Déclaration faite le 02 novembre 2011 par le sénateur Tommy Banks (retraité)
L'honorable Tommy Banks:
Honorables sénateurs, je suis convaincu que tous les sénateurs ici présents, et probablement tout le monde, ont déjà lu un article paru il y a longtemps dans un journal britannique qui était fort élogieux à l'égard des efforts déployés par les Forces canadiennes en Afghanistan et dans le cadre de conflits antérieurs. L'auteur de l'article faisait valoir que les contributions et les sacrifices des soldats canadiens passent souvent inaperçus sur la scène internationale et qualifiait le Canada de pays courageux et modeste.
Les membres de nos forces armées font assurément preuve de courage, comme nous le savons tous, et le Canada a la réputation sur la scène internationale d'être un pays modeste. Si nous nous faisons parfois discrets, nous sommes presque toujours modestes. C'est la réputation dont nous jouissons, tant comme citoyens que comme nation. Nous ne recherchons généralement pas la gloire. Nous ne nous vantons pas souvent, sauf entre nous. Nous ne sommes pas reconnus pour chercher ou aimer à braquer les projecteurs sur nos citoyens les plus accomplis. Par le passé, notre modestie a joué en notre faveur sur la scène internationale — surtout dans le bon vieux temps, lorsque nous en tirions parti — tout comme nous mettions à contribution nos autres qualités, notamment dans notre rôle d'intermédiaire impartial, qui recherchait et souvent proposait des solutions modestes et raisonnables. Notre tendance à ne jamais nous imposer nous servait puisque, lorsque nous élevions la voix ou que nous faisions preuve de fermeté, on nous écoutait, car nous ne le faisions que rarement.
C'est une modestie qui — d'après ce que j'ai constaté, au terme de recherches assidues — a été pratiquée par tous nos dirigeants politiques par le passé, quelle que soit leur allégeance. Aucun d'entre eux ne semble avoir recherché la gloire personnelle pendant qu'il était à la barre du pays. Ces dirigeants, qu'ils soient de gauche ou de droite, nous gouvernaient tous, quelle que soit notre orientation politique. Dans le titre des annonces qu'ils faisaient, ils trouvaient approprié d'appeler le gouvernement qu'ils dirigeaient le « gouvernement du Canada ». Chaque fois qu'ils annonçaient un programme de subvention, une réunion, une proposition ou une politique, ils l'annonçaient au nom du gouvernement du Canada, et non au nom du gouvernement qu'ils formaient. Tous semblent avoir scrupuleusement respecté cette règle. Je crois qu'il est clair, dans l'esprit de la plupart des Canadiens, que c'est le gouvernement du Canada qui nous gouverne.
Ce n'est pas uniquement une question d'étiquette ou de courtoisie. C'est une question de principe et de convenances. C'est le genre de détail qui, pour nous, ne change peut-être pas grand-chose à court terme, mais qui, à long terme, est décisif pour notre culture politique dans son ensemble.
Sous le régime actuel, il semble y avoir un réel culte voué au dirigeant. Que le premier ministre ait lui-même décidé de l'instaurer ou qu'il ait simplement décidé de ne pas s'opposer à une poignée de flagorneurs, le culte voué au dirigeant se reflète maintenant dans le titre des annonces de ce qui est encore pour la majorité des Canadiens, je l'espère, le gouvernement du Canada.
C'est en fait le gouvernement du Canada, le gouvernement de tous les Canadiens, qui fait ces annonces, mais ce n'est pas ce qui est écrit dans le titre des annonces émanant des bureaux du gouvernement. Pour la première fois de notre histoire, le gouvernement du Canada diffuse des communiqués indiquant qu'il n'est pas le gouvernement du Canada, mais bien le gouvernement Harper.
Il n'y a pas lieu d'en être fier. Je parle des annonces.
Voici une liste de 45 annonces de ce genre, honorables sénateurs. Ces annonces, qui sont émises par le gouvernement du Canada, indiquent ce que fera le gouvernement du Canada, mais elles contiennent des phrases comme « le gouvernement Harper investit dans le Beaches International Jazz Festival », « le gouvernement Harper appuie la maison d'édition Weigl Educational » et « le gouvernement Harper investit dans la culture du Québec ».
Une voix : Pourquoi pas?
Le sénateur Banks : Pourquoi pas? Parce que c'est incorrect et que cela ne s'est jamais fait auparavant. Voilà pourquoi.
J'ai toujours cru que c'était le gouvernement du Canada qui investissait dans la culture du Québec, qui investissait dans le Beaches International Jazz Festival et qui appuyait la maison d'édition Weigl. Ces communiqués ne sont pas des exceptions, honorables sénateurs, mais ils sont la règle. Ma liste n'est pas exhaustive, mais, avec 45 communiqués, je crois avoir réuni un échantillon assez représentatif.
Vous pensez peut-être que ma plainte à ce sujet est un caprice, car le premier ministre a certainement beaucoup de raisons de ne pas faire d'excès de modestie. Il a réuni des intérêts divergents pour en faire un parti politique où règne la cohésion, quoiqu'il soit dirigé avec une main de fer. Il a réussi à constituer un gouvernement majoritaire, comme on le sait bien, après une série de gouvernements minoritaires dirigés par l'un ou l'autre des deux partis. Ce ne sont pas de minces réalisations de la part du premier ministre.
J'ai entendu un discours de M. Harper au cimetière militaire canadien en Hollande. C'était un discours empreint d'éloquence et d'élégance, qui nous a ramenés à une époque où nous attendions de l'élégance et de l'éloquence de la part de nos dirigeants politiques. Il a éveillé ma fierté à cette occasion et il a fait preuve de modestie.
Il est tout à fait acceptable que les médias et les groupes d'intérêts parlent, comme ils l'ont toujours fait, du « gouvernement Harper » de la même façon qu'ils parlaient du « gouvernement Martin », du « gouvernement Mulroney », du « gouvernement Trudeau » ou même du « gouvernement Macdonald ». Selon moi, qui suis peut-être un peu susceptible à cet égard, le gouvernement fédéral devrait toutefois faire preuve de la réserve naturelle qui nous caractérise et utiliser, du moins dans le titre de ses propres communiqués, son propre nom, le gouvernement du Canada, au lieu de celui de la personne qui pourrait le diriger à un moment donné.