Déclaration faite le 15 juin 2011 par la sénatrice Vivienne Poy
L'honorable Vivienne Poy:
Honorables sénateurs, vous devez déjà avoir reçu à votre bureau un exemplaire d'« Un résumé chronologique de l'histoire des Chinois canadiens : De la ségrégation à l'intégration ». J'espère que vous prendrez le temps de l'examiner et que vous le partagerez avec votre famille et vos amis, ainsi qu'avec les écoles de votre quartier.
Ce résumé a été réalisé par le centre de communications internationales David See-Chai Lam, à l'Université Simon Fraser. Son auteur est un professeur de géographie émérite, M. David Chuenyan Lai, de l'Université de Victoria. Il s'agit d'un projet mené en collaboration par des spécialistes de l'Université de Victoria, de UBC et de l'Université Simon Fraser.
Ce résumé chronologique vise à faire découvrir aux Canadiens la contribution historique des Canadiens d'origine chinoise à l'édification de notre pays et à susciter la fierté de leurs origines chez ces derniers. En même temps, c'est une contribution à l'identité multiculturelle du Canada. On espère amener les Canadiens de diverses origines à entreprendre des projets semblables afin que chaque groupe culturel puisse en apprendre sur les autres, facilement et rapidement.
Les sénateurs remarqueront que ce résumé est rédigé en anglais, en français et en chinois. En quelques paragraphes, il relate l'histoire des Chinois au Canada de 1788 à 2010. Il souligne les contributions des Sino-Canadiens en plus de deux siècles au Canada, les difficultés qu'ils ont dû surmonter et, enfin, leur intégration fructueuse au cours des dernières décennies.
L'histoire commence en 1788, près de 100 ans avant la Confédération, quand les premiers groupes de menuisiers et charpentiers de marine ont été amenés par John Meares à Nootka Sound, où ils devaient participer à la construction de forts et de grands voiliers. Le texte explique bien comment l'histoire des Chinois canadiens est indissociable du développement du Canada en tant que pays.
Au début des années 1860, des milliers de travailleurs chinois nouvellement arrivés ont travaillé à assécher des marécages, à creuser des tranchées et à construire des routes menant vers l'intérieur de la colonie de la Colombie-Britannique, au moment de la ruée vers l'or dans la vallée du Fraser. D'autres travaillaient aussi dans des mines, des conserveries et des scieries ou encore devenaient employés de ranch, cuisiniers, et autres.
De nos jours, la majorité des Canadiens savent que la partie la plus difficile à réaliser du chemin de fer du Canadien Pacifique a été construite par des travailleurs chinois engagés en Californie et en Chine par Andrew Onderdonk. Comme l'a dit le premier ministre sir John A. Macdonald, sans les travailleurs chinois, il n'y aurait pas eu de chemin de fer. À la fin de 1882, plus de 70 p. 100 des travailleurs des chemins de fer étaient chinois. Sans ce chemin de fer, on peut se demander si la colonie de la Colombie-Britannique ne se serait pas jointe à la Californie plutôt qu'au Dominion du Canada.
Victimes de discrimination au travail, les travailleurs chinois établirent des syndicats, et bientôt les travailleurs blancs se joignirent à eux au nom de la solidarité syndicale. Leur quête pour l'obtention de droits égaux, durant la dépression, a obtenu l'appui de la Fédération du Commonwealth coopératif, l'ancêtre de l'actuel Nouveau Parti démocratique.
La Seconde Guerre mondiale s'est révélée un moment décisif pour les communautés sino-canadiennes. Le patriotisme dont leurs membres ont fait preuve est particulièrement louable, car, au cours des décennies précédentes, le gouvernement canadien s'était évertué à prévenir l'entrée de Chinois au Canada, d'abord en imposant une lourde taxe d'entrée, puis en les excluant carrément, leur interdisant l'entrée au pays de 1923 à 1947. Malgré cela, plus de 600 Canadiens et Canadiennes d'origine chinoise ont servi le Canada pendant la Seconde Guerre mondiale, dont plusieurs derrière les lignes japonaises en Chine, au Sarawak et en Malaisie.
