Déclaration faite le 23 novembre 2010 par le sénateur James Cowan, le sénateur David Smith, la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool, le sénateur Frank Mahovlich, le sénateur Wilfred Moore, la sénatrice Mobina Jaffer, le sénateur Percy Downe
L'honorable James S. Cowan (leader de l'opposition) :
Honorables sénateurs, seul mon collègue néo-écossais, le sénateur Lowell Murray, empêche le sénateur Stollery d'être le doyen du Sénat. Quoi qu'il en soit, le sénateur Stollery a commencé sa carrière sur la Colline du Parlement bien avant sa nomination au Sénat en 1981.
En 1972, il a été élu député de la circonscription de Spadina à la Chambre des communes. Il allait être réélu à trois autres occasions par la suite. À la Chambre des communes, il a servi à titre de président du caucus libéral national, puis à titre de secrétaire parlementaire du secrétaire d'État et ministre des Communications, notre collègue, le sénateur Fox.
Le sénateur Stollery a fait partie de nombreux comités sénatoriaux, y compris le Comité mixte spécial sur le renouvellement du Canada et le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international. Il a présidé ce comité au cours des audiences qui ont abouti à la publication, en 2007, du rapport sur l'Afrique subsaharienne, qui a fait l'objet de nombreux éloges.
Jusqu'à présent, mon intervention a tout l'air d'une biographie politique conforme à la tradition. Toutefois, comme nous le savons tous, Peter ne s'est jamais conformé à la tradition. Sa vision unique du monde a débuté tôt dans la vie, en 1958 plus précisément, lorsqu'il a quitté sa maison de Toronto pour n'y revenir que trois ans plus tard. Pendant ce temps, il a visité 75 pays et parcouru 75 000 milles.
Il a enseigné pendant un an en Algérie, au quartier général de la Légion étrangère pour l'Afrique du Nord. Il a ensuite traversé le Sahara en plein mois de juillet, un exploit qu'on lui avait souvent dit impossible à réaliser. Il a parcouru la Corne de l'Afrique, d'abord dans une petite Renault puis, lorsque celle-ci a rendu l'âme, à pied, sur le toit de camions qui le prenaient au passage, ou avec des habitants de l'endroit curieux de voir ce Canadien un peu fou traversant l'Afrique à pied.
Il gagnait son pain en partie en rédigeant une série d'articles pour la revue Maclean's. Son premier article, en avril 1961, était intitulé « Un nomade au Sahara », et la photo qui l'accompagnait, montrant ce voyageur hirsute, ne laissait pas présager qu'il s'agissait là d'un futur membre de la Chambre haute du Parlement du Canada.
L'année suivante, il est retourné en Algérie pour être témoin des derniers jours violents du régime français dans ce pays. Comme il l'a écrit dans des articles pour Maclean's, il y a vu là « une leçon à la fois fascinante et consternante sur la façon dont il ne faut pas gouverner ou vivre ».
Cette expérience a procuré à Peter une perspective unique sur l'importance d'un système politique sain et sur ce qui arrive aux individus et à des sociétés entières lorsque ceux qui gouvernent font mal leur travail.
La curiosité du sénateur Stollery pour le monde en général est sans limite, qu'il s'agisse de l'habitat de champignons sauvages ou de la psychologie des bananes de mer. C'est pourquoi il possède probablement la liste de titres et d'associations la plus variée de tous les sénateurs. Il est notamment membre de la société mycologique de Toronto, associé de la Royal Geographical Society et grutier, pour ne nommer que ceux- là.
Toutefois, sa plus grande passion est son désir de comprendre les gens, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde.
Peter, vous allez beaucoup nous manquer. Il est difficile d'imaginer qu'on pourra vous trouver un remplaçant, mais je soupçonne que vous planifiez déjà une prochaine étape originale et intéressante. Nous vous souhaitons la meilleure des chances dans vos nouvelles entreprises, qu'il s'agisse de l'exploration de nouveaux mondes, de pêche à la mouche, de kayak dans l'Arctique ou de trekking en Sibérie.
L'honorable David P. Smith :
Je prends la parole pour rendre hommage au sénateur Stollery, que je connais depuis des années. Comme l'ont entendu les sénateurs, il est arrivé à la Chambre des communes en 1972 et y a été élu à quatre reprises. Puis, le 2 juillet 1981, un jour qui marquera l'histoire, il est arrivé au Sénat. Je me souviendrai toujours d'une petite conversation que nous avons eue la veille, le jour de la fête du Canada.
