Déclaration faite le 02 décembre 2010 par le sénateur Tommy Banks (retraité)
L'honorable Tommy Banks :
Honorables sénateurs, je suis ravi d'intervenir aujourd'hui en faveur de l'adoption du septième rapport intérimaire du Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles, intitulé Attention Canada! En route vers notre avenir énergétique.
Notre distingué président, le sénateur Angus, vous a déjà dit que ce rapport provisoire, et ceux qui le suivront avec succès, sont étroitement liés à l'avenir du Canada. Ces documents seront particulièrement importants — ils doivent l'être — pour ceux d'entre nous qui, d'une façon ou d'une autre, ont leur mot à dire quant au rôle que, d'une façon générale, l'énergie va jouer dans l'avenir.
À cet égard, l'aspect le plus important de notre démarche en fonction de ces rapports, et des autres rapports de comité qui suivront, consiste à être conscient du fait que nous — c'est-à-dire la société, l'industrie, les universitaires et, surtout, le gouvernement — en savons très peu sur cet avenir. Il ne fait aucun doute que, à certains égards, celui-ci sera truffé de problèmes et de défis.
Ces problèmes et ces défis ne se manifesteront pas nécessairement là où l'industrie les anticipe ni là où les environnementalistes ou le gouvernement les anticipent. Si nous voulons pouvoir gérer la situation, nous adapter et relever ces défis, nous devons d'abord comprendre le contexte global dans lequel ils se situent.
Honorables sénateurs, nous, c'est-à-dire la société, l'industrie, les universitaires et le gouvernement, avons tous une lacune qui nous empêche de bien saisir la situation d'ensemble, qui nous empêche de comprendre comment tous les éléments liés à l'énergie, à la production et à la consommation sont reliés, comment ils s'influencent tous mutuellement et comment le fait d'intervenir à un niveau a une incidence à un autre niveau.
Le comité veut aider à examiner les synergies et les contraintes auxquelles nous pourrions être confrontés en essayant d'avoir une vision globale de la situation. Surtout, il importe de comprendre que toutes les projections sont erronées et que tous ceux qui parlent de consommation ou de production énergétique en prétendant connaître la vérité sont des charlatans ou des naïfs.
Pour vous montrer jusqu'à quel point nous nous sommes trompés dans le passé, par exemple en ce qui a trait aux réserves de pétrole, je vous rappelle que des personnes bien intentionnées, y compris des experts, nous ont souvent prévenus en termes très inquiétants que nous étions en fort mauvaise posture, parce que les réserves de pétrole étaient en train de disparaître.
En 1882, la United States Institute of Mining Engineers estimait qu'il restait environ 45 millions de barils de pétrole, soit assez pour répondre à la demande durant environ quatre ans. En 1914, Le United States Bureau of Mines annonçait qu'il ne restait plus que 6 millions de barils de pétrole aux États-Unis. En 1920, le directeur du U.S. Geological Survey a dit que la production américaine de pétrole était sur le point d'atteindre son sommet. En 1951, le département américain de l'Intérieur lançait un avertissement selon lequel il n'y aurait plus de pétrole à compter du milieu des années 1960. En 1970, Jimmy Carter déclarait :
Nous pourrions avoir épuisé toutes les réserves mondiales de pétrole prouvées d'ici la fin de la prochaine décennie.
En 1971, les réserves prouvées de pétrole étaient de 612 milliards de barils. Depuis lors, nous avons produit et utilisé plus de 800 milliards de barils. Si les prévisions établies en 1971 avaient été justes, les réserves seraient épuisées depuis plus de cinq ans, mais ce n'est pas le cas.
Aujourd'hui, les réserves prouvées de pétrole sont d'environ 1 000 milliards de barils, soit 416 milliards de barils de plus que ce qui devait rester en 1971 et nous avons accéléré notre rythme de consommation depuis lors.
Comment ces choses sont-elles possibles? Parce que les prédictions étaient fausses.
Ce n'est pas que tous les alarmistes ayant les meilleures intentions du monde se soient acharnés sur le pétrole. Lorsque nous nous sommes lancés dans le périple du monde vert lors des célébrations du premier Jour de la Terre en 1969, l'environnementaliste Nigel Calder nous a dit que la menace d'une nouvelle période glaciaire était maintenant sur un pied d'égalité avec la guerre nucléaire en tant que source de mort et de misère pour l'humanité.
C.C. Wallén, de l'Organisation météorologique mondiale, a dit alors ceci :
Le refroidissement que nous constatons depuis 1940 a été suffisamment important et constants pour nous permettre d'affirmer que la tendance ne pourra être renversée de sitôt.
En 1968, le professeur Paul Ehrlich, qui était l'idole et le mentor de l'ancien vice-président Gore, a prédit une importante crise alimentaire aux États-Unis et affirmé que, au cours des années 1970, des centaines de millions de personnes mourraient de faim. M. Ehrlich prévoyait que 65 millions d'Américains mourraient de faim entre 1980 et 1989, et qu'en 1999, la population des États-Unis aurait chuté à 22,6 millions de personnes.
