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George Furey

L Un éducateur et avocat qui est très engagé dans sa communauté, le sénateur George Furey est l'un des citoyens les plus en vue de Terre-Neuve et du Labrador. Nommé au Sénat par le Très honorable Jean Chrétien, il représente Terre-Neuve-et-Labrador.

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L'éducation dans la langue de la minorité—Interpellation

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Déclaration faite le 31 janvier 2012 par la sénatrice Rose-Marie Losier-Cool

L'honorable Rose-Marie Losier-Cool:

Honorables sénateurs, je prends la parole aujourd'hui pour vous rappeler la longue lutte qu'ont dû mener nos deux minorités de langue officielle au Canada pour réussir à être éduquées dans leur langue. Comme Acadienne du Nouveau-Brunswick, je trouve naturel et je considère que c'est mon rôle de vous parler de mon coin de pays. Je vais donc tracer un historique de l'éducation en français dans ma province, pour vous montrer à quel point il n'a pas été facile d'en arriver là où nous sommes aujourd'hui.

Je vais vous raconter l'histoire de mon peuple, les Acadiens. C'est un récit de notre histoire qui a influencé toute ma vie professionnelle. C'est pourquoi j'ai senti qu'il était de mon devoir d'attirer l'attention du Sénat sur ce sujet pour que cette histoire, notre histoire, puisse être consignée.

J'espère de tout cœur que beaucoup de sénateurs participeront à cette discussion et consigneront leur propre histoire au compte rendu officiel.

Aux débuts de la colonisation française de l'Acadie par Pierre Dugua et Samuel de Champlain, en 1604, l'Acadie couvrait une grande partie des provinces maritimes actuelles. La première école recensée en Acadie est ouverte à Port-Royal, dans l'actuelle Nouvelle-Écosse, en 1642. Une deuxième école, réservée aux jeunes filles, ouvre ses portes juste à côté, et elle est tenue par Jeanne Brice, première enseignante recensée en Acadie, mais ces deux écoles ont fermé leurs portes après la capture de la ville par les Britanniques en 1654.

L'enseignement religieux paroissial se poursuit pendant le reste du XVIIe siècle, et les filles sont prises en charge par des femmes membres des congrégations Notre-Dame et des Filles de la Croix, parmi d'autres. La situation change après la conquête britannique de l'Acadie en 1710 et la signature du Traité d'Utrecht en 1713. Les conquérants britanniques protestants renvoient en France beaucoup d'élites françaises et de religieux catholiques, laissant la population acadienne à ses propres moyens jusqu'à la Déportation de 1755, ce fameux Grand Dérangement qui a pris fin en 1758.

En 1764, un décret britannique permet le retour de familles acadiennes et une renaissance de l'éducation en français. Vingt ans plus tard, en 1784, la colonie britannique du Nouveau-Brunswick est officiellement créée. À cette époque, l'éducation doit de préférence être dispensée par l'Église toute-puissante. Les jeunes filles, en règle générale, n'y ont droit que les premières années, car leur intelligence n'est pas jugée suffisante pour recevoir une éducation plus poussée.

C'est en 1792 que l'Assemblée du Nouveau-Brunswick a commencé à s'intéresser à l'éducation. La Parish School Act de 1802, la toute première loi concernant l'éducation, confiait la responsabilité de l'enseignement public dans les écoles paroissiales aux juges de paix de chaque comté, qui remplaçaient ainsi les commissaires d'école. Pour suppléer à ce système discriminatoire, composé principalement d'écoles anglophones, un réseau non officiel de missionnaires et d'enseignants itinérants se chargeait de former la population francophone mal éduquée.

En 1819, un premier réseau public formel d'éducation en anglais est implanté. Certains de ses enseignants sont des Acadiens, dont la première femme enseignante recensée dans ma province, Rosalie Cormier, dans le comté de Westmorland, en 1830, mais ce premier réseau n'était ni assez apprécié de la population ni adéquatement financé. La School Act de 1833, révisée en 1837, instaure un régime structuré pour les écoles de paroisse, mais les instituteurs sont souvent incompétents, et la présence des élèves, facultative.

À partir des années 1840, le gouvernement commence à reconnaître, à part égale, les enseignants francophones et catholiques. En 1847, par le biais d'une nouvelle mouture de la loi scolaire, le gouvernement tente d'améliorer l'accès à l'enseignement et sa qualité, et certaines écoles francophones acadiennes commencent à recevoir des subventions de la province. Fait intéressant, en 1850, il y a plus de femmes enseignantes que d'instituteurs. La raison en est cependant triste, puisqu'elle est bassement financière : en effet, il en coûtait beaucoup moins cher en salaire pour une femme que pour un homme, ce qui prouve que la lutte actuelle en faveur de l'équité salariale ne date pas d'hier...