Le sénateur Stollery et moi avons des choses en commun — pas tout — et je vous laisse le soin de déterminer lesquelles. Il est unique, mais dans un sens positif et spécial. Il est vraiment un homme de Toronto. Stollerys est installé au coin de Bloor et Yonge depuis toujours et, dans 100 ans, il y sera encore. Le sénateur Stollery est excentrique, mais un adorable excentrique. Il est un raconteur, il donne un nouveau sens à ce mot. Ses histoires pourraient remplir bien des encyclopédies.
Le sénateur Stollery a beaucoup voyagé, mais vous avez déjà entendu tout cela. Christophe Colomb, Marco Polo, Vasco de Gama et Magellan étaient des amateurs comparés à lui. Bien sûr, il n'y avait pas d'avions à l'époque de ces voyageurs, mais Peter a pris le bateau et même la motocyclette pour se rendre à beaucoup d'endroits qu'il a visités. Je crois même qu'il a parfois pris la bicyclette.
Il connaît l'Amérique latine comme le fond de sa poche, qu'il s'agisse du tango à Buenos Aires, des terrasses de Panama ou des Andes, il a tout vu. Je ne peux pas penser à une région de l'Europe où il n'est pas allé et je ne parle même pas des coins les plus reculés de Russie et de tout ce qui formait autrefois l'Union soviétique. Je l'ai entendu raconter ses histoires, elles sont magnifiques.
Nous avons entendu parler d'Algérie et d'Afrique du Nord. J'ai lu beaucoup d'articles qu'il a écrits dans les années 1950, lorsque la situation était un peu tendue dans cette région en raison de l'existence de colonies française et de de Gaulle. Je pourrais aussi parler de l'Orient, de l'Inde et du Pacifique Sud, mais, pour résumer, disons qu'il est allé partout.
Le sénateur Stollery est d'agréable compagnie. Il s'exprime bien, il est un gros travailleur et un parlementaire dévoué. Il est un détaillant expérimenté. J'ai mentionné Stollerys, qui est situé à un coin de rue d'où j'habite parce que je suis vraiment torontois. Il connaît tout des chemises et aussi des sous-vêtements masculins. Au toucher, il peut vous nommer tous les tissus et vous dire d'où ils proviennent; oui, c'est un véritable expert. C'est un professionnel et il est agréable d'être avec lui. Il nous manquera.
Sénateur Stollery, je vous remercie pour le magnifique héritage que vous laissez à la Chambre des communes, au Sénat, aux Canadiens et même aux Torontois.
L'honorable Rose-Marie Losier-Cool :
Honorables sénateurs, à mon tour, c'est avec beaucoup de respect et de regret que je dis au revoir aujourd'hui à un bon collègue qui nous privera de sa sagesse et de son expérience à compter de la semaine prochaine.
Comme on l'a déjà mentionné, ce serait un euphémisme de dire que le sénateur Stollery a beaucoup voyagé. Existe-t-il un pays sur cette planète qu'il n'a pas visité, en vélo au autrement? J'aimerais bien le savoir.
Quoi qu'il en soit, ce fait intéressant est probablement l'une des principales raisons pour lesquelles le sénateur Stollery a une connaissance approfondie des problèmes dans le monde et qu'il les comprend intuitivement, ce qui en a fait un membre très apprécié et le président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international.
Le rapport-phare de ce comité sur l'Afrique, déposé en 2007, en est un qui a rappelé au Canada et au reste de la planète l'importance de notre Sénat et la qualité du travail que nous y faisons. Ce rapport s'est aussi inscrit à un moment charnière de l'évolution de notre monde moderne, alors que l'aide étrangère consentie à l'Afrique se recalibrait et que notre gouvernement définissait sa nouvelle politique en matière de développement international.
La courtoisie et l'élégance du sénateur Stollery vont me manquer; il s'habillait parfois avec excentricité, mais toujours avec goût. Son approche humaine des relations et son respect du français, ma langue, vont aussi me manquer.
C'est avec beaucoup de fierté que le sénateur Stollery aimait s'exprimer en français avec moi.
Je sais que le sénateur Stollery sera très content de garder la forme en faisant la pêche à la mouche pendant sa retraite, mais j'ai le sentiment que cette enceinte va lui manquer, tout comme il va nous manquer beaucoup.
Cher collègue, merci pour tout, bon début dans ce nouveau chapitre de votre vie et bonne chance « as a Maytag man ». À bientôt!
L'honorable Francis William Mahovlich :
Honorables sénateurs, j'aimerais faire une observation au sujet du sénateur Stollery. À mon avis, le sénateur Stollery incarne le parfait sénateur. J'ai été très à l'aise avec lui dès le jour où j'ai fait sa connaissance.
