et le gouvernement du Mali. Cette entente, conclue dans le cadre de l'Initiative de Muskoka, vise à améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des jeunes enfants. Elle favorise l'accès à des centres de santé bien équipés. De plus, elle traite de la formation du personnel qualifié et se concentre sur la santé nutritionnelle des femmes enceintes et des jeunes enfants. Toutefois, l'entente n'aborde aucunement la planification des naissances ou la contraception. On dirait que le gouvernement du Canada a choisi de laisser au gouvernement du Mali le soin d'utiliser les fonds canadiens pour financer l'utilisation de contraceptifs, ou de ne pas le faire.

L'actuel gouvernement du Canada se dit préoccupé de rendre des comptes de la moindre dépense encourue au Canada, et ce avec raison. Il devrait aussi se préoccuper de la façon dont ses déboursés sont comptabilisés à l'échelle internationale. Étant donné l'importance des sommes en jeu, il semble que l'actuel gouvernement pourrait exiger de ses partenaires internationaux qu'ils respectent certains critères de base avant de leur accorder des sommes d'argent. Dans le cas présent, le gouvernement canadien aurait pu exiger du gouvernement malien que les fonds visés par l'entente servent à des fins précises, clairement énumérées dans l'entente.

J'ose espérer que le gouvernement actuel saura rectifier le tir en négociant avec plus de clarté tout futur partenariat avec d'autres pays en vertu de l'entente de Muskoka.

Honorables sénateurs, les choix accessibles aux femmes, qu'elles soient Canadiennes ou non, sont une réalité incontournable. Ces choix posent aussi des problèmes dont la gravité varie selon les régions du monde. L'initiative de Muskoka est un déblocage intéressant. J'espère que le gouvernement canadien saura mieux définir ses futures ententes de partenariat avec d'autres pays et dissocier la survie des femmes et des mères de ses visées, qu'elles soient partisanes, électoralistes ou idéologiques.

Pour respecter pleinement le cinquième objectif du Millénaire, j'estime que le gouvernement canadien devrait reconnaître que la contraception et les avortements sécuritaires font partie intégrante des solutions pour améliorer la santé sexuelle des femmes et des mères et contribuer à leur survie.


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