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Catherine Callbeck

L La sénatrice Catherine S. Callbeck a été la première femme au Canada à être élu premier ministre provincial. Elle a été nommée une des 100 plus puissantes femmes canadiennes en 2006. Nommé au Sénat le 23 septembre 1997, elle représente la province de l’Île-du-Prince-Édouard.

Discours et débats

Motion tendant à demander au gouvernement pakistanais de libérer Mme Asia Bibi de prison

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Déclaration faite le 29 septembre 2011 par le sénateur Céline Hervieux-Payette

L'honorable Céline Hervieux-Payette :

Honorables sénateurs, j'aimerais donner des explications à la motion d'hier, qui était quand même assez condensée. Je veux tout simplement vous dire que les informations que j'ai concernant Mme Asia Bibi, je les ai prises dans un livre paru en France cet été, qui est le écrit, fait par Mme Asia Bibi, de l'incident qui l'a amenée à être condamnée à mort pour blasphème. Le livre s'intitule Blasphème.

Je crois que cette motion est un peu dans le même esprit que la déclaration de mon collègue, plus tôt, concernant le traitement des femmes en Arabie saoudite.

Le livre s'intitule, au début, J'ai besoin de vous, et c'est Mme Asia Bibi qui dit ceci :

[...] femme dont l'histoire a touché la vie de millions de gens et a remis au goût du jour le débat sur la liberté de religion et les droits de l'homme du Pakistan jusqu'à l'Organisation des Nations Unies.

J'ai pris appris que le gouvernement était intervenu, mais je ne crois pas que la population canadienne soit parfaitement au courant de la situation actuelle.

En tant que catholiques pratiquants, Mme Bibi et sa famille sont minoritaires dans un petit village qui s'appelle Ittan Wali, un village entièrement composé de musulmans. En fait, il y a 150 familles musulmanes et deux familles chrétiennes. Cette réalité a créé de vives tensions entre elle et les autres femmes de son village.

Le 14 juin 2009, elle a été accusée de blasphème par sa voisine pour avoir offert un verre d'eau à une femme qui semblait en détresse, alors qu'elles travaillaient au champ à 45 degrés Celcius. À ce moment, une voisine a crié que la femme ne devait pas accepter le verre d'eau puisque Mme Bibi avait apparemment contaminé l'eau par sa confession religieuse.

Pour ce « crime », ce jour-là, elle a été sévèrement battue et ensuite amenée au poste de police, où le mollah du village lui a donné deux choix : se convertir à l'islam ou mourir.

Le lendemain, son procès devant le tribunal régional de Nankana a été court et rapide. Pour le plus grand plaisir des trois mollahs présents lors de la prononciation de la sentence, Asia Bibi est devenue la première femme condamnée à la peine de mort pour blasphème depuis le siècle dernier au Pakistan.

Les tensions religieuses ont continué au Pakistan avec l'assassinat du gouverneur musulman du Pendjab, M. Salman Taseer, et du ministre des Minorités religieuses, M. Shabaz Bhatti, alors que ces derniers militaient en vue de modifier la Loi sur le blasphème au Pakistan. À ce jour, critiquer publiquement la Loi sur le blasphème ou prendre la défense de Mme Bibi équivalent à un haut risque de mort.

Toute réforme interne du système judiciaire pakistanais est impensable puisque les menaces de violence sont trop sérieuses, ce qui signifie que la communauté internationale est la seule voix capable d'exercer une pression sur la société pakistanaise.

L'histoire de Mme Asia Bibi m'a grandement touchée et, évidemment, j'ai été sensibilisée lors d'une réunion du Forum interparlementaire des Amériques, association à laquelle je participe qui est devenue récemment ParlAmericas.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a récemment adopté le commentaire 34, lui-même basé sur les recommandations du Centre européen pour le droit et la justice. Je cite :

[...] puisque toute restriction à la liberté d'expression constitue une sérieuse entrave des droits de l'homme, il n'est pas compatible avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qu'une sérieuse entrave des droits de l'homme soit incluse dans des lois traditionnelles, religieuses ou coutumières.

Le cas de Mme Bibi illustre bien les dangers de l'extrémisme religieux mais aussi la façon dont la communauté internationale peut combattre le terrorisme et l'intolérance en faisant pression sur les pays délinquants en matière de droits de l'homme et de liberté religieuse.

Comme Human Rights Watch l'a fait remarquer, les institutions du Pakistan souffrent d'un manque d'indépendance et leur cadre juridique actuel favorise l'extrémisme religieux plutôt que le respect des droits de l'homme. Si le Pakistan veut devenir une démocratie libre et ouverte, il doit immédiatement commencer à réformer son système judiciaire. Le système juridique au Pakistan doit donc s'éloigner des chefs religieux, des militaires et des élites politiques. Par ailleurs, une meilleure formation doit être offerte à toutes les forces de l'ordre pour protéger les libertés religieuses et les droits des citoyens plutôt que de les persécuter.

Deuxièmement, le gouvernement pakistanais doit immédiatement abroger la Loi sur le blasphème et résister aux extrémistes religieux qui défient constamment les principes des droits de l'homme et de la démocratie en menaçant le Pakistan avec la peur et la répression. Le gouvernement pakistanais a une obligation envers la communauté internationale, en tant que membre de l'Organisation des Nations Unies, et une responsabilité envers ses citoyens d'assurer le développement social et économique du Pakistan au XXIe siècle.

Troisièmement, le terrorisme, l'extrémisme et la pauvreté peuvent être combattus grâce à un investissement sérieux et important dans l'éducation au Pakistan. Le taux d'alphabétisation au Pakistan est de 58 p. 100 et plonge sous les 20 p. 100 dans certaines communautés rurales. L'analphabétisme contribue à une croissance de la discrimination et facilite la propagation de l'extrémisme. Le Pakistan a besoin d'augmenter le contrôle sur ses organisations et superviser le programme d'enseignement afin d'assurer que son contenu n'aille pas à l'encontre du droit international et des droits de l'homme.

Enfin, les minorités religieuses doivent participer activement à la société pakistanaise pour qu'elles puissent être reconnues et intégrées au sein du gouvernement, de la fonction publique, de l'économie et de la société civile.

Comme la communauté internationale augmente sa pression sur le Pakistan, nous pouvons seulement espérer que ce pays choisira de s'ouvrir vers l'extérieur plutôt que de se fermer sur le reste du monde. Le sort du Pakistan en tant que société moderne repose entièrement sur sa capacité de réformer ses institutions et d'épargner la vie d'une pauvre femme sans instruction nommée Asia Bibi.

J'ajouterais que le pape est intervenu dans ce dossier et que plus de 700 parlementaires du Parlement européen ont voté en faveur d'une motion semblable. Pourquoi? Parce que toutes les personnes susceptibles d'aller sur la place publique pour défendre Mme Asia Bibi sont menacées de mort.

Je demande que mes collègues de la Chambre des communes fassent de même et que le Parlement du Canada appuie cette femme, qu'il appuie la liberté de religion et la Charte des droits, en sachant que, lorsque le Pakistan a souffert des inondations et d'autres sinistres naturels, le Canada est intervenu. C'est la générosité des Canadiens qui a fait que nous sommes venus en aide à ce peuple.

Nous sommes donc en droit de demander aux Pakistanais de respecter ses citoyens, et en particulier une femme qui croupit dans une cellule, isolée du monde depuis plus de deux ans, et qui mérite notre support.

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