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Troisième lecture du projet de loi C-15, Loi modifiant la Loi réglementant certaines drogues et autres substances et apportant des modifications connexes et corrélatives à d'autres lois, tel que modifié

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Déclaration faite le 11 décembre 2009 par le sénateur William Rompkey (retraité)

L'honorable Bill Rompkey :

Honorables sénateurs, je tiens à faire quelques commentaires à l'appui de l'amendement proposé par le sénateur Watt. Celui-ci a parlé d'expérience, de façon passionnée et éclairée, au sujet de la situation dans le Nord, une situation différente à bien des égards.

J'ai l'impression que nous avons conçu un système dans le Sud et que nous avons tenté de l'implanter dans le Nord, sans beaucoup de souplesse, même si la souplesse est essentielle. Bien entendu, il nous faut un système unique à la grandeur du pays, mais ce système doit être appliqué avec souplesse, car nous avons affaire à une culture entièrement différente. Je veux parler des collectivités inuites, mais pas des collectivités d'Oka ni des collectivités situées à proximité des centres urbains. Je veux parler des communautés éloignées du Nord dont la collectivité voisine est située à des kilomètres de distance et inaccessible. Dans bien des cas, ces collectivités sont unilingues.

Un tribunal peut intenter des poursuites ou ne pas en intenter, en fonction de la météo et du rôle d'audiences. Il peut s'écouler des jours ou des semaines avant que le juge arrive dans la communauté. Dans bien des cas, il s'agit d'un juge unilingue. Dans certains cas, il doit avoir recours à des services d'interprétation.

J'ai eu l'honneur d'enseigner au premier juge inuit du Canada. Il s'agissait de James Igloliorte, de Hopedale, au Labrador. Il n'est plus juge aujourd'hui. Nous sommes revenus à la situation antérieure, et les causes sont entendues par des juges unilingues.

Nous essayons d'appliquer un système à des gens qui parlent une autre langue. Il y a parfois un interprète sur place, mais, en pareil cas, le juge unilingue n'a pas le choix que de se fier à l'interprète. Le prévenu dépend, lui aussi, de l'interprète. Parfois, la traduction est parfaite, parfois elle ne l'est pas. Le prévenu a-t-il accès à un avocat? Dans la plupart des cas, il n'a pas d'avocat. A-t-il accès à d'autres services?

Le sénateur Watt a parlé des services pour les toxicomanes. Ces services sont tantôt offerts, tantôt absents. Le sénateur Carstairs a en outre fait un bon exposé sur la pénurie de ces services au pays.

On s'est inspiré de ce qui se fait dans le Sud et on a tenté de transposer cela dans le Nord. Le sénateur Carignan a parlé de « copier-coller ». Je pense qu'il faisait allusion à l'impossibilité d'appliquer la méthode portugaise à la situation que l'on connaît au Canada. Honorables sénateurs, je pense que nous faisons du copier-coller. Nous essayons d'exporter dans ces collectivités un système que nous avons mis au point et qui ne colle pas à leur réalité. À preuve, nous avons neuf fois plus d'Autochtones que de Canadiens de toute autre origine dans nos prisons d'un bout à l'autre du pays, comme le sénateur Carstairs l'a fait remarquer.

Je ne crois pas qu'on puisse continuer indéfiniment à construire des prisons. Si une personne est condamnée à Naim, au Labrador, il n'y a pas de pénitencier fédéral dans ma province.

Le sénateur Cools : C'est exact.

Le sénateur Rompkey : Une personne reconnue coupable à Naim, au Labrador, doit être transférée au pénitencier de Dorchester. Comme l'a fait remarquer le sénateur Campbell, il s'agit d'une de nos meilleures universités; on peut y apprendre comment devenir un meilleur criminel — pas une meilleure personne, pas comment guérir ou comment contribuer, mais comment devenir un meilleur criminel.

Honorables sénateurs, nous devrions construire plus d'écoles, pas plus de prisons. Si les enseignants autochtones restaient dans les écoles, si les langues autochtones faisaient partie du programme scolaire, s'il y avait moins d'élèves par classe, nous pourrions leur apprendre quelque chose et régler le problème. Les peines minimales obligatoires ne sont pas la solution. Selon moi, nous nous y prenons complètement de travers. Pour régler le problème, il faut commencer dans les écoles. Il faut laisser les Autochtones enseigner aux Autochtones en langue autochtone. Voilà par où commencer. Si nous procédons ainsi, je pense que nous pourrons résoudre le problème, car ce n'est pas en imposant des peines minimales obligatoires que nous y arriverons. Laissons aux juges le pouvoir de juger.

Des voix : Bravo!

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