Je connaissais la famille Stollery de Toronto. Je connaissais la mercerie pour hommes. J'y faisais des achats de temps en temps. Je connaissais aussi son oncle, Art Stollery.
Nous avons voyagé ensemble à quelques occasions, et je savais que Peter possédait de grandes connaissances dans à peu près tous les domaines. Je me souviens d'ailleurs d'une série de réunions en Inde et du fait que, pendant une de ces réunions, certains d'entre nous regardaient par la fenêtre et pointaient du doigt diverses espèces d'oiseaux. J'ai pensé que j'allais le coincer...
Le sénateur Stollery : Vous avez bien failli me coincer.
Le sénateur Mahovlich : Pendant que nous étions à New Delhi, j'ai dit à mon épouse : « Je crois savoir comment le coincer. Je vais lui poser une question. » En allant déjeuner, j'ai pris le sénateur Stollery à part et je lui ai demandé qui était le célèbre architecte britannique qui avait collaboré à la conception de la magnifique ville de New Delhi.
Peter a commence à se tortiller sur sa chaise et à se parler à lui- même. Il a parlé et parlé, puis, après un moment, il m'a dit : « Ce ne serait pas Lutyens, par hasard? » Pardi, c'était la réponse exacte; il l'avait trouvée.
Il se trouve que j'ai un banc de jardin Lutyens à mon chalet. J'en ai parlé avec mon épouse et je projette de l'inviter au chalet pendant l'été. Nous aurons tous les deux l'occasion de nous asseoir sur ce banc de Lutyens.
L'honorable Wilfred P. Moore :
Honorables sénateurs, c'est avec plaisir que je prends la parole pour rendre hommage à l'honorable Peter Alan Stollery, explorateur, journaliste, chauffeur de taxi, homme d'affaires, député, pêcheur, boulanger — et je le soupçonne d'être également boucher et maître chandelier, mais je n'ai pas de preuves à l'appui — enseignant, réparateur de cuisinières, bibliophile, linguiste, couvreur de toiture et sénateur, un véritable esprit universel.
Les hommes à l'esprit universel ont une soif de connaissance. Comme nous le savons, le savoir est synonyme de pouvoir, et j'ai rencontré très peu de gens qui possèdent autant de connaissances que Peter Stollery. Les livres n'ont pas été la seule source de son savoir. Il a adopté une approche scientifique dans sa vie. Il ne s'est pas contenté de lire sur le monde. Il l'a expérimenté, il l'a senti, il l'a vu, et il l'a touché.
Dire qu'il a vécu une vie bien remplie serait une litote. Il a parcouru l'Asie à dos d'éléphants, il a fait de l'auto-stop en Europe, il a parcouru l'Afrique du Nord en voiture, il a voyagé avec la Légion étrangère française, et il a parcouru la Russie et l'Amérique centrale en bicyclette. Il a vécu sa vie.
Il n'est pas surprenant que notre ancien collègue, le sénateur John B. Stewart a déjà dit à propos de Peter Stollery qu'il faisait des remarques sur certains sujets qui semblaient déplacées, mais qui, avec le temps, se révélaient toujours véridiques.
Le sénateur Stollery a siégé au Sénat et à l'autre endroit pendant 38 années remarquables, et il l'a fait avec un élan que nous ne verrons probablement plus jamais.
Le bureau que j'occupe est situé en face de celui du sénateur Stollery. Cela m'a permis d'écouter ses exploits et de profiter de ses points de vue éclairés sur les problèmes du monde. Je vais vraiment m'ennuyer de nos conversations.
Parmi toutes ses réalisations, je tiens surtout à féliciter le sénateur Stollery pour son travail en tant que président du Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international et pour son rapport sur l'Afrique, qui est certainement l'une des études les plus importantes et les plus touchantes qui ait jamais été menée par le Sénat du Canada
Je vous remercie, sénateur Stollery, d'avoir partagé une partie de votre vie avec nous au Sénat, et j'ai hâte d'entendre parler de vos prochains voyages. En terminant, je veux citer le regretté sénateur Harold Connolly :
Puis-je faire ton éloge, toi qui pourrais soudain protester en disant que tu n'as fait que ce pourquoi tu étais appelé? Ne soutiendrais-tu pas que les récompenses qui ont donné satisfaction à ton cœur et à ton âme, bien que non matérielles, ont largement compensé les services que tu as rendus? Malgré cela, je dois me risquer à entendre tes protestations. Tu as tant donné et si peu demandé que tu as bien le droit de savoir à quel point on te porte en haute estime. Le cœur des gens auxquels tu as rendu service est rempli de gratitude à ton égard. Elle est peut-être silencieuse, mais elle n'en est pas moins tangible, surpassant de loin tout ce qui pourrait être écrit sur du papier ou gravé dans la pierre ou dans le marbre. Je te le rappelle par souci de justice.
