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L'honorable Lucie Pépin - Remerciements

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Déclaration faite le 21 juin 2011 par la sénateure Lucie Pépin (retraité)

L'honorable Lucie Pépin :

Honorables sénateurs, je vous remercie beaucoup pour tous vos témoignages. Je ne vous cache pas que je suis émue que vous m'ayez rappelé certaines choses que j'ai faites et que j'avais complètement oubliées.

Pour moi, il est très émouvant de vous écouter. Aujourd'hui, je prends la parole le cœur lourd, parce qu'il n'est jamais facile de quitter un endroit au sein duquel on a consacré 14 ans de sa vie. Il est encore plus difficile de s'éloigner de ses collègues, avec qui on a aimé travailler et qu'on aimait côtoyer tous les jours.

Je voudrais sincèrement vous remercier tous pour votre coopération. Chacun et chacune d'entre vous a contribué à sa manière à rendre mon passage au Sénat à la fois utile, instructif et agréable.

Au moment de partir, plusieurs de nos collègues sénateurs ont insisté sur cette grande famille du Sénat. Le personnel administratif, de soutien et de sécurité, forme un groupe avec lequel j'ai développé un attachement réciproque et un respect mutuel.

À tout ce beau monde, je réitère mon indéfectible affection et renouvelle mes remerciements pour leur dévouement.

Mes remerciements s'étendent aux gens de ma division sénatoriale de Chaouinigane. Ils ont accepté bien volontiers que je puisse jouer mon rôle de sénateur sans être nécessairement en compétition avec les députés du moment. Je suis fière de les avoir représentés.

Je peux assurer à celui ou celle qui prendra la relève dans le district de Chaouinigane que c'est un beau et bon district. Je dis merci aux différents membres de mon personnel pour leur professionnalisme et leur loyauté à l'idéal de justice sociale que nous avions en commun.

Je mentionne Momr parce que je n'aurais pas été aussi brillante durant mes séances de comité, Stéphanie, mon bras droit, Yina, le sourire de la journée, et Évelyne et Marie-Ève.

Honorables sénateurs, je réalise en ce moment que je suis en train de refermer une page de ma vie, ouverte il y a près de 50 ans lorsque je suis devenue militante par effraction.

Cela peut paraître très étonnant, mais c'est l'éducation que j'ai reçue des religieuses qui m'a indirectement conduite à la vie politique active. J'ai reçu ma scolarité des sœurs de la Présentation de Marie, des sœurs de Sainte-Anne, mais ce sont les sœurs grises qui m'ont formée en tant qu'infirmière.

La force, la sagesse et la solidarité de ces religieuses m'ont très tôt influencée. Elles m'ont montré comment s'impliquer et se mettre au service des autres.

Je les remercie de m'avoir fait comprendre et valoriser l'importance de la compassion et de la solidarité.

J'étais certaine que la pratique infirmière me suffirait pour me rendre utile et aider les autres. Il n'en fut rien. J'allais rapidement devenir une infirmière militante pour l'égalité des genres.

J'avais toujours senti l'injustice sur la vie des mères de famille. Elles n'avaient souvent aucun choix sur leur grossesse.

C'est à l'époque où on faisait des accouchements à domicile. L'assurance-maladie est arrivée après la fin de mon cours d'infirmière. À ce moment, je donnais souvent mon nom au médecin qui m'appelait le soir ou la fin de semaine et qui me disait : « La grande, j'ai une patiente — vu que je viens de St-Jean d'Iberville —, qui est dans le troisième rang ou à Mont-Saint- Grégoire, et qui vient de m'appeler pour me dire qu'elle va accoucher d'un premier, d'un cinquième ou d'un dixième », parce qu'à l'époque, les familles canadiennes-françaises avaient 12 ou 14 enfants. Il me demandait donc d'aller préparer la patiente avant qu'il n'arrive.

Je partais donc en voiture, même si je n'avais pas mon permis de conduire, et je me rendais auprès de la patiente. Quand le médecin arrivait, l'accouchement était évidemment terminé. Souvent, on devait coucher la patiente sur la banquette arrière de la voiture du médecin avec son bébé parce qu'elle était en hémorragie, et le médecin la ramenait à l'hôpital.

