Déclaration faite le 10 décembre 2009 par la sénatrice Lorna Milne (retraité)
L'honorable Lorna Milne :
Honorables sénateurs, après des louanges aussi extravagantes, je ne sais trop par où commencer. Je vais même devoir modifier sérieusement les observations que j'ai rédigées à l'avance, car je ne veux pas répéter ce qui a déjà été dit sur certaines des questions dont je vais parler.
Je vais commencer par exprimer mes plus chaleureux remerciements à tous les gens, à l'avant-scène et dans les coulisses, qui nous facilitent tant la vie en ce lieu privilégié : les pages et le Président, et le personnel de son bureau, les greffiers au Bureau et les greffiers des comités, les préposés à la transcription et les interprètes, l'équipe des gros travaux, les employés de la Bibliothèque du Parlement et les recherchistes, les imprimeurs, les préposés à l'entretien et le personnel de sécurité du Sénat.
Je n'oublierai jamais l'une des premières fois où je suis arrivée en haut de l'escalier qui mène à cette pièce. J'étais accompagnée d'un ami qui devait prendre place à la tribune. Il s'est retourné vers moi, tout à fait étonné, et a dit : « Cet homme vient de te saluer! » C'est un tel privilège d'être traité comme le personnel de sécurité du Sénat nous traite tous.
La liste des gens qui travaillent dans les coulisses et que nous ne voyons jamais est beaucoup plus longue, mais je tiens particulièrement à remercier le personnel de mon propre bureau. J'ai eu la chance, au fil des ans, d'embaucher de merveilleuses personnes. Je me rappelle Roseanna Bradley, qui, à ses débuts sur la Colline, travaillait pour mon mari, Ross, à l'autre endroit, et qui a par la suite travaillé pour moi ici, au Sénat. Je me souviens de Vince MacNeil, Jeff Paul et Jon Bishop. Maintenant, Sara May et Diana Ris travaillent pour moi. Diana a fait beaucoup plus que le nécessaire au cours des derniers mois, qui ont été très stressants, alors que je travaillais à vider mon bureau et qu'elle a dû composer avec mes exigences impossibles, exprimées parfois sur un ton un peu brusque. Merci infiniment, Diana.
Je me souviens de bons amis du Sénat qui sont maintenant à la retraite. En fait, Lorna Marsden était déjà partie au moment où je suis arrivée ici. Je me fais encore appeler sénateur Marsden, ce qui, pour moi, est toujours un compliment.
Bien entendu, c'est ce qui arrive lorsqu'on ne m'appelle pas Ione Christensen, ma jumelle. Je n'oublierai jamais le jour où Ione et moi sommes entrées ici en portant la même tenue que nous avions achetée au magasin Tall Girl Shop. Je me souviens aussi de Derek Lewis, mon premier ami au Sénat; de Lorne Bonnell; de Peter Bosa; de Landon Pearson — c'est tellement agréable de rigoler avec quelqu'un; de John Bryden; de Joan Cook, auprès de qui j'ai appris plus que ce que je devrais probablement savoir au sujet de la politique de Terre-Neuve-et-Labrador; de Sharon Carstairs, une bonne amie que j'ai connue bien longtemps avant notre arrivée au Sénat, ayant fait de la politique ensemble; de Serge Joyal; de Willie Moore. La liste est encore longue, mais je ne puis passer sous silence l'amitié intime et peut-être étonnante que je partage avec Joan Fraser. Nos antécédents sont tellement différents que, pour nous deux, cette amitié est encore extrêmement surprenante. Toutefois, c'est une joie que nous ayons pu nous entendre si bien. Je vous en remercie, Joan.
Mes amis, vous me manquerez tous, même les sénateurs d'en face, que je me suis amusée à critiquer vertement chaque fois que j'en ai eu l'occasion ces derniers temps. Je remarque que ma victime préférée n'est pas ici aujourd'hui.
Le sénateur Mercer : Elle est à l'écoute.
Le sénateur Milne : Je suis très fière de certaines des réalisations que j'ai pu accomplir ici au fil des ans. Comme le sénateur Cowan et d'autres intervenants en ont parlé, je ne vais pas m'attarder là- dessus. Permettez-moi toutefois de mentionner ma bataille en vue de rendre légale la culture du chanvre. Cette industrie naissante commence maintenant à prospérer. Voilà un résultat positif.