Après la guerre, l'abrogation de l'exclusion des Chinois prévue dans la Loi sur l'immigration et l'adoption de la Loi sur la citoyenneté canadienne ont ouvert la porte à la réunification des familles chinoises au Canada. En outre, les professions étant désormais ouvertes aux Sino-Canadiens qualifiés, l'intégration s'est amorcée.
La mise en place, en 1962, d'une nouvelle réglementation de l'immigration fondée sur les compétences et l'adoption, en 1967, d'un système de pondération universel ont favorisé une forte croissance du nombre d'immigrants d'origine chinoise. Depuis les années 1980, ils constituent le groupe le plus important d'immigrants arrivant au Canada.
L'égalité des chances a favorisé l'intégration physique, socioéconomique et politique des Sino-Canadiens. Partout au Canada, les quartiers chinois qui étaient autrefois des ghettos sont devenus des destinations touristiques, surtout maintenant que le Canada a enfin atteint son objectif de figurer parmi les destinations approuvées par la Chine. Toronto compte plusieurs quartiers chinois, tout comme Vancouver. Bien que les Canadiens d'origine chinoise soient largement dispersés, habitant souvent les banlieues, les quartiers chinois continuent de symboliser les débuts de l'histoire du Canada.
À Ottawa, la porte d'entrée du quartier chinois, récemment aménagée, remporte des prix et attire les touristes désireux de découvrir l'arche de la capitale, la seule en son genre en Amérique du Nord. Il s'agit d'une remarquable structure qui marie l'art chinois et l'ingénierie canadienne.
Les Canadiens d'origine chinoise sont également très nombreux dans nos universités et dans les professions. Les mariages mixtes sont courants et, de plus en plus, les cultures s'amalgament au Canada. Un nouvel interculturalisme naît de l'union des communautés au sein des familles.
Néanmoins, tout n'a pas été rose durant l'après-guerre. Même après que de nombreux Canadiens d'origine chinoise eurent fait leur entrée sur la scène politique, se furent taillé une place dans les professions, furent décorés de l'Ordre du Canada et nommés à des postes d'autorité, leur histoire demeura peu valorisée et peu diffusée.
En juin 1980, le Parlement reconnut pour la première fois la contribution des Canadiens d'origine chinoise dans la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique. Puis, en 1987, tous les partis votèrent en faveur d'une résolution reconnaissant l'injustice et la discrimination que constituaient la taxe d'entrée imposée aux Chinois et l'exclusion dont ils furent victimes. En juin 2006, le Parlement du Canada présenta officiellement ses excuses, lors d'une séance de la Chambre des communes, pour les mauvais traitements infligés au cours de l'histoire aux Chinois du Canada. Ces excuses officielles publiques à propos du passé ont permis à beaucoup de gens d'avoir foi en l'avenir.
Le nombre de députés d'origine chinoise au Parlement a connu une certaine hausse, mais la progression est lente. Le premier député fut Douglas Jung, en 1957. Bien qu'il n'y eût qu'une poignée de députés d'origine chinoise au cours de la dernière législature, leur nombre a considérablement augmenté depuis les dernières élections. Je leur offre, à tous, mes félicitations. Leurs noms seront inclus dans un ajout au résumé chronologique, qui devrait paraître en 2012 et qui mettra l'accent sur le quartier chinois d'Ottawa et sa nouvelle porte d'entrée. On prévoit aussi des ajouts qui porteront sur les quartiers chinois de Vancouver et de Victoria.
