Déclaration faite le 24 novembre 2010 par la sénatrice Sharon Carstairs (retraité)
L'honorable Sharon Carstairs :
Honorables sénateurs, je suis tout à fait disposée à ce que cette question soit inscrite au nom du sénateur Andreychuk. Toutefois, j'aimerais prononcer quelques mots aujourd'hui au sujet de cette interpellation.
Je remercie le sénateur Oliver d'avoir présenté l'interpellation au Sénat, ainsi que le sénateur Poy d'y avoir contribué. Je conviens qu'il reste beaucoup à faire pour assurer l'équité à tous les Canadiens, mais il importe de garder à l'esprit les nombreux changements survenus dans notre pays ne serait-ce que depuis la venue de ma génération.
Tout comme les sénateurs Mercer, Moore et Cowan, et peut-être d'autres aussi, j'ai grandi à Halifax. Jusqu'à l'âge de 16 ans, j'ai habité au nord du chemin Quinpool et mon collègue, le sénateur Cowan, habitait une rue au sud du même chemin, mais nous n'allions pas à la même école. Il marchait le long du chemin Quinpool, avec ses amis, jusqu'à l'école protestante, et je faisais de même de mon côté, avec mes amis, jusqu'à l'école catholique. Il allait au YMCA, ce qui m'était défendu, car on considérait qu'il s'agissait d'un organisme protestant. Nous sommes devenus amis à l'Université Dalhousie, quand nous nous sommes retrouvés dans les mêmes cours de science politique.
Heureusement, même si des enfants fréquentent toujours des écoles confessionnelles au Canada, les barrières qui existaient à mon époque ont aujourd'hui disparu. Par contre, il semble que la tolérance soit bien peu à la mode entre les gens de confession catholique ou protestante et ceux de confession musulmane. Il est malencontreux que nous n'utilisions pas l'expérience acquise pour ce qui est de travailler ensemble, catholiques et protestants, afin de vivre en harmonie avec les musulmans.
Lorsque j'étais à l'université, ici même au Canada, de nombreuses écoles professionnelles limitaient le nombre de Juifs qu'elles accueillaient. Ce contingentement n'existe plus, mais les gestes de nature antisémite font encore trop souvent la manchette. De plus, nous reconnaissons tous que trop peu d'Autochtones terminent leurs études secondaires ou poursuivent des études postsecondaires.
À Halifax et à Toronto, il y a beaucoup de Canadiens de race noire et ils ne sont toujours pas assez nombreux à obtenir leur diplôme d'études secondaires et à faire des études postsecondaires. Je ne me rappelle pas avoir eu un seul Canadien de race noire dans ma classe durant ma scolarité à Halifax, de la première à la 11e année — à l'époque, on allait à l'université après la 11e année —, même si Halifax était alors la ville canadienne dont la population comptait le pourcentage le plus élevé de Noirs. Je ne me rappelle pas avoir été à l'école avec un enfant d'une minorité visible.
Aujourd'hui, dans la plupart des écoles de notre pays, les élèves proviennent des quatre coins du monde, et c'est toujours un plaisir pour moi de parler dans des écoles où tant d'ethnies sont représentées. Cependant, trop d'enfants noirs ne réussissent pas à l'école au Canada. Ils n'obtiennent pas de diplôme.
Aujourd'hui, je ne vis plus en Nouvelle-Écosse. Depuis 1977, j'ai le privilège de vivre au Manitoba et, sur le plan du pluralisme et du racisme, je m'inquiète surtout pour nos Autochtones qui, à mon avis, ne bénéficient pas de chances égales dans ce pays. Ils ne bénéficient pas de chances égales en matière d'éducation, de soins de santé, d'emploi et de justice fondamentale.
Dans ma province, un enfant autochtone n'a pas accès aux mêmes programmes qu'un enfant non autochtone. De plus, le Canada et ma province investissent en moyenne 2 000 $ de moins dans l'éducation d'un enfant qui vit dans une réserve que dans celle d'un enfant qui vit hors réserve.
Au Manitoba, ma province, 71 p. 100 des détenus sont des Autochtones. Plusieurs d'entre eux souffrent du syndrome d'alcoolisation fœtale, le SAF. Vous en avez entendu parler il y a quelques minutes. Comme nous le savons, le SAF est causé par la consommation abusive d'alcool durant la grossesse. Par conséquent, ces détenus sont des victimes collatérales, puisqu'ils y ont été exposés durant la grossesse, dans l'utérus de leur mère. Malheureusement, ils ne reçoivent aucun traitement, que ce soit avant d'avoir des démêlés avec la justice ou après. Nous savons également qu'un grand nombre d'Autochtones manquent de possibilités économiques, et il est facile d'associer la criminalité au manque de possibilités économiques.
Nous savons que le diabète et la tuberculose sont beaucoup plus répandus chez les Autochtones et que le VIH-sida se répand rapidement dans les collectivités autochtones. Nous savons également que le taux de suicide chez nos Autochtones, surtout chez les jeunes, est disproportionné par rapport à la population générale.
Bien que les Autochtones vivant dans des réserves relèvent directement de la responsabilité du gouvernement fédéral, les gouvernements, quelle que soit leur allégeance, ont tour à tour échoué à garantir aux Canadiens d'origine autochtone le droit à l'égalité.
J'avais espéré que l'Accord de Kelowna, signé par le gouvernement fédéral et tous les gouvernements provinciaux et territoriaux, aurait joué un grand rôle à cet égard. Malheureusement, l'accord n'a pas été ratifié, et c'est pour cette raison que les Autochtones, les premiers habitants du Canada, accusent un retard. Tant que nous n'accepterons pas que nous avons une responsabilité fiduciaire envers les Premières nations, nous serons incapables de garantir l'égalité à tous les Canadiens. Je mets le gouvernement actuel et le prochain gouvernement au défi de faire disparaître ce qui est, selon moi, une honte pour le Canada.