Déclaration faite le 15 juin 2006 par le sénateur Willie Adams (retraité)
L'honorable Willie Adams:
Je vous remercie, honorables sénateurs. Je vais
faire de mon mieux concernant mon interpellation au sujet de l'avenir de la
pêche au Nunavut. Depuis une revendication territoriale en 1993, nous avons
commencé à obtenir des contingents au Nunavut dans les zones OA et OB. Au cours
des cinq ou six dernières années, comme nous le savons, le ministère des Pêches,
à Ottawa, effectue annuellement une attribution.
Selon mes estimations, la valeur de 8 000 tonnes de poissons au Nunavut pour
une année est de l'ordre de 25 millions à 30 millions de dollars par année.
À l'heure actuelle, pour cette pêche, les Canadiens et les étrangers ont
négocié chaque année des contingents de 8 000 tonnes avec le Conseil de gestion
des ressources fauniques du Nunavut et le MPO. En ce moment, les prises par des
étrangers représentent environ 75 p. 100 des contingents.
Les Inuits souhaitent la parité pour cette pêche. Aujourd'hui, leurs prises
ne représentent que 25 p. 100 du total. Je vais vous donner d'autres
explications au sujet des longs chaluts ou de la pêche avec lignes et hameçons.
Nous avons tenu en février dernier à Iqaluit une réunion avec des représentants
du MPO et de la collectivité. Les Inuits s'inquiètent sérieusement de l'avenir.
Ils se demandent durant combien de temps nous allons prendre 8 000 tonnes par
année dans la région du Nunavut.
Il se passe au Nunavut ce qui s'est passé à Terre-Neuve pour la morue, il y a
de cela je ne sais plus trop combien d'années. Les Inuits ont raison d'être
inquiets aujourd'hui. Nous allons peut-être avoir de meilleurs résultats à
l'avenir, à long terme. Pour le moment, il y a un contingent de 8 000 tonnes
métriques par année pour la région du Nunavut.
Il serait intéressant pour les pêcheurs d'avoir le choix entre la pêche avec
lignes et hameçons et le filet maillant. Selon les températures, surtout dans la
région du Nunavut, les poissons se déplacent d'une année à l'autre et il est
difficile pour nous de respecter des pourcentages.
Entre-temps, nous avons des questions à poser au MPO. Selon des recherches
effectuées dans la région du détroit de Davis, soit les zones OA et OB, l'an
dernier, la température de l'eau était de moins 1 par endroits. Nous avons
demandé dans quelles zones frayait le flétan noir, mais les gens du MPO n'ont
pas pu trouver l'endroit.
Le gouvernement a établi une politique, il y a environ trois ans. Après avoir
étudié l'avenir de la pêche au flétan noir dans la région du Nunavut, le
gouvernement a adopté comme politique d'interdire la pêche étrangère. Lors d'une
réunion en février dernier, nous avons constaté que le MPO n'avait aucun plan
pour interdire la pêche étrangère le long de la côte du Nunavut ou dans la
baie.
Ce sont les seules zones où il est possible pour les étrangers de pêcher le
poisson à la drague, et particulièrement le flétan noir. À l'époque, le Conseil
de gestion des ressources fauniques du Nunavut n'avait pas l'équipement
nécessaire pour prendre 8 000 tonnes métriques. Une demande a alors été adressée
à la Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve, et nous nous sommes retrouvés avec 11
bateaux canadiens pour aider la population inuite locale à pêcher les 8 000
tonnes métriques. Les étrangers ont trouvé un moyen d'obtenir l'autorisation de
St. John's, à Terre-Neuve, ou de Halifax, et ils se rendent dans cette pêcherie
depuis 2003. À ce moment-là, nous avons réglé une revendication territoriale et
nous pensions pouvoir façonner en bonne partie l'avenir de notre économie.
Aujourd'hui, nous recherchons les investissements canadiens dans le domaine
des pêches. La population locale aime s'associer aux pêcheurs canadiens.
Si une proportion pouvant atteindre 75 p. 100 du poisson est débarquée au
Groenland, où se trouve l'investissement pour notre population? Si le poisson
était débarqué au Canada, nous pourrions au moins avoir l'aide de quelques-uns
des partenaires qui ont investi avec nous dans le secteur de la pêche.
Aujourd'hui, ils ne sont pas là.
J'ai parlé plus tôt de la pêche à la drague. Pour l'espèce que j'ai
mentionnée, je pense que la limite permise pour les prises est de 58
centimètres. C'est le type de politique que nous devons être en mesure
d'appliquer pour le poisson capturé dans les zones OA et OB. Le ministère des
Pêches et des Océans devait établir la limite à 58 centimètres. C'est la
politique qui était prévue.
Il y a des gens qui viennent travailler dans le Nord depuis 10 ou 15 ans. Ils
nous parlent du poisson qu'ils capturent à la drague.
Les Inuit aiment pêcher à l'hameçon et au filet maillant parce que, selon
certains pêcheurs, nous obtenons un meilleur prix ainsi que par la pêche à la
drague. C'est le genre de choses qui préoccupe les Inuits.
En 1993, nous avons réglé une revendication territoriale, mais aujourd'hui,
nous sommes inquiets. À l'époque de cette revendication territoriale, étant
donné que nous faisons partie du Canada, nous étions pour la pêche commerciale
et pour les autres formes de pêche. Nous avons réglé la revendication
territoriale avec l'espoir de créer des emplois d'été pour la population locale.