En partenariat avec un site web bilingue de l'Université de la Colombie-Britannique intitulé « Chinese Canadian Stories : Uncommon Stories from a Common Past » et financé dans le cadre du Programme de reconnaissance historique pour les communautés du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, le contenu éducatif du projet sera diffusé dans le web cette année, ce qui le rendra accessible dans le monde entier. Ce portail web unique sera mis à jour régulièrement. On y ajoutera notamment les noms des députés d'origine chinoise les plus récemment élus ainsi que des histoires sur les Canadiens d'origine chinoise.
Le projet comprend d'autres innovations importantes, comme une expérience virtuelle en ligne, un terminal interactif portable et une base de données interrogeable des œuvres numérisées créées par des organismes partenaires. Grâce à ce portail web, nos communautés et leurs histoires seront présentes dans nos écoles et auront une vitrine accessible par les élèves, étudiants et chercheurs des autres pays.
Honorables sénateurs, vous vous demandez peut-être pourquoi je vous ai parlé de ce matériel didactique aujourd'hui. C'est parce que j'estime que ce matériel éducatif à caractère multiculturel constitue un modèle dont pourraient s'inspirer d'autres communautés ethniques. Au fur et à mesure que la réalité multiculturelle du Canada s'accentue, les Canadiens doivent en savoir davantage au sujet de leurs cultures respectives. Le succès de notre société repose sur la connaissance du patrimoine unique des diverses communautés culturelles. J'ose espérer que cette affiche et que le portail web consacré à l'histoire des Canadiens d'ascendance chinoise inciteront d'autres communautés culturelles du Canada à documenter leur histoire, qui a sans doute contribué à l'édification de la nation canadienne.
Pour moi, le multiculturalisme ne correspond ni à un ministère fédéral, ni à un outil législatif, ni à une politique désuète sur papier. Le multiculturalisme est une réalité en constante évolution, alimentée par l'énergie et la passion des Canadiens et de leurs communautés d'origine. Il offre également aux Canadiens l'occasion de se sensibiliser et de se comprendre les uns les autres et, par le fait même, d'en apprendre davantage sur eux-mêmes.
Des conflits et des mésententes surviennent dans toute société, mais j'estime que ces problèmes sont en grande partie attribuables à l'ignorance. Nous devons tous être davantage sensibilisés à la contribution des divers groupes ethniques à l'édification de la nation canadienne au cours de son histoire. Des projets comme celui-ci offrent un moyen simple de combattre l'ignorance et de promouvoir une meilleure compréhension entre les Canadiens.
Les Canadiens d'origine chinoise qui sont arrivés au Canada au cours des dernières décennies doivent découvrir la longue histoire des Sino-Canadiens et la signification du patrimoine que ceux-ci ont laissé. Ces nouveaux Canadiens doivent savoir que les premiers Chinois sont arrivés au Canada il y a plus de 200 ans et qu'ils ont participé à l'édification du pays depuis le tout début. Il y a matière à être fier de ce qu'ont fait les Sino-Canadiens qui nous ont précédés.
Une nouvelle étude de l'Association d'études canadiennes réalisée à Montréal révèle que plus des trois quarts des Canadiens conviennent que le fait d'en apprendre davantage au sujet de l'histoire du Canada constituerait la meilleure façon de renforcer l'appartenance au pays.
Les Canadiens des jeunes générations sont probablement plus conscients de notre diversité culturelle. Les visages dans les salles de classe reflètent bien notre réalité multiculturelle, mais les programmes d'enseignement n'en tiennent pas vraiment compte. Grâce à des initiatives de sensibilisation des enseignants et à la fourniture de matériel didactique destiné aux élèves de la cinquième à la 12e année, j'ose espérer que les documents imprimés, comme cette affiche, ainsi que le portail web et divers outils numériques, aideront à remédier aux lacunes actuelles des programmes. Les jeunes Canadiens doivent apprendre que la diversité est la grande force du Canada, tout comme il y a plus de deux siècles.
Honorables sénateurs, avec la permission du Sénat, j'aimerais maintenant déposer cet outil pédagogique intitulé « Un résumé chronologique de l'histoire des Chinois canadiens : De la ségrégation à l'intégration ».