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Maria Chaput

L Experte-conseil, directeur, directrice adjointe, directrice général, auteur, et bénévole sont quelques-uns des rôles et des responsabilités occupés par la sénatrice Maria Chaput au cours de sa carrière. Nommé au Sénat le 12 décembre, 2002, elle est la première franco-manitobaine femme à siéger au Sénat.

Discours et débats

Pleins feux sur les phares gardés de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve-et-Labrador

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Déclaration faite le 15 février 2011 par le sénateur William Rompkey (retraité)

L'honorable Bill Rompkey:

Honorables sénateurs, je suis sûr que tous les sénateurs sont conscients de la valeur iconique des phares canadiens sur les deux côtes. Ceux d'entre nous qui viennent de zones côtières connaissent peut-être non seulement leur valeur iconique, mais aussi l'attachement sentimental que les gens ont à leur égard. Ils sont peut-être aussi conscients de l'utilité de ces phares, qui sont encore utilisés par les marins et les aéronefs.

En outre, les phares pourraient enrichir les collectivités canadiennes à l'avenir. En effet, les phares attirent de plus en plus de touristes.

Notre comité a étudié deux aspects des phares. Premièrement, leur préservation, qui fera l'objet d'un rapport au printemps; et, deuxièmement, l'élimination des postes de gardiens de phare, ou « de-staffing » en anglais. Certains sénateurs trouvent ce terme problématique, mais nous n'avons pas trouvé d'autres solutions. Nous allons donc parler de l'élimination des postes de gardiens de phare.

Notre rapport s'intitule Pleins feux sur les phares gardés de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve-et-Labrador parce que ce sont les deux seules provinces qui ont encore des gardiens dans leurs phares. Je veux parler de ce rapport aujourd'hui, ainsi que de la question de savoir si les phares sur ces deux côtes devraient être gardés ou non.

Les gardiens de phare traditionnels ont disparu de la plupart des phares au Canada. La majorité de ces phares sont maintenant automatisés, et ils sont souvent alimentés à l'énergie solaire. Ils fonctionnent, ou ils sont censés fonctionner. Nous nous souvenons tous de notre premier tourne-disque 33 tours et de la façon dont l'aiguille se coinçait et la chanson se répétait sans cesse. Cela peut se produire. La technologie n'est pas parfaite. Parfois, les nouvelles inventions fonctionnent mal.

Il y a des gardiens de phare affectés à une cinquantaine de sites seulement, à peu près la moitié en Colombie-Britannique et l'autre moitié à Terre-Neuve-et-Labrador. En 2009, la Garde côtière canadienne a présenté un plan pour retirer les derniers gardiens de phare du Canada de ces régions. La Garde côtière était d'avis que la suppression de ces postes permettrait de faire un usage plus judicieux de l'argent des contribuables. Cet organisme a fait plusieurs tentatives du genre dans ces deux provinces. Chaque fois, l'opinion publique a réussi à prévenir la fermeture complète des postes.

Je dois dire que la levée de boucliers a été particulièrement énergique en Colombie-Britannique et que c'est à la population qui s'intéresse aux phares de cette province que nous devons le report de ce processus.

Cette fois, la ministre des Pêches et des Océans a demandé si notre comité permanent voudrait bien se charger d'examiner la question et de formuler des recommandations, ce qui n'est pas vraiment inhabituel. Je me rappelle que le ministre de la Défense avait fait la même chose en 1993. Certains sénateurs qui faisaient partie de ce comité siègent encore dans cette enceinte. Il n'est pas totalement inhabituel qu'un ministre demande à un comité d'étudier une question, mais cela ne se produit pas tous les jours. Ce qui est intéressant, c'est que la ministre ait confié cette tâche à ce comité sénatorial précis plutôt qu'au comité de l'autre endroit. Il faut bien entendu la féliciter de son bon jugement à cet égard.

Notre comité a accepté de procéder à cette étude. À mon avis, et peut-être que d'autres membres du comité pensent la même chose, il ne m'avait jamais été donné auparavant de participer à une activité aussi satisfaisante. Il ne s'agit pas d'un enjeu aussi important à l'échelle de Richter que la politique fiscale ou la politique carcérale ou autre, mais il s'agit d'un enjeu important pour les habitants des côtes canadiennes. Ceux-ci se sont félicités de cette étude et nous ont accueillis à bras ouverts. Après tout, ce sont des membres de cette Chambre, notamment les sénateurs Pat Carney et Mike Forrestall, et maintenant Lowell Murray, qui a repris le flambeau de ces deux sénateurs qui l'ont précédé, à qui nous devons l'adoption de la Loi visant à protéger les phares patrimoniaux. Nous avons accepté d'étudier la question de la dotation en personnel, mais nous avons aussi élargi notre mandat afin d'y inclure la question générale de la conservation des phares.

