Déclaration faite le 01 décembre 2011 par le sénateur Roméo Dallaire
L'honorable Roméo Antonius Dallaire :
Honorables sénateurs, alors que les derniers militaires canadiens quittent aujourd'hui la zone de combat de Kandahar, et compte tenu du fait que la démobilisation ou, du moins, des coupes budgétaires se profilent à l'horizon, j'ai décidé de parler des militaires, plus particulièrement de la sécurité, de la sécurité internationale et de notre engagement.
Le programme de sécurité du Canada repose sur ses forces militaires, qui doivent être en mesure de défendre notre pays et d'appuyer notre politique étrangère à l'extérieur du pays. Pendant de nombreuses années, la politique de défense nationale du Canada a eu trois objectifs principaux : défendre le Canada, aider les États- Unis à défendre l'Amérique du Nord, et participer au maintien de la paix et de la sécurité à l'échelle internationale. Récemment, les soldats canadiens ont pris part à des opérations internationales, en Afghanistan notamment au sein de la coalition, ainsi qu'à des missions de maintien de la paix dans les Balkans, au Timor oriental, en Éthiopie, en Érythrée, au Kosovo, au Congo, au Darfour, au Cambodge et au Rwanda.
Le Canada doit maintenant faire des choix difficiles en ce qui concerne ses engagements militaires. Étant donné que la capacité d'un pays à influencer les décisions en ce qui concerne la sécurité internationale dépend, en partie, de sa capacité à accepter des responsabilités, le type et le niveau de capacité militaire du Canada aura des répercussions sur le rôle que nous serons appelés à jouer dans le monde en tant que l'une des principales puissances intermédiaires.
De plus en plus, les forces internationales sont appelées à prendre part à divers engagements, qu'il s'agisse de participer à des combats, de rétablir l'ordre, d'appliquer des accords de paix ou de protéger des civils.
Au cours des prochaines années, il est probable que les forces militaires aux capacités variées seront très en demande. Les Canadiens devront déterminer ce que nos militaires peuvent faire pour mieux appuyer notre politique étrangère dans un cadre structuré.
Depuis longtemps, le Canada croit que la capacité militaire n'est qu'un volet d'une approche globale à l'égard de la sécurité, que ce soit au pays ou à l'étranger. Notre approche en ce qui concerne la sécurité des personnes — un terme qui est de moins en moins utilisé — dans le cadre de la politique étrangère tient compte du fait qu'il est essentiel d'assurer la sécurité des États, mais que cela ne suffit pas à assurer la sécurité de leurs citoyens. Il est également essentiel de se pencher sur les causes civiles des conflits, qui alimentent l'instabilité de la société et créent des conditions où l'extrémisme politique et religieux peut se développer.
Compte tenu des dangers que posent les États fragiles et mal dirigés, la communauté internationale doit, en collaboration avec eux, renforcer leurs institutions gouvernementales et leur système judiciaire afin que les dirigeants doivent rendre des comptes et que la primauté du droit soit respectée. Pour que les États fragiles soient stabilisés, il faut des mesures de prévention des conflits et un engagement soutenu à l'égard de la reconstruction des États qui sortent d'un conflit.
Ces tâches ne peuvent être accomplies que si le Canada se fait le partenaire d'autres gouvernements, d'institutions multilatérales, d'intervenants du secteur privé et de sociétés civiles, et ce faisant, qu'il reconstitue ses capacités grâce à une initiative pangouvernementale qu'il applique, finance et met en œuvre. Il est temps de réexaminer nos engagements envers l'ONU. De plus, si je peux me permettre un peu de publicité, il est temps que des sénateurs participent au groupe de prévention des génocides qui se penche précisément sur les engagements du Canada concernant la prévention des atrocités de masse par d'autres moyens que les mesures purement militaires.