Déclaration faite le 22 juin 2011 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, le 30 mai dernier, le premier ministre est allé rendre visite aux soldats canadiens en Afghanistan. Nos militaires ont servi avec courage, honneur et intégrité. Les Canadiens sont fiers du travail qu'ils ont accompli et du rôle qu'ils ont joué dans l'atténuation de la menace mondiale du terrorisme afghan.
Alors que la mission de combat à Kandahar se conclut et que la mission de formation à Kaboul débute, je voudrais féliciter les soldats pour leur excellente prestation ainsi que pour les sacrifices consentis par leur famille. Je leur souhaite du courage et de la ténacité dans leur nouveau rôle, qui ne sera certainement pas sans embûches.
Les soldats canadiens méritent d'être félicités pour les sacrifices qu'ils ont faits sur le terrain, 156 soldats étant morts au combat et plusieurs autres ayant été blessés. Ils méritent d'être appuyés, lors de leur retour, en raison des sacrifices qu'a entraînés leur service, au Canada et au monde libre.
J'ai rencontré un grand nombre d'anciens combattants lors du retour de nos troupes au Canada. Nous devons nous occuper d'eux.
Par conséquent, je trouve méprisant et contraire aux nos coutumes de se servir de ces soldats comme accessoires en arrière- plan d'une conférence de presse. Lorsque le premier ministre demande aux soldats canadiens de se regrouper devant un grand drapeau canadien pendant qu'il parle avec les journalistes, cela entraîne les militaires dans l'arène politique et est contraire aux normes et aux coutumes de notre pays.
Le premier ministre, le ministre de la Défense nationale et le ministre des Anciens Combattants peuvent visiter les troupes et leur parler, mais ils ne devraient pas utiliser le personnel militaire de façon délibérée pour leur image et leurs aspirations personnelles. C'est d'un goût douteux et c'est une caractéristique très américaine que ne présente aucun autre dirigeant du regroupement ABCA, c'est-à-dire britannique, canadien et australien.
Le premier ministre n'est ni le chef d'État ni le commandant en chef. À l'occasion, je crois qu'il est essentiel qu'on lui rappelle qu'il est de ce côté-ci de la frontière et qu'il ne faut mépriser nos coutumes en utilisant les soldats comme des atouts politiques dans une arène politique.