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Mobina Jaffer

L Nommée au Sénat le 13 juin 2001 par le Très honorable Jean Chrétien, la sénatrice Mobina Jaffer représente la Colombie Britannique et la division sénatoriale Colombie Britannique. En 2005, elle figurait parmi les 100 femmes les plus influentes au Canada.

Discours et débats

Le Sénat—Motion tendant à l'enregistrement audiovisuel des délibérations

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Déclaration faite le 26 février 2009 par le sénateur Grant Mitchell

L'honorable Grant Mitchell :

Honorables sénateurs, nous sommes saisis d'une motion éclairée et inspirée que nous devons au sénateur Segal. Elle vise fondamentalement à faire entrer le Sénat dans le XXIe siècle. Certes, il y a ici des traditions imposantes et quelques- uns d'entre nous craignent peut-être l'impact des transmissions audiovisuelles à la télévision. Selon moi, la baladodiffusion serait peut-être un bon point de départ. Le signal audiovisuel irait directement sur l'ordinateur de l'auditeur.

Toutes les possibilités sont ouvertes. À mon avis, il y a de solides raisons de nous orienter vers la télédiffusion, mais je voudrais revenir brièvement sur certaines objections soulevées au cours du débat.

L'objection la plus fréquente, du moins me semble-t-il, est que le comportement du Sénat changera, et pour le pire, parce que les sénateurs modifieront leur comportement en raison de la présence des caméras. La télédiffusion de séances des comités a créé des précédents. À mon avis, elle est loin d'avoir modifié le comportement des sénateurs pour le pire. En fait, nous avons tous discuté avec des témoins qui ont comparu devant des comités des Communes et du Sénat. Leur comparution, disent-ils, a été empreinte de beaucoup plus de sérieux et de professionnalisme devant les comités sénatoriaux. Ces réactions sont tout à l'honneur du Sénat, et le fait que ces délibérations de comité n'aient pas été faussées ni entravées par la télédiffusion est aussi tout à l'honneur du Sénat.

D'aucuns prétendent aussi que la télédiffusion des délibérations des comités suffit, puisque tous peuvent voir l'excellent travail qui s'y fait. Le problème, cependant, c'est que, dans les comités, les sénateurs sont limités presque entièrement à poser des questions. Les entrées en matière sont brèves. Tous les présidents de comité que j'ai vus à l'œuvre tiennent à ce qu'elles soient brèves. Au Sénat, les sénateurs peuvent faire des discours d'une qualité incomparable et exposer leurs thèses sur des questions qui, souvent, ne sont pas abordées aux Communes, dont le contexte politique pousse les souvent les députés à mettre l'accent sur des questions plus intéressantes du point de vue électoral. Les sénateurs abordent des questions qui n'intéressent pas forcément des hommes et femmes politiques préoccupés par des élections qui, par les temps qui courent, ont lieu tous les deux mois ou tous les un ou deux ans.

Souvenons-nous du travail extraordinaire que le sénateur Fairbairn a accompli au fil des ans dans le domaine de l'alphabétisation, du travail du sénateur Carstairs sur les soins palliatifs, du travail de l'ex-sénateur Kirby sur la santé mentale et du travail du sénateur Pépin en faveur de la création de centres de soutien aux familles dans les bases de l'armée, afin d'aider les familles des soldats déployés dans le monde entier et qui n'ont pas les moyens d'acheter des ordinateurs pour communiquer avec le membre de la famille qui est en mission à l'étranger.

Voilà, parmi d'autres, des questions au sujet desquelles les Canadiens ne peuvent pas profiter des débats qui ont lieu dans notre remarquable assemblée.

Des sénateurs ont prononcé dans cette enceinte des discours d'une qualité inégalable. Si les Canadiens pouvaient entendre ces interventions, ils ne pourraient plus accepter les idées reçues qui ont cours hors d'ici et sont diffusées par certaines personnes et des représentants de la presse. Selon ces clichés, le Sénat n'est pas digne de respect, et le Sénat et ses membres ne contribuent aucunement au débat sur les politiques d'intérêt public ni à l'évolution de notre pays. Si nous pouvions diffuser ces discours et ces débats, ces messages passeraient assurément.