En 1848, deux écoles de formation ont été créées à Fredericton et à Saint John, où les futurs enseignants recevaient une formation de 10 semaines. Le Nouveau-Brunswick a nommé son premier surintendant scolaire en chef en 1852, et il a adopté une nouvelle loi sur les écoles paroissiales.

En dépit de toutes ces améliorations, le financement de l'éducation continuait de se faire sur une base volontaire et d'être la responsabilité des parents. Malheureusement, cette situation a eu des conséquences non souhaitées. Ainsi, au lieu de payer pour l'éducation de leurs enfants, les parents préféraient les faire travailler, parce qu'ils avaient bien besoin d'argent.

En 1852, il n'y a que 29 instituteurs francophones officiellement recensés au Nouveau-Brunswick. Deux ans plus tard, une école pour futurs prêtres et enseignants voit le jour à Memramcook, le Séminaire Saint-Thomas, tenu par les Pères de Sainte-Croix et réservé aux garçons. Les filles, elles, vont à l'Académie de Madawaska, tenue par les Sœurs de la Charité de l'Immaculée- Conception. Dans les années 1870, plusieurs autres écoles pour filles ouvrent à travers la province, tenues par les Hospitalières de Saint- Joseph, les Religieuses de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur ou encore les Sœurs Maristes. Je pense ici à la très belle Académie Sainte-Famille de ma ville, Tracadie, où j'ai moi-même fait mes études quand j'étais plus jeune.

En 1870, toutes les Training Schools de la province sont fermées par le gouvernement au profit d'une nouvelle Normal School qui centralise la formation des enseignants à Fredericton. En 1871, en réponse à l'échec de la loi de 1858, une nouvelle loi, the Act Relating to Common Schools, rend les écoles primaires et secondaires non confessionnelles et la taxation scolaire, obligatoire. Cette nouvelle loi s'attire les foudres de la population catholique de la province, dont les francophones, qui craignent une assimilation linguistique accrue en voyant leur Église écartée du secteur de l'éducation. Ces catholiques refusent donc de financer un système scolaire athée, et les autorités de la province décident de sévir contre ces catholiques et leurs curés. La répression des autorités a notamment provoqué à Caraquet ce que tous les Acadiens connaissent maintenant sous le nom de l'affaire Louis Mailloux.

Plus tard cette même année, en réaction à cette grave crise scolaire et afin d'apaiser les tensions, le conseil exécutif accorde aux catholiques un droit limité au catéchisme. Il accorde aussi aux francophones le droit à une éducation en français au primaire. Le tout reste cependant inscrit dans le reste du curriculum laïque.

En 1878, la Normal School, qui forme les instituteurs à Fredericton, est dotée d'un programme préparatoire visant spécifiquement à la formation d'instituteurs francophones et qui devient un département en bonne et due forme en 1884. En 1898, le séminaire de Memramcook devient officiellement l'Université Saint- Joseph, première université francophone de la province. En 1899, les pères Eudistes de la Congrégation Jésus et Marie fondent à Caraquet le Collège du Sacré-Cœur qui est devenu une université en 1914 et a été relocalisé à Bathurst en 1916, dans un magnifique bâtiment qui existe encore aujourd'hui et qui a conservé sa vocation d'enseignement. Si j'ai l'air d'insister sur l'apport des communautés religieuses au milieu de l'éducation dans ma province, c'est à cause de leur immense importance pour l'éducation en français.

Les couvents tenus par les sœurs ont formé de très nombreuses institutrices, qui ont contribué à éduquer des générations d'enfants, mais aussi à préserver la langue française et la culture acadienne. De leur côté, les collèges classiques tenus par les frères ont contribué à former des pédagogues, tout comme le département francophone de la Normal School de Fredericton et son premier directeur, Alphée Belliveau.

Ce n'est vraiment qu'au début du XXe siècle que les Acadiens deviennent convaincus qu'une bonne éducation leur assurera un bon avenir. Ils se prennent en main sur tous les fronts : formation professionnelle, manuels scolaires, ressources, établissement de classes par niveau scolaire, alphabétisation accrue, et le reste. En 1911, se tient à Saint-Louis-de-Kent la première rencontre des instituteurs francophones du Nouveau-Brunswick, à des fins d'échange et de formation. À la même époque apparaissent les premiers manuels scolaires acadiens, à l'intention de la minorité francophone de la province. En 1922, une première refonte majeure de la législation scolaire a lieu.