À cette époque, les femmes ne pouvaient contrôler leur vie si elles ne maîtrisaient même pas leurs propres fonctions de reproduction. Une femme qui peut passer à travers une grossesse et un accouchement peut certainement signer ses propres autorisations médicales. Chaque fois que la femme devait subir une intervention, que ce soit pour une appendicite ou même un accouchement, le mari devait signer. Je me disais que cela n'avait pas de bon sens. Et même lorsque le nouveau-né devait subir une chirurgie, le père devait signer, alors que c'est la femme qui avait porté cet enfant. Je demandais : « Comment se fait-il qu'elle ne puisse pas signer? » On me répondait : « Je regrette, c'est le père, c'est le mari, c'est lui qui a tous les droits. » Ces événements sont à l'origine de ma décision de vouloir changer les choses.

La pratique infirmière m'a ouvert les yeux sur ces évidences. Je me suis jointe aussi à plusieurs autres personnes tout aussi motivées pour corriger les injustices. La combinaison de nos actions a produit quelque chose de significatif. J'ai, durant cette période, ouvert la première clinique de planification des naissances avec le Dr Lise Fortier, première femme gynécologue-obstétricienne au Québec. C'était en 1966, alors que c'était contre la loi et surtout contre la religion. Je vous assure que les curés n'étaient pas très heureux de cette situation et ont fait de nombreux discours, mais cela n'a rien changé.

En 1969, lorsque les cliniques de planification des naissances sont devenues légales, j'en ai ouvert partout au Canada, dans tous les hôpitaux universitaires, de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique.

Le contrôle des naissances a été, à mon avis, la base de l'évolution de la condition féminine au pays. Nous savons cependant que, depuis 1991, le Canada n'a pas de loi sur l'interruption volontaire de grossesse, le Sénat ayant rejeté le projet de loi C-43. Soyez convaincus, chers parlementaires, qu'il me restera toujours de l'énergie pour vous convaincre de ne pas toucher à cette loi sur l'interruption de grossesse.

Les progrès réalisés depuis mes frustrations d'infirmière m'ont incitée à œuvrer de manière active et à plein temps pour les droits des femmes.

J'ai eu par la suite la chance d'occuper des fonctions qui m'ont permis de faire une différence. Je pense en particulier au Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme, où nous avions tenu tête au premier ministre Trudeau pour que les droits des femmes soient enchâssés dans la Constitution. Ce fut une très belle période.

Ma fonction de députée m'a permis d'être au centre de l'action et d'intervenir directement dans des législations touchant les femmes et leurs enfants. On a adopté une loi sur les services de garde, mais il nous restait à adopter une loi très importante concernant les femmes violentées. Il était interdit de battre un voisin ou une voisine, alors qu'un mari avait le droit de battre son épouse, ce droit relevant du domaine privé. Ainsi, on voyait souvent des policiers qui, face à l'entrée d'une maison, entendant des cris venant de l'intérieur, restaient impuissants parce qu'ils n'avaient pas le droit d'intervenir. Une de mes premières missions en tant que députée a été de travailler à l'ébauche d'une loi pour prévenir la violence contre les femmes. Il est maintenant heureusement interdit de battre son épouse.

Ma transition d'infirmière à députée s'est faite naturellement. Si je peux me permettre, je ne crois pas qu'on écoute suffisamment les infirmières. Il y a une convergence entre le travail des infirmières et celui des politiciens. Dans les deux cas, il y a une ouverture aux autres. On est là pour servir. On se préoccupe des autres et on veut les aider. Les infirmières, tout comme les politiciens et les politiciennes, sont les avocates des besoins et des droits des populations.

Après mon séjour à la Chambre des communes, où je me suis battue pour que les femmes aient une meilleure équité, je me suis retrouvée, après une courte pause, au Sénat.

J'ai trouvé au Sénat des femmes et des hommes tout aussi engagés. Nos expériences de vie et nos préoccupations sont différentes, mais nous sommes déterminés les uns et les autres à améliorer le quotidien des Canadiens et des Canadiennes.

Au Sénat, mais également à la Chambre des communes, j'ai fait de mon mieux pour que la justice sociale se reflète dans les lois qui régissent notre pays. Beaucoup de personnes se sentent en marge de notre société, et je crois avoir fait de mon mieux pour leur donner une voix.

J'espère avoir contribué à bâtir une société plus équilibrée. Je laisse l'histoire départager les réussites des échecs.

Dans l'exercice de mes fonctions de sénateur, j'ai eu l'occasion de découvrir le courage des conjoints et des conjointes de militaire. Ce sont désormais mes héros et mes héroïnes. J'ai pu collaborer avec eux pour que leurs contributions importantes à la vitalité des Forces canadiennes soient reconnues et pour que leur qualité de vie s'améliore constamment. Je tiens à dire que, si nos militaires peuvent faire un si bon travail, c'est grâce au soutien de leurs femmes et de leurs maris.