À ceux qui croient que notre comportement serait pire à cause de la télédiffusion, je dirai que, si nous craignons que notre comportement ne soit mauvais, nous ferions mieux de le corriger, car personne ne nous incite à mal nous comporter sinon nous- mêmes. Si nous pensions un seul instant que nous risquons de nous mal comporter, peut-être regarderions-nous les caméras et songerions-nous qu'il y a des spectateurs impressionnables qui regardent.

Le sénateur Mercer : Je ne me suis pas mal comporté.

Le sénateur Mitchell : Le sénateur Mercer ne s'est pas mal comporté, pas du tout. Il a simplement parlé avec son cœur, chaque fois. Les téléspectateurs remarqueraient cette intensité et ils comprendraient.

Cela me rappelle ce que quelqu'un a dit l'autre jour : « Les gens ne s'intéressent pas à vous tant qu'ils ne savent pas à quoi vous vous intéressez. » Ils ne savent pas ce qui nous préoccupe parce que personne ne nous voit. Certains sénateurs prononcent des discours et certains vont prendre la parole dans des écoles. Je suis sûr que certains sénateurs prononcent plus de discours que d'autres. Toutefois, si on essaie de dénombrer les personnes qui entendent un sénateur parler d'un enjeu ou qui sont témoins du travail des sénateurs, le chiffre sera minime.

Quelqu'un m'a également dit récemment que le coût de la télédiffusion des séances du Sénat serait prohibitif. Je réponds : « À quoi bon être parfait, si personne ne s'en aperçoit? » Oui, nous pouvons être parfaits, mais nous le sommes dans notre coin. Si nous devenons un peu moins parfaits — je ne crois pas que nous le devenions —, cela vaut le risque.

On parle aussi des sièges vides. Nous avons un taux d'assiduité bien supérieur à celui des Communes. Il est arrivé parfois, quand je regardais les travaux de la Chambre des communes, qu'il n'y ait, je le jure, que deux députés. Que font-ils, généralement? Il est permis aux députés de se placer autour du député qui a la parole ou derrière lui. Si c'est ce qui nous inquiète, il suffit que la caméra fasse un gros plan et le problème sera réglé.

Le sénateur Munson : Amenez-la.

Le sénateur Mitchell : Il n'y a pas un sénateur qui ne soit convaincu de la valeur d'un gouvernement ouvert et transparent. Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire : « Notre parti offrira un gouvernement plus ouvert, un gouvernement plus responsable et transparent »?

Nous sommes au XXIe siècle, honorables sénateurs. Comment soutenir que nous sommes transparents, que nous agissons selon les convictions que nous professons, si les Canadiens ne peuvent pas profiter de l'ère du numérique pour suivre nos débats?

De plus, si j'habite à Ottawa, je suis privilégié, car je pourrais, si je le voulais, venir au Sénat et suivre les délibérations. Si j'habite à Edmonton, que puis-je faire? Est-ce que je vais dépenser 3 000 $ pour venir observer les travaux du Sénat une fois par année?

Non, ce n'est pas juste. En cette ère de l'électronique et de la technologie, tous les Canadiens ont droit à un accès égal aux délibérations du Sénat. Ils paient pour avoir ce service, et ils comptent dessus, et nous pouvons influencer leur avenir à bien des égards.

Honorables sénateurs, je tiens à souligner que nous sommes la cible de graves accusations. Nous sommes critiqués injustement, et nous n'avons à peu près aucun moyen de nous défendre et de montrer que ces critiques sont fondamentalement injustifiées.

On peut dire dans l'ensemble que les sénateurs sont exceptionnels. Au cours de l'histoire de notre institution, il y a eu des chefs de file qui étaient supérieurs à ce que les gens attendent de leurs dirigeants politiques.

Les délibérations du Sénat se situent à un niveau supérieur à celui que les gens prêtent à la vie et au processus politiques. Si les Canadiens pouvaient voir le Sénat, ils auraient une meilleure impression et je crois même qu'ils auraient une opinion plus favorable du processus politique, de leur démocratie et de ces belles, merveilleuses, remarquables institutions.

