Déclaration faite le 16 février 2012 par le sénateur Fernand Robichaud
L'honorable Fernand Robichaud :
Honorables sénateurs, j'étais heureux d'entendre les commentaires de l'honorable Michael A. Meighen sur le saumon de l'Atlantique, et particulièrement sur l'impact économique de cette pêche récréative sur le Canada atlantique et sur la nécessité de continuer d'investir dans la protection et la conservation du saumon sauvage de l'Atlantique.
En effet, une étude de Gardner Pinfold d'Halifax, qui a été commanditée par la Fédération du saumon atlantique, a établi la valeur réelle du saumon de l'Atlantique à un quart de milliard de dollars. De ce montant, 128,5 millions de dollars sont directement attribuables à la pêche sportive au saumon de l'Atlantique, et près de la moitié de ce montant est dépensée au Nouveau-Brunswick.
Il va sans dire que, en rétablissant les stocks de saumon de l'Atlantique, un plus grand nombre de pêcheurs de saumon y seraient attirés. Conséquemment, de plus grandes dépenses contribueraient davantage au développement économique de nos régions, y compris à la création d'emplois.
Dans une région comme la nôtre, la pêche au saumon fait partie de notre culture et de notre environnement naturel, au point où l'on sent un véritable frétillement dans l'air au moment de la pêche au saumon du printemps.
Au printemps, les saumons retournent à la mer pour reprendre leur migration. Les gens ont hâte d'aller à cette pêche au saumon du printemps! Les conversations sur la météo cèdent leur place aux inquiétudes, à savoir si les saumons seront au rendez-vous. C'est un peu comme à l'ouverture de la pêche au homard; les gens s'agitent et on sent la fébrilité du moment.
La pêche sportive au saumon de l'Atlantique soutient quelque 4 000 emplois. J'apprécie que l'honorable sénateur Michael Meighen nous ait demandé d'imaginer « combien de milliers d'emplois supplémentaires pourraient être créés si la population de saumon sauvage de l'Atlantique se rétablissait jusqu'à son plein potentiel. »
Pour ce faire, le gouvernement fédéral doit continuer d'investir dans la recherche et dans les programmes de soutien qu'il dispense par le truchement de Pêches et Océans Canada.
Également, les individus et les groupes communautaires se doivent de poursuivre leur travail écologique de nettoyage et d'ensemencement des cours d'eau. Encore faudrait-il qu'ils accentuent leurs efforts pour éduquer les populations et les jeunes, toujours dans le but de conserver et de régénérer la population du saumon de l'Atlantique, ainsi que d'augmenter les montaisons dans les rivières.
Depuis déjà une vingtaine d'années, dans la région de Saint- Louis-de-Kent, il y a du travail intéressant accompli par les Ami(e)s de la rivière Kouchibouguacis, qu'on appelle communément chez nous la rivière de Saint-Louis.
Les objectifs de cet organisme bénévole comprennent le rétablissement et la surveillance des populations de poissons, ainsi que la restauration des habitats. À cet égard, plusieurs activités sont entreprises en collaboration avec les écoles du milieu pour sensibiliser les élèves et la population en général sur le respect de l'environnement et la préservation des espèces en danger.
Pour éduquer les riverains, les Ami(e)s de la rivière Kouchibouguacis offrent des consultations avec un paysagiste professionnel pour obtenir des conseils techniques, planter des arbustes indigènes le long des berges, contrer l'érosion et prévenir l'augmentation de la température de l'eau.
De plus, on recommande le respect de la zone tampon le long des rives, l'utilisation d'engrais naturels, ainsi que d'autres mesures simples, mais qui servent à protéger notre environnement et nos rivières.
Quant aux activités pour les jeunes, les Ami(e)s de la rivière Kouchibouguacis organisent des sessions avec divers groupes d'élèves. Par exemple, à l'automne dernier, les étudiants de 11e année inscrits au cours de science de l'environnement de l'école secondaire l'Assomption de Rogersville ont procédé au nettoyage des berges de la rivière Kouchibouguacis. Ils étaient accompagnés de leurs professeurs, des membres du personnel de Ressources naturelles NB et du groupe Les Ami(e)s de la Kouchibouguacis. Ils ont ainsi ramassé environ 200 kilogrammes de déchets.
Non seulement la rivière est-elle ainsi protégée, mais on s'assure également que ces déchets n'iront pas polluer l'estuaire ni le détroit de Northumberland. Une autre activité éducative comporte l'installation d'un aquarium dans une école avec des œufs de saumon. Les élèves en apprennent davantage sur les étapes de développement du saumon, tout en s'occupant de l'entretien de l'aquarium et de nourrir les saumoneaux, pour finalement les introduire dans la rivière Kouchibouguacis à la fin de leur année scolaire.
Une autre activité directement liée à la conservation du saumon de l'Atlantique est la visite guidée d'une classe de cinquième année de l'École Marée-Montante de Saint-Louis-de-Kent au Centre de conservation du saumon de la Miramichi. Les jeunes peuvent ainsi observer la fraie de saumons provenant de la rivière Kouchibouguacis.
Les Ami(e)s de Kouchibouguacis effectuent également des efforts de capture de saumons géniteurs; l'an dernier, 21 saumons ont été ainsi capturés. Trois saumons femelles ont procuré quelque 12 000 œufs de saumons, qui ont été ensuite fertilisés au Centre de conservation du saumon de la Miramichi.
Une fois éclos, ces poissons sont déposés dans un bassin situé au bord d'un ruisseau se jetant dans la rivière Kouchibouguacis. Quand ils atteignent une grosseur acceptable, ils sont marqués pour être ensuite relâchés dans la rivière. Ces exercices d'ensemencement ont commencé au début des années 1990. À plusieurs reprises, j'ai participé avec des amis à ces exercices en installant un bassin alimenté par un ruisseau se jetant éventuellement dans la rivière de Saint-Louis.
Le Nouveau-Brunswick est sans doute le centre de la pêche au saumon de l'Atlantique en Amérique du Nord, avec plus d'une cinquantaine de rivières réparties à travers la province. Parmi ces rivières, la rivière Miramichi et ses tributaires sont reconnues comme les plus productives.
Pour stimuler l'économie de cette pêche récréative, la province investit chaque année 2 millions de dollars. L'étude dont nous a fait part le sénateur Meighen nous confirme que si Pêches et Océans Canada investissait 15 millions de dollars pour le saumon sauvage de l'Atlantique, les Canadiens recevraient un retour sur leur investissement en six ans.
De la part du gouvernement fédéral, ce serait un investissement raisonnable pour la conservation, la protection et la restauration des stocks de saumon sauvage de l'Atlantique, procurant ainsi des bénéfices économiques et des emplois aux communautés rurales et riveraines du Nouveau-Brunswick et des autres provinces du Canada atlantique.
Honorables sénateurs, je crois que les activités des bénévoles, conjuguées aux investissements des gouvernements provincial et fédéral permettront, à long terme, de conserver le saumon de l'Atlantique, de le régénérer et d'offrir ainsi aux résidants de l'Atlantique des occasions accrues de développement économique, et cela, tout en protégeant notre patrimoine naturel.