Déclaration faite le 15 décembre 2009 par le sénateur Jerahmiel Grafstein (retraité)
L'honorable Jerahmiel S. Grafstein :
Honorables sénateurs, je veux prendre brièvement la parole sur l'article no 21 du Feuilleton, le projet de loi du sénateur Wallin, qui en est au jour 15. Le débat a été ajourné à mon nom. Mes activités ont pris une tournure particulière à la suite de ce 11 septembre fatidique, et le sénateur Wallin y a participé. Je pourrais peut-être expliquer un peu ce que j'ai fait et suggérer quelque chose au Sénat.
Peu après le 11 septembre, nous trouvions que le gouvernement du Canada n'avait pas beaucoup aidé la ville de New York au site qu'on appelle Ground Zero. Nous avons exhorté les parlementaires des deux côtés à faire quelque chose, mais nous n'avons pas obtenu de réponse. C'est pourquoi un petit nombre d'entre nous, à Toronto, dirigés par ma femme et moi, et d'autres, nous sommes rencontrés chez nous et avons décidé que nous allions organiser une petite réunion de Canadiens en réaction à la demande présentée par le maire Giuliani aux Nations Unies. Le maire Giuliani avait dit que, si les gens voulaient aider sa ville, ils pouvaient le faire en venant la visiter et en y dépensant de l'argent. Il disait que cela aiderait New York à se rétablir. Nous nous sommes donc réunis, et nous espérions convaincre environ 1 000 Canadiens de se joindre à nous. C'était un effort volontaire. Aucun gouvernement n'a fourni quelque financement que ce soit.
J'ai fait la promotion de l'idée, mais elle venait d'un de mes bons amis qui m'avait dit que, si nous devions faire quelque chose pour la ville de New York, nous ne devrions pas le faire à Toronto, mais bien à New York même. Quand le maire Giuliani a lancé cet appel, nous nous sommes réunis à ma résidence et nous avons versé chacun une contribution pour accumuler une somme qui devait nous permettre d'organiser un voyage qui amènerait 1 000 Torontois à New York. C'était le chiffre que nous visions. Peu de temps après, des gens de partout au pays ont commencé à nous aider. Le sénateur Hervieux-Payette, avec d'autres, a organisé un groupe à Montréal. Le mouvement s'est répandu d'un océan à l'autre. Nous avons finalement abouti dans un lieu qui s'appelle Roseland Ballroom, à New York, une salle pouvant accueillir 3 500 personnes. Nous nous attendions à y avoir amplement de place. Pour être bien sûrs d'y attirer suffisamment de monde, nous avons appelé Pamela Wallin et lui avons demandé d'agir comme maître de cérémonie, ce qu'elle a gentiment accepté de faire.
Cette salle de bal se trouve sur la 53e rue. Une file de Canadiens s'allongeait jusqu'au parc, des deux côtés de la rue. En tant
qu'organisateur, j'étais inquiet, parce que ces gens étaient venus du Canada et nous étions incapables de les accueillir là où nous les avions invités. Je me suis mis à marcher le long de la rue en demandant aux gens de nous pardonner, mais tous me disaient combien ils étaient contents d'être là. Aucun de ces Canadiens n'a formulé la moindre préoccupation. Tout ce qu'ils voulaient, c'était participer à cet événement
La salle pouvait accueillir 3 500 personnes. Le sénateur Wallin y agissait en maître de cérémonie. Nous avions amené des jeunes de Variety Village et des policiers. Nous avons rencontré le chef des pompiers et des représentants de la police. Nous leur avons donné un camion incendie acheté avec l'argent des bénévoles. Des policiers de Toronto avaient amassé 110 000 $ en vendant des T-shirts à 10 $ l'unité. J'étais le seul à qui ils faisaient confiance pour remettre cet argent aux policiers de New York. Je leur ai dit qu'ils n'avaient qu'à venir le porter eux-mêmes. Ils étaient donc sur la scène avec nous. Le maire Giuliani est venu nous y rejoindre pour nous présenter une proclamation selon laquelle cette journée-là serait désormais la Journée « Le Canada aime New York ». Nous avons aussi reçu une lettre de félicitations du président Bush.
Au bout du compte, au lieu des 3 500 personnes prévues, la police de New York a évalué que près de 30 000 Canadiens avaient traversé la frontière pour l'événement. La 53e rue a été fermée et on a installé des écrans géants. Quelque 8 000 personnes ont assisté à l'événement de l'extérieur, 3 500 étaient présentes à l'intérieur, et 15 000 à 18 000 autres ont déambulé dans les rues de New York.
Enfin, la nuit précédant l'événement, M. Chrétien a communiqué avec nous; il est venu et a lui aussi marché dans les rues. Tout ce que j'avais demandé au gouvernement fédéral, qui a accepté, c'était que deux agents de la GRC soient présents. Ce fut un de nos plus fiers moments. Notre message publicitaire a brillé sur Times Square et, pendant une journée, l'Empire State Building a été illuminé non pas en bleu, blanc et rouge, mais en rouge et blanc.
Ce fut là la plus importante invasion canadienne depuis la guerre de 1812