Honorables sénateurs, nous sommes au XXIe siècle. Nous acceptons tous que le hansard soit imprimé et conservé dans les bibliothèques, où on peut les consulter. Or, savez-vous que, sur notre site web, on ne peut même pas faire de recherche sur la version papier du hansard? C'est une technologie de 1978, et nous n'arrivons même pas à faire une recherche. Nous devrions aller beaucoup plus loin. Il ne faut pas percevoir cette initiative comme quelque chose de neuf, mais comme une évolution vers le XXIe siècle, un hansard électronique, numérique. Nous pourrions y faire des recherches, en tirer des extraits et les envoyer partout au Canada. Les gens commenceraient à comprendre que nous avons l'une des meilleures institutions et formes de gouvernement sur la planète.

Des voix : Bravo!

Le sénateur Mitchell : Il aurait fallu que ce soit télédiffusé.

Son Honneur la Présidente intérimaire : Le sénateur Mitchell accepterait-il de répondre à une question?

Le sénateur Mitchell : Oui.

L'honorable Roméo Antonius Dallaire : Honorables sénateurs, il y a environ sept mois, j'ai été invité à présenter un mémoire devant le comité des affaires étrangères et le comité des affaires extérieures d'Afrique du Sud, présentation qui a été suivie d'une rencontre avec le ministre et le président.

Ce qui m'a frappé, lors de la visite de leurs institutions, c'est que tous les débats étaient accessibles par voie électronique. Chacun des sénateurs et des députés avait un écran sur son pupitre. Toute la procédure était incroyablement transparente et facile à suivre. Leurs institutions démocratiques sont en train de vivre une véritable révolution. Cela fait à peine 15 ans qu'ils suivent cette nouvelle orientation et ils croient que cette technologie est utile pour le pays.

Dans l'éventualité où cette motion serait adoptée et si nous pouvions avoir l'équipement nécessaire à la télédiffusion des débats du Sénat, au lieu d'être régi par une institution archaïque comme CPAC, le Sénat pourrait être autonome, et nous pourrions visualiser les débats en temps réel.

Le sénateur Mitchell : Honorables sénateurs, je remercie le sénateur Dallaire. Je suis d'accord avec son observation. Il est vrai que plusieurs pays ont reconnu l'importance d'utiliser les appareils électroniques dans le cadre de leurs affaires parlementaires.

J'aimerais répondre à plusieurs arguments présentés par le sénateur. Premièrement, même si le sénateur n'a pas parlé de ce problème, n'oublions pas que nous nous inquiétons tous de la participation des jeunes à la vie politique. Combien de fois avons- nous dit qu'il fallait encourager les jeunes à voter? Combien de fois avons-nous constaté qu'ils ne participaient pas? L'avenir appartient aux jeunes. C'est pour eux un enjeu primordial.

J'ai des fils de moins de 25 ans. Ils n'ont pas de téléviseur. Ils imaginent mal comment on peut lire un livre sur papier. Ils ne font pas de recherche sur papier dans les bibliothèques. Ils communiquent au moyen de l'Internet.

Ce qui m'amène à parler de l'argument du sénateur. Bien sûr, nous pourrions diffuser un flux continu. Il n'est pas nécessaire que nos travaux soient retransmis par CPAC, car cette chaîne a ses limites. Nous ne pourrions peut-être même pas obtenir un canal.

Comme première étape, et ce serait probablement adéquat, nos travaux pourraient être diffusés au moyen d'un flux que les gens capteraient avec leur ordinateur. Ils en seraient plus qu'heureux. Je serais prêt à parier que la totalité des jeunes du pays qui ne vivent pas dans la pauvreté serait ainsi attirée par nos travaux, étant donné l'importance de ce qui se passe au Sénat.

On peut trouver dans le monde beaucoup d'endroits où les gens sont en avance sur nous. Nous avons du rattrapage à faire. Nous vivons dans une société moderne. Je félicite les gens qui nous ont permis d'apporter nos ordinateurs portables dans cette enceinte. C'est un premier pas, un peu chancelant tout de même, dans l'univers du XXIe siècle. Voilà un exemple de coopération non partisane entre les partis : un conservateur et un libéral, chacun avec son ordinateur portable.

Veuillez s'il vous plait appuyer ici pour lire la discours du sénateur dans son intégralité

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