J'aimerais saisir l'occasion pour remercier toutes les personnes qui ont occupé le poste de ministre de la Défense depuis 2000. Ils m'ont chacun facilité l'accès aux bases militaires. Les ministres libéraux Eggleton et Graham ainsi que les ministres conservateurs O'Connor et MacKay m'ont appuyé aussi bien les uns que les autres. C'est la preuve, je crois, que les relations de travail non partisanes ont toujours leur place au Parlement.

Contribuer à la société est comme faire un casse-tête. Plus on collabore, plus on assemble rapidement les pièces.

Honorables sénateurs, je vous le redis, j'espère que vous saurez collaborer avec les autorités militaires qui s'emploient si ardemment à soutenir les familles des membres des Forces canadiennes. Je suis convaincue que je peux compter sur vous. Je crois même que deux de mes collègues sénateurs sont déjà prêts à assumer ce rôle.

J'ai aussi consacré beaucoup de temps à un dossier dont vous continuerez de vous occuper, je l'espère, soit la représentation des femmes en politique.

Il est temps de corriger ce déficit démocratique. Les Canadiennes peinent à constituer une masse significative au sein de nos institutions politiques. La participation paritaire des femmes dans le processus de décision ne doit pas être simplement exigée par justice, elle doit aussi être considérée comme une condition nécessaire à la prise en compte des intérêts des femmes.

La violence subie par les femmes autochtones à travers le pays est une réalité insupportable. Cette crise des droits de la personne requiert une meilleure attention.

Honorables sénateurs, la jeunesse est l'avenir d'un pays. Elle en est aussi son présent. La place de nos jeunes dans la construction d'un Canada dynamique et prospère est centrale.

J'en ai rencontré des jeunes au cours des 14 dernières années! L'idée que je me fais de notre jeunesse est celle d'un groupe très actif et disposant d'une conscience accrue par rapport à la justice sociale, la paix, les droits humains, la santé et l'éducation. Nos jeunes sont talentueux. Ils ont des idées, des compétences et de l'énergie à revendre. Le band des pages du Sénat nous en a fait une belle démonstration, mercredi dernier, lors du barbecue annuel du Président.

En tant que parlementaires, parents et encadreurs, nous devons continuer de solliciter les opinions des jeunes et de les prendre au sérieux. Nous devons nous assurer que leurs idées et leurs avis soient entendus. Il leur revient, bien entendu, de savoir s'exprimer au bon moment et, surtout, au bon endroit.

Chers collègues, la légitimité du Sénat et l'efficacité de notre travail sont encore une fois remis en question. Ce n'est pas nouveau. On discutait de ces questions lorsque je suis arrivée au Sénat. Je constate que le débat se poursuit. En fait, certains chroniqueurs politiques estiment que la réforme du Sénat est l'un des éléments les plus constants de la politique canadienne. Il ne faut pas que ces débats nous empêchent d'apporter notre précieuse contribution au système parlementaire du Canada.

Il est sûr que des parties entières de notre travail sont passées sous silence parce qu'elles se déroulent hors du champ des caméras et loin des microphones des journalistes. Ceux-ci scrutent intensément nos dépenses, mais ils devraient en faire plus souvent de même pour nos travaux.

Les rapports Kirby et Keon sur la santé et la santé mentale ont, certes, reçu une large couverture; pourtant, des rapports de qualité, le Sénat en produit très régulièrement.

Je quitte le cœur gros, mais heureuse. Ce fut un honneur d'avoir servi en ce haut lieu au sein duquel les Canadiens et les Canadiennes discutent de leurs choix de société. Ce fut franchement une expérience très enrichissante, qui m'a donné l'occasion de mesurer les talents dont regorge notre pays.

Si le premier ministre Stephen Harper m'avait accordé le privilège de me consulter en ce qui concerne la réforme du Sénat, je lui aurais conseillé de fixer l'âge de la retraite à 80 ans. Toutefois, je ne me fais pas d'illusions; je sais que je n'aurai ni l'occasion ni le courage de lui proposer une telle chose.

Honorables sénateurs, je vous offre mes meilleurs vœux de santé et de bonheur pour la suite de votre vie active. Qui sait, peut-être nous retrouverons-nous un de ces quatre au Festival western de Saint-Tite, en Mauricie, dans mon district, un événement de ma division sénatoriale que je vous invite à découvrir au moins une fois dans votre vie. Cela en vaut la peine!

Merci encore pour tout et j'espère avoir le plaisir de vous revoir de nouveau.

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