Je n'oublierai jamais ma lutte au sujet des résultats du recensement, qui a duré sept ans. Comme le sénateur Comeau l'a mentionné, nous n'étions certainement pas sur la même longueur d'onde dans ce dossier. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il a fallu sept longues années pour changer la décision d'un seul bureaucrate. Cela me hérisse encore d'y penser.
Le sénateur Banks : Prenez garde aux cheveux hérissés.
Le sénateur Milne : Faites attention à ce que vous dites, sénateur Banks. Il y a eu mes années à titre de présidente de l'Association parlementaire Canada-Europe et j'ai dirigé de nombreuses délégations officielles en Europe et dans certaines capitales européennes. Ce fut un grand privilège et une expérience très enrichissante. Un de mes plus grands regrets est de voir l'influence du Canada en Europe s'éroder depuis les deux ou trois dernières années. L'Europe est notre deuxième partenaire commercial en importance et, croyez-moi mes amis, les pays de l'Europe s'en rendent compte lorsqu'on leur accorde moins d'importance et ils agissent rapidement de la même façon avec nous.
Une des mes plus grandes joies a été d'agir à titre de vice- présidente du caucus libéral national au cours des dernières années. Ce fut fascinant d'observer les activités hebdomadaires de ce forum unique d'un point de vue privilégié.
Ces quelques réussites me rappellent qu'avant de partir, j'aimerais prcher la sédition auprès au sein des nouveaux sénateurs d'en face. À mon arrivée au Sénat, les libéraux étaient au pouvoir, mais en minorité au Sénat. On ne m'a jamais ordonné d'adopter un projet de loi sans l'avoir lu attentivement et y avoir apporté les amendements nécessaires. D'ailleurs, la plupart sinon tous les amendements proposés au comité, à l'époque, l'ont été par des libéraux et ont été acceptés par le gouvernement. C'est notre travail : améliorer les mesures législatives et s'assurer qu'elles correspondent aux intentions du gouvernement du jour, sans les adopter aveuglément. Le projet de loi parfait n'a pas encore vu le jour. Une des principales raisons d'être du Sénat est de modifier et d'améliorer les mesures législatives dont il est saisi, et je vous rappelle que nous avons le devoir constitutionnel d'étudier les projets de loi du point de vue de la Constitution, de la Charte canadienne des droits et libertés et de nos propres régions, et de protéger les droits des nombreuses minorités du Canada. Le Sénat n'a jamais eu pour rôle d'adopter sans discuter les projets de loi de l'autre endroit.
Des voix : Bravo!
Le sénateur Milne : Nous sommes ici pour faire contrepoids aux pitreries politiques de l'autre endroit. C'est notre rôle et notre raison d'être. Un sénateur d'arrière-ban peut influer sur le cours de l'histoire, mais pas en agissant comme une machine à entériner.
Pour résumer — vous serez heureux d'apprendre que j'en suis au résumé —, ce fut une satisfaction immense et un énorme privilège de siéger à la Chambre rouge ces 14 dernières années, au cœur même de notre grand pays. Des décisions ont été prises ici qui ont influé et influeront encore sur la vie quotidienne de tous les Canadiens, et je me considère très chanceuse d'avoir pu contribuer ne serait-ce qu'un peu aux bonnes décisions qui ont été prises.
Je quitte le Sénat avec de légers tiraillements, quelques légers regrets, mais je suis prête à passer à autre chose. De nouveaux projets m'attendent; j'ai des projets à finir, des kilomètres à parcourir, des ponts à traverser et des collines à grimper.
J'aimerais enfin remercier ma merveilleuse famille, dont les membres m'ont tant soutenue au cours des 14 dernières années, surtout mon mari si patient, Ross Milne. Ross est mon époux de l'autre endroit, qui connaît la politique comme sa poche et qui a été une source infinie de conseils, de nouvelles idées, de critiques et de soutien dont ont besoin tous ceux qui passent autant de temps loin de chez eux. Il a toujours été à mes côtés quand il n'était pas derrière moi à me donner de petits coups de pouce.
Je suis la 42e femme dans l'histoire du Canada à avoir été nommée au Sénat, mais Ross et moi sommes seulement le deuxième couple de l'histoire du Canada dont un membre sert ici et l'autre à l'autre endroit. Il y a maintenant un troisième couple, bien évidemment — les Finley.
Si je puis usurper votre privilège, Votre Honneur, Ross et moi avons eu la chance d'avoir une famille composée de personnes brillantes, saines, belles, et grandes. Puis-je leur demander de se lever?
Des voix : Bravo!