Les prédictions de M. Ehrlich à propos de l'Angleterre étaient encore plus sombres. Il a dit :
Si j'étais joueur, je gagerais encore plus d'argent sur la possibilité que l'Angleterre ait disparu en l'an 2000.
En 1972, un rapport préparé pour le Club de Rome laissait entendre que, en raison de notre consommation excessive, les réserves mondiales d'or seraient complètement épuisées en 1981, les réserves de mercure et d'argent, en 1985, les réserves d'étain, en 1987 et les réserves de pétrole, de cuivre, de plomb et de gaz naturel, en 1992.
Dans son livre intitulé The Doomsday Book, paru en 1979, Gordon Taylon a dit que les Américains utilisaient 50 p. 100 des ressources mondiales et que, si on les laissait faire, ils les auraient toutes utilisées en l'an 2000.
En 1975, l'Environmental Fund a publié un avertissement sur une page de journal complète :
Le monde comme nous le connaissons maintenant aura probablement disparu d'ici l'an 2000.
Le biologiste George Wald de l'Université Harvard a dit ceci en 1970 :
[...] la civilisation prendra fin d'ici 15 ou 30 ans, à moins que nous prenions immédiatement des mesures pour contrer les problèmes auxquels l'humanité doit faire face.
C'est au cours de la même année que le sénateur américain Gaylord Nelson a affirmé dans le magazine Look que, en 1995, de 75 à 85 p. 100 de toutes les espèces animales du monde auraient disparu.
Il n'y a pas que les prophètes de malheur des temps modernes qui ont eu tort. Les prophètes de malheur ont toujours tort, d'ailleurs. En 1885, la Commission géologique américaine a annoncé qu'il y avait peu de chances que l'on trouve du pétrole en Californie. Quelques années plus tard, elle a fait des prévisions analogues pour le Kansas et le Texas. En 1939, le département de l'Intérieur a déclaré que les ressources pétrolières seraient épuisées 13 années plus tard. En 1949, le secrétaire à l'Intérieur a déclaré que l'épuisement du pétrole n'allait pas tarder.
N'ayant rien retenu de ses erreurs passées, la Commission géologique américaine a déclaré, en 1974, que les ressources gazières des États-Unis seraient épuisées 10 années plus tard. En se fondant sur des projections des taux de consommation, l'association gazière américaine prévoit maintenant que les réserves en gaz ne seront épuisées que dans 1 000 à 2 500 ans.
En 1970, lorsque les environnementalistes prévoyaient un refroidissement planétaire causé par l'activité humaine, qu'ils entrevoyaient la menace d'une ère glaciaire et qu'ils concluaient que des millions d'Américains crèveraient alors de faim, quel type de politique gouvernementale aurait-il fallu mettre en œuvre en vue de prévenir une telle calamité? Lorsque M. Ehrlich a prévu, en 1970, que l'Angleterre n'existerait plus en l'an 2000, quelles mesures le Parlement britannique aurait-il dû prendre pour empêcher ce scénario de se concrétiser?
En 1939, lorsque le département de l'Intérieur a tiré la sonnette d'alarme pour prévenir que les réserves pétrolières des États-Unis seraient épuisées 13 années plus tard, quelles mesures le président Roosevelt aurait-il dû prendre?
Enfin, comment pouvons-nous savoir si les prévisions des alarmistes environnementaux ou les déclarations de ceux qui nient purement et simplement les effets anthropologiques et écologiques ne tiennent pas plus la route que toutes les prévisions qu'on a faites par le passé? Dans tous les camps — car il y en a plus que deux —, les partisans peuvent avancer des preuves, des statistiques, des prévisions, encore des statistiques, des modèles informatiques, ils peuvent invoquer l'intelligence humaine, puis encore des statistiques, des preuves basées sur l'expérience, des certitudes scientifiques, des graphiques, pis encore, des statistiques à l'appui de leurs diagnostics et de leurs pronostics. Ils ont probablement tous tort.
Toutes les projections sont erronées. Nous voulons à tout le moins faire preuve de prudence avant de jouer le tout pour le tout. Nous devons utiliser le principe de précaution. Nous devons connaître les risques et prendre des décisions prudentes en ce qui concerne la réduction des gaz à effet de serre, l'ampleur des mesures que nous avons les moyens d'appliquer, les dangers auxquels nous et nos descendants, de même que la petite planète sur laquelle nous vivons, pourraient être exposés.
Notre comité veille et veillera à améliorer, si modestement que cela puisse être, la compréhension que nous avons du contexte global, de manière à ce que nous sachions mieux comment assurer notre avenir. En tant que sénateurs nous avons une part de responsabilité à cet égard. C'est d'ailleurs pour que nous nous acquittions le mieux possible de cette responsabilité que j'attire votre attention sur ce rapport.