Je rappelle qu'à l'époque le français n'était pas encore officiellement accepté dans les écoles. Le gouvernement a attendu jusqu'en 1928 avant d'accepter la création d'écoles bilingues dans la province, conférant ainsi un statut légal au français. Toutefois, un an plus tard il abrogeait la loi en raison des pressions exercées par les orangistes de la province. En 1932, la Commission Macfarlane, qui avait été constituée l'année précédente, déposait son rapport sur le système scolaire provincial. Les auteurs du rapport recommandaient que l'éducation primaire soit dispensée dans la langue maternelle de l'enfant. Toutefois, cela n'allait pas se produire avant les années 1940, encore une fois en raison de l'opposition des orangistes.

En 1936, le ministère de l'Éducation voit officiellement le jour au Nouveau-Brunswick. Cette même année, les instituteurs francophones commencent à bénéficier d'une formation estivale à l'Université Saint-Joseph de Memramcook, ainsi qu'à l'Université du Sacré-Coeur de Bathurst. Toujours en 1936, l'Association acadienne d'éducation est créée et, en 1946, elle devient l'Association des instituteurs acadiens, puis devient en 1967 l'Association des enseignants francophones du Nouveau- Brunswick. En 1983, j'ai eu l'honneur de devenir la première femme à présider cette association, l'AEFNB.

En 1960, l'arrivée au pouvoir du gouvernement de l'honorable Louis J. Robichaud donne beaucoup d'espoir aux Acadiens de ma province et apporte de nouvelles réformes au secteur provincial de l'éducation. L'Université de Moncton voit le jour. C'est la troisième université francophone, mais la première université laïque de la province. Elle absorbe les Universités Saint-Joseph de Memramcook et du Sacré-Cœur de Bathurst.

En 1967, fidèle à son programme « Chances égales pour tous », le gouvernement uniformise les taxes scolaires et les salaires des enseignants dans toute la province, et récupère des comtés le financement du système d'éducation, mettant ainsi fin à la disparité des moyens dont disposaient les écoles. En 1968, le gouvernement ouvre une école normale francophone sur le terrain de l'Université de Moncton, qui deviendra la faculté des sciences de l'éducation de l'université.

Le gouvernement de l'honorable Richard Hatfield, qui a pris la relève de l'honorable Louis J. Robichaud en 1970, a poursuivi la mise en œuvre des réformes adoptées par son prédécesseur et, en 1972, le réseau provincial de 11 campus du Collège communautaire du Nouveau-Brunswick voyait le jour. Cette institution dispensait une formation technique et professionnelle dans un certain nombre de domaines, permettant ainsi à des diplômés du secondaire de recevoir une formation sans devoir passer par l'université. Des 11 campus du CCNB, cinq sont francophones, y compris celui de la péninsule acadienne, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Les six autres sont anglophones.

En 1973, un comité mixte (anglais et français) du ministère de l'Éducation étudie en profondeur le système d'enseignement public de la province. L'année suivante, le ministère est divisé en trois grandes sections : la première, pour l'enseignement francophone; la deuxième, pour l'enseignement anglophone, et la troisième, administrative et financière, pour soutenir les deux premières; voilà la dualité en matière d'éducation. En 1980, la province est enfin divisée en 14 conseils scolaires francophones ou anglophones, abolissant les conseils scolaires bilingues, qui faisaient du tort à la population francophone.

En 1981, le gouvernement provincial adopte une loi reconnaissant l'égalité des communautés linguistiques officielles. Peu après, le gouvernement modifie en profondeur la loi scolaire afin d'implanter un système scolaire fondé sur la langue, signant ainsi la fin des écoles bilingues, qui étaient considérées comme des outils d'assimilation linguistique.

La plus récente réforme scolaire a eu lieu en 1985. L'obtention du diplôme d'études secondaires exige désormais la réussite de certains cours obligatoires et la réussite aux examens du ministère. En 1991, la province crée un réseau de maternelles publiques facultatives. En mai 2010, le collège communautaire et ses 11 campus entament un processus de transition pour devenir, en mars 2013, une entreprise indépendante du ministère de l'Éducation.

L'été prochain, dans le cadre de ses compressions budgétaires, le gouvernement prévoit couper de moitié le nombre des conseils scolaires pour n'en conserver que quatre anglophones et trois francophones.

Voilà donc, honorables sénateurs, l'historique du milieu de l'éducation en français dans ma province. Vous serez d'accord pour dire que le chemin a été ardu, et que les coûts humains et financiers consentis depuis si longtemps pour en arriver où nous sommes étaient pleinement justifiés. Nos acquis actuels sont le résultat d'une longue lutte dont nous espérons qu'elle soit aujourd'hui terminée, du moins au Nouveau-Brunswick.

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