Bon voyage, monsieur le président.
L'honorable Mobina S. B. Jaffer :
Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd'hui pour rendre hommage à un collègue et à un ami, l'honorable sénateur Stollery. Le sénateur Stollery siège à la Chambre haute depuis 29 ans. Pendant ce temps, son dur labeur a eu des répercussions positives sur la vie de nombreuses personnes, au Canada et à l'étranger. Lorsque j'ai été nommée au Sénat il y a 10 ans, le sénateur Stollery a été l'une des premières personnes à me souhaiter la bienvenue. Il m'a donné de sages conseils qui me sont encore extrêmement utiles. En plus d'être un ami précieux, il a été un excellent mentor. J'ai appris énormément à ses côtés lorsque j'ai siégé au Comité des affaires étrangères. J'ai admiré son dévouement et son engagement envers ce comité.
Sénateur Stollery, vos connaissances et votre sagesse manqueront beaucoup au comité. Vous quittez le Sénat ce mois-ci, mais vous laissez derrière vous tous les conseils sages et judicieux que vous nous avez donnés au fil des années. Les compétences que vous m'avez enseignées me serviront encore longtemps et je vous remercie de votre aide.
L'honorable Percy E. Downe :
Honorables sénateurs, je tiens à me joindre à ceux qui rendent hommage au sénateur Stollery aujourd'hui, alors qu'il se prépare à quitter le Sénat. J'hésite à parler de retraite, parce que ce n'est pas un mot que j'associe à Peter Stollery. J'ai travaillé avec lui au Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et du commerce international, où nous avons étudié un large éventail de pays et de dossiers. Comme un grand nombre d'entre nous, j'en suis venu à apprécier son énergie et sa détermination au cours des innombrables séances, et je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que le bon travail accompli par le comité durant cette période était dû en grande partie à ses efforts.
Sa perspective est unique. Même s'il a lu durant toute sa vie, il est d'avis que la meilleure façon de connaître un pays et ses habitants est de se rendre sur place — de préférence en vélo — et de parler à tous ceux qui veulent bien échanger avec nous. Que ce soit dans le désert du Sahara, dans la jungle de Panama ou dans la campagne russe, les voyages et les expériences du sénateur Stollery lui ont donné une vision éclairée et une connaissance de première main du monde.
Chaque fois que le comité se lançait dans l'étude d'une région, le sénateur Stollery était toujours le plus ardent promoteur des voyages. Cette volonté de voyager n'était certainement pas motivée par un penchant pour les chambres d'hôtel et la nourriture servie dans les avions. Elle découlait plutôt de la conviction selon laquelle, indépendamment de l'importance des témoignages fournis par les intervenants, si nous voulons vraiment connaître un endroit, il faut s'y rendre. Plus souvent qu'autrement, le point de vue du sénateur Stollery était confirmé, et les attachés de recherche de la Bibliothèque du Parlement ont souvent eu à remanier des ébauches de rapports à la lumière de ce que les sénateurs avaient vu et entendu au cours de leurs missions d'enquête.
Je me souviens que lors de notre étude sur l'Afrique j'avais reçu une trousse d'information de la Bibliothèque du Parlement. Les documents incluaient un article sur l'Algérie qui avait été publié dans la revue Maclean's au début des années 1960 par un certain Peter Stollery. L'article, qui renfermait beaucoup de détails sur la vie locale, était rédigé selon le point de vue de quelqu'un qui avait vécu dans le pays, de quelqu'un qui connaissait la région et ses habitants, et qui s'en préoccupait.
Sa passion n'a jamais diminué au fil des années, comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont travaillé avec lui dans le cadre de l'étude sur l'Afrique. Par ailleurs, son enthousiasme pour les études sur la Chine, l'Inde et la Russie reflète sa conviction selon laquelle le Canada devrait toujours être tourné vers l'extérieur et être enthousiasmé, comme il l'est lui-même, par la recherche de nouvelles possibilités.
Une fois, il a décrit sa première expérience en Afrique comme celle d'un « jeune Canadien curieux voyageant seul par voie de terre ». Maintenant qu'il est plus âgé, mais non moins curieux, et qu'il n'aura plus à obéir à la sonnerie, nous ne pouvons que nous demander quel chemin il empruntera.
En terminant, honorables sénateurs, j'aimerais féliciter le sénateur Stollery pour près de quatre décennies de service public. Quelqu'un occupera son siège, mais il ne sera jamais remplacé.
Veuillez s'il vous plait appuyer ici pour lire plusieurs hommages pour l'honorable Peter Stollery