Aujourd'hui, nous constatons que le taux local d'emploi a augmenté de 85 p. 100
depuis le règlement de la revendication territoriale.
Il y a quelques années, je me suis rendu à l'île Burton pour voir comment
allait la pêche sur glace. Pour m'y rendre, j'ai fait 106 km en motoneige. Les
Inuits savent comment pêcher et survivre là-bas. Aujourd'hui, les recettes de la
pêche tournent autour de 30 millions de dollars. Nous pensons à l'avenir. Une
partie de cet argent devrait servir à aider la population locale.
La saison de la pêche ne dure que huit mois en raison du temps froid et de la
glace. Ceux qui peuvent travailler pour la compagnie pendant trois ou quatre
mois ont parfois droit à des prestations d'assurance-emploi pendant l'hiver.
Si nous abandonnions cette pratique de donner 75 p. 100 aux étrangers plutôt
qu'en profiter nous mêmes, ce qui est très typique, nous pourrions peut-être
tirer des prestations d'assurance-emploi, selon le temps passé à travailler pour
la compagnie.
Compte tenu de l'accord de revendications territoriales conclu entre le
Nunavut et le gouvernement fédéral, au moins 51 p. 100 des actions appartenant à
une société de placements, de construction ou autre assurant des emplois doivent
appartenir à des gens qui vivent dans la collectivité. Ce n'est pas le cas de
nos jours dans le secteur des pêches.
Je crois qu'à l'avenir, avec la participation des habitants de la
collectivité, une partie de l'argent restera dans la collectivité. Une étude sur
le règlement d'une revendication territoriale a été effectuée il y a environ
trois ou quatre ans en collaboration avec le ministère de l'Industrie. À ce
moment-là, le Nunavut en faisait la promotion. Le titre du projet devait être «
La capitale : le Nunavut ». Le gouvernement a dépensé plus de 200 000 millions
de dollars pour construire des immeubles modernes.
À ce moment-là, nous avons appris combien d'argent les ministères dépensaient
là-bas et quel pourcentage de cet argent restait sur place. Moins de 25 p. 100
de cet argent restait dans la collectivité. Plus de 75 p. 100 des gens qui
travaillent là-bas ramènent l'argent qu'ils y gagnent dans le Sud. C'est pour
cette raison que nous voulons qu'une politique soit adoptée pour les habitants
de la collectivité. Les entreprises de pêches et autres commerces devraient
appartenir à des membres de la collectivité dans une proportion d'au moins 51 p.
100. Les gens de l'endroit pourraient alors en tirer profit.
Cette question devrait être soumise à l'étude du comité, au début de
l'automne peut-être. Je voudrais dire encore quelques mots sur l'avenir
économique du Nunavut, particulièrement en ce qui a trait aux mines et à
l'exploitation pétrolière et gazière. Nous devons travailler tous ensemble, ici
au Sénat, pour assurer de meilleurs emplois au niveau local.
Par suite de l'accord de revendications territoriales conclu en 1953, nous
avons fait une étude sur le nombre de gens du Nunavut qui avaient un emploi.
Moins de 45 p. 100 des Inuits occupent un emploi aujourd'hui. Plus de 65 p. 100
des travailleurs viennent d'ailleurs au Canada et ils prennent les emplois des
gens de la collectivité. Nous devons nous pencher sur ce problème. C'est pour
cette raison que nous avons signé cet accord de revendication. Nous voulions
avoir plus de contrôle. Toutefois, c'est loin d'être le cas.
Le peuple inuit voudrait qu'il y ait davantage de consultations en matière de
politiques entre les ministères, notamment à Ottawa. Les offres d'emploi qui
paraissent maintenant dans le Nunavut, dans les journaux ou à la radio,
requièrent que les candidats comprennent l'anglais, l'inuktitut et le français.
Dans l'Arctique, avant le règlement de la revendication territoriale, nous
n'avions pas de politique pour apprendre le français. Aujourd'hui, c'est
différent.
Enfin, je voudrais remercier les sénateurs qui
m'ont rappelé que nous sommes tous des Canadiens qui mettent tout en œuvre pour
assurer l'avenir de la population.
Au début de mon discours, j'ai parlé de quelque 8 000 tonnes métriques de
flétan noir. Nous ne disposions pas du matériel que les gens ont aujourd'hui.
Aujourd'hui, nous nous inquiétons du fait que la seule façon pour nous d'avoir
du succès, c'est de nous allier avec des Canadiens sur la côte est, parce qu'ils
connaissent mieux la pêche commerciale.
Entre temps, nous avons une usine de transformation à Pangnirtung, dans le
Nunavut. De façon générale, nous ne transformons que 200 tonnes métriques.
L'usine compte 40 employés, des femmes surtout. Leurs maris pêchent pendant
qu'elles travaillent à l'usine.
Nous avons conclu une entente avec le ministère des Pêches et des Océans.
L'an dernier, peut-être à cause des changements climatiques, à quelque 60 milles
au large, dans des eaux pouvant atteindre une profondeur de 3 000 mètres, nous
avons perdu du matériel et des hommes. Des cabines et des motoneiges ont dérivé
au loin sur la glace. Nous n'avons pas de polices d'assurance couvrant les
pêcheurs dans le Nunavut. C'est ce qui se produira dans le Nunavut dans
l'avenir. Merci de m'avoir écouté, honorables sénateurs.