Déclaration faite le 02 juin 2009 par le sénateur Grant Mitchell
Le sénateur Mitchell :
Il y a beaucoup de moments marquants au Sénat et au Parlement, mais les excuses de l'an dernier et la comparution de dirigeants autochtones au Sénat ont été plus marquants encore que la plupart d'entre eux. Ce fut un moment exceptionnel pour nous tous. Il est bon que vous soyez parmi nous pour que nous puissions le commémorer et faire le point sur les progrès accomplis.
Le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles s'est rendu dans l'Ouest de l'Arctique l'an dernier. L'une de nos impressions les plus vives est celle que nous ont laissée les signes des changements climatiques et de leurs effets dans le Nord.
Pourriez-vous dire aux sénateurs ce que vous pensez des effets des changements climatiques, des preuves de ces changements et de leurs répercussions sur les collectivités et les personnes?
Mme Simon : Je ne suis pas spécialiste de ces questions, mais je peux vous dire ce que nous avons vécu.
Les changements climatiques ont eu un effet négatif très marqué sur notre savoir traditionnel. Beaucoup de nos aînés, de nos chasseurs, de ceux qui parcourent le territoire — comme les sénateurs Watt et Adams le font lorsqu'ils sont dans leur collectivité — sont incapables de prédire les conditions météorologiques et les changements saisonniers, comme ils le faisaient par le passé.
Des accidents sont arrivés à des gens qui chassaient, croyant que la glace était assez solide à tel moment de l'année. À cause des changements climatiques, elle ne l'était pas. Voilà des effets concrets que les aînés remarquent. Les aînés nous disent souvent qu'ils ont de la difficulté à prévoir l'évolution des saisons en se fiant à leur savoir traditionnel.
L'autre effet est lié plutôt à l'Ouest de l'Arctique, où vous êtes peut-être déjà allé, je n'en suis pas certaine. Il s'agit de l'érosion du littoral. À des endroits comme Tuktoyaktuk, dans l'Ouest de l'Arctique, on s'aperçoit qu'en raison des conditions météorologiques extrêmes et des fortes tempêtes, il y a passablement d'érosion du littoral. On voit même l'eau de mer inonder les terrains près des habitations à cause de l'érosion.
Charlie Watt et moi venons d'une localité du Nunavut dont la population est probablement de 600 à 800 personnes. Cette localité est située dans une sorte de vallée. À cause de la fonte du pergélisol, les bâtiments sont en train de s'enfoncer dans le sol. Il y a eu des discussions pour déplacer la population à un autre endroit, ce qui coûtera une fortune. Ce sont des changements qui sont en train de se produire. Les gens sont en train de vivre ces changements de façon bien tangible.
Il y a aussi d'autres effets, comme l'augmentation de la force des rayons ultraviolets. Ces rayons sont présents partout, mais on les ressent beaucoup dans l'Arctique parce que les gens vivent beaucoup à l'extérieur. Il y a des années, lorsque j'étais enfant, personne ne se mettait de crème solaire. La peau des gens devenait bronzée, mais nous n'avions jamais besoin de crème solaire. Aujourd'hui, les chasseurs ne peuvent pas partir sans crème solaire, car le soleil est tellement fort, avec les reflets sur la glace de mer, qu'il leur cause des lésions cutanées. Ce sont des situations bien réelles que nous devons vivre.
Il se produit aussi des changements plus insidieux, comme la pollution, c'est-à-dire les polluants qui viennent d'ailleurs et qui contaminent la chaîne alimentaire jusque dans les aliments dont nous avons besoin pour nous nourrir. Le niveau de contaminants dans la chair des animaux est beaucoup plus élevé que la limite au-delà de laquelle il y a un danger pour la santé. Les niveaux sont beaucoup plus élevés.
Nous n'avons aucune prise sur ces changements. C'est pourquoi nous sommes si actifs dans la communauté internationale pour inciter les pays comme le Canada à régler le problème à la source. C'est à la source qu'il faut agir. Ce n'est pas à coup de solutions locales et temporaires qu'on va empêcher le climat de la planète de changer. Il faut traiter le problème à la racine, ce qui signifie réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'autres polluants dans l'atmosphère. Ces problèmes doivent être réglés. Nous essayons d'encourager les pays comme le Canada à prendre ces problèmes beaucoup plus au sérieux qu'ils ne l'ont fait jusqu'à maintenant.
Le sénateur Mitchell : Plus précisément, que pensez-vous de ce que le Canada fait ou ne fait pas pour lutter contre les changements climatiques? Espérez-vous qu'il ait entrepris quelque chose?
Mme Simon : Je ne sais pas ce que fait le Canada. Je sais que beaucoup de négociations sont en cours actuellement en prévision de la conférence de Copenhague — je pense que ce sera la CP 12. Je ne suis pas sûre du numéro, mais je suis sûre que c'est l'une des conférences des parties qui aura lieu à Copenhague. Je sais que le Canada participe à ces négociations, mais je ne sais pas ce qui est négocié.
Nous aimerions bien le savoir. Nous voulons participer à ces discussions, mais jusqu'à maintenant nous n'avons pas pu le faire. Nous avons été invités à participer à la conférence elle-même, mais quand la conférence a lieu, les négociations sont déjà terminées.
Je m'en rends compte de plus en plus. J'ai accompagné le ministre de l'Environnement à Bali il y a plus d'un an. Quand nous sommes arrivés là-bas, les négociations étaient à peu près terminées. Je pense qu'il est important de participer aux préparatifs de ces ententes.
Le sénateur Mitchell : On ne vous a pas consultée sur ce processus?
Mme Simon : Non, l'Inuit Tapiriit Kanatami ne l'a pas été.