Dans le cadre de la rédaction du rapport initial sur la dotation en personnel, nous avons tenu des audiences à Ottawa et nous avons visité les régions concernées. Un certain nombre de membres du comité se sont d'abord rendus en Nouvelle-Écosse, où les phares n'étaient plus pourvus de personnel depuis les dernières années, afin de tirer parti de cette expérience. Nous nous sommes aussi rendus à Terre-Neuve-et-Labrador et en Colombie-Britannique.

À l'origine, nous avions prévu des réunions publiques dans ces provinces avec des services d'interprète et un compte rendu écrit complet. Cependant, nous manquions d'argent, comme de nombreux comités en ont manqué au cours de la dernière année, alors nous avons dû nous en tenir à des voyages exploratoires, au lieu d'audiences en bonne et due forme. C'est vraiment dommage, d'une certaine manière, parce que les gens des régions éloignées nous voient peu souvent et ont rarement l'impression que leurs voix sont entendues au centre du pays. C'est le Sénat qui, à mes yeux, est le porte-étendard habituel du Parlement du Canada dans les régions éloignées. Nous devrions nous y rendre encore plus souvent, car ce sont ces déplacements qui suscitent à l'endroit du Sénat l'estime de la population.

Des esprits supérieurs ont décidé que nous ne devions pas disposer de l'argent nécessaire pour que le comité se déplace en entier, alors nous avons effectué un voyage exploratoire qui nous a néanmoins permis de recueillir beaucoup d'information. Nous avons passé presque une semaine dans chaque province. Nous avons rencontré divers interlocuteurs, tantôt des groupes locaux, tantôt des particuliers. Nous avons entendu plus de 240 personnes en tout. C'est la preuve que le dossier suscite beaucoup d'intérêt.

Nous nous sommes rendus visiter autant de phares que nous avons pu, en empruntant les routes ou en nous déplaçant en hélicoptère. Nous avons discuté avec les gardiens de phare. Partout où nous sommes allés, les populations côtières nous ont dit que la présence humaine le long de ces côtes, dans les endroits éloignés, avait pour effet de renforcer la souveraineté et que les gardiens de phare pouvaient fournir des secours d'urgence.

Je voudrais vous souligner un fait intéressant pour ce qui est de la souveraineté. Sur les deux côtes se trouve un endroit nommé l'île Green qui est important pour le maintien de l'intégrité du territoire canadien. La première de ces îles se trouve sur la côte Est, près de la baie Fortune, entre cette baie et les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon, qui sont bien entendu deux îles françaises.

Le phare se trouve exactement à la rencontre des eaux territoriales des deux pays. J'ai bien senti que cet endroit était le lieu d'une présence du gouvernement du Canada sur le pourtour du territoire. Le seul phare qui a été conservé dans ce but est celui de l'île Machias Seal, au Nouveau-Brunswick, je crois.

L'honorable Jim Munson : Un article a paru à ce sujet. C'est le dernier endroit faisant l'objet d'un différend territorial entre le Canada et les États-Unis.

Le sénateur Rompkey : Le sénateur Munson pourra prendre la parole dans un instant.

Comme je le disais, j'ai bien senti que ce phare assurait une présence canadienne à un endroit où il est important que nous affirmions notre souveraineté.

L'autre île Green se trouve au nord de la côte de la Colombie- Britannique. Je suis allé dans ce phare et je pouvais voir l'Alaska. Je pouvais voir la limite maritime entre nos deux pays.

Il s'agit d'une question importante et d'un des services que nos phares nous fournissent. Certains rentrent dans cette catégorie, mais pas tous. C'est pour cette raison que nous devrions les préserver, je pense.

Parmi les régions où il y a toujours des gardiens de phare se trouvent quelques-unes des régions côtières les plus éloignées et les plus isolées du Canada, exception faite de l'Arctique. Ces gardiens servent notre pays de bien plus de manières que la plupart des gens ne s'imaginent. Nous avons parlé à des pilotes d'avion comptant 40 ans d'expérience : ils nous ont dit que ces phares et leurs gardiens, en Colombie-Britannique en particulier, jouaient un rôle très important pendant leurs vols. Les vols de petits avions ayant besoin des phares comme repères se multiplient au-dessus de la côte ouest de la Colombie-Britannique.

La compagnie BC Ferries est la plus grande compagnie de traversiers au monde, je crois. Ses représentants nous ont dit que ces phares étaient importants pour son fonctionnement. Des exploitants des traversiers, des pilotes, des pêcheurs, des exploitants d'entreprises touristiques nous ont parlé. Ils nous ont tous dit que ces phares et leurs gardiens étaient importants pour l'avenir.

Nos interlocuteurs, sur la côte Est comme sur la côte Ouest, nous ont dit que rien ne pouvait remplacer la structure en question. La tour elle-même — on oublie les rayons lumineux un instant — peut aider à s'orienter. Si les phares disparaissent, nous privons les navires qui se dirigent vers la terre d'un des moyens qui leur permet de déterminer leur cap.

À propos, je viens juste de découvrir aujourd'hui que l'Inde est en train de construire des phares tous les 30 milles le long de sa côte et d'embaucher des gardiens de phare. Il me semble qu'il y a quelque chose qui cloche. Le Canada est en train de licencier des gardiens de phare et l'Inde, d'en embaucher. Cela vaut la peine d'essayer de comprendre pourquoi, à mon avis.

On nous a aussi expliqué que les gardiens de phare contribuent au contrôle environnemental, aux études climatiques et aux recherches sur les baleines et qu'ils aident les réserves écologiques.

Le tourisme est une autre question; tout le monde bénéficie du tourisme. À Crow Head, près de Twillingate, sur la côte est de Terre-Neuve, un comité qui s'intéresse au développement local a constaté que la présence d'un gardien de phare qui connaît bien son métier peut faire passer le nombre de touristes de 40 000 par année à 55 000 par année. Les phares sont une attraction touristique. Ce n'est pas le phare à lui seul qui intéresse les touristes; ceux-ci veulent qu'on leur explique le but du phare, son fonctionnement et son opération. Les gens veulent une leçon d'histoire.

Nous avons appris qu'il est possible de faire plus systématiquement appel aux gardiens de phare qu'à l'heure actuelle, mais on a réduit leurs fonctions, et ce, malgré le fait qu'il y a, à l'heure actuelle, un plus grand nombre de petites embarcations.

Les gardiens de phare signalent déjà les conditions météorologiques et marines. Ils recueillent des données scientifiques à long terme. Ils protègent les espèces animales et végétales rares. Ils contribuent également au Programme de surveillance côtière/aéroportuaire de la GRC. En fait, on nous a signalé que les gardiens de phare offrent des services au public, autant directement qu'indirectement, par le truchement d'au moins sept ministères et organismes fédéraux.

Ce fait soulève une question clé. Il semble que tout le monde fonctionne en vase clos. Les gardiens de phare sont orphelins. Sept organismes fédéraux différents utilisent les phares, mais personne ne veut en assumer la responsabilité. Il faut trouver une réponse pangouvernementale au problème des phares, assurer une certaine coordination et obtenir un financement permanent afin qu'ils puissent continuer d'offrir les services qu'ils offrent actuellement.

Aucune analyse coût-avantage n'a été effectuée pour justifier la décision de ne plus recourir aux services des gardiens de phare, et aucun organisme n'a songé à toutes les utilités possibles des phares gardés. Sur la côte Est comme sur la côte Ouest, il semble que la grande majorité des gens soit en faveur du maintien des gardiens, et c'est justement ce que nous recommandons à l'unanimité. Il faudrait immédiatement procéder à une évaluation afin de déterminer quels phares seront gardés et lesquels seront automatisés. L'examen tentera également de déterminer s'il faudrait rétablir les gardiens dans certains phares qui ont été automatisés, comme on l'a indiqué dans les Maritimes.

Je répète que nos consultations se sont avérées très enrichissantes. J'aurais voulu que certains des députés qui éprouvent un certain scepticisme envers la Garde côtière nous accompagnent et entendent le témoignage des gardiens de phare dans des endroits comme Triple Island, en Colombie-Britannique, une île qui n'est qu'un rocher nu sur lequel déferlent d'énormes vagues et où se dresse une tour élancée. Peut-être qu'à l'occasion de notre prochain voyage, Cheryl Gallant pourra nous accompagner et voir de ses propres yeux l'ampleur des vagues sur les deux côtes. Les gens cependant ont une idée de ce que signifie l'expression « aide à la navigation ».

Je tiens à remercier un certain nombre de sénateurs, dont quelques-uns se trouvent ici aujourd'hui. Je veux remercier le sénateur Patterson, vice-président, qui est parmi nous, de même que madame le sénateur Raine, qui connaissait déjà bien les montagnes, mais qui en est venue à connaître les côtes. À mon avis, elle a appris à aimer tout autant les côtes que les montagnes.

Je les remercie de leur coopération et recommande ce rapport au Sénat.

Veuillez s'il vous plait appuyer ici pour lire ce débat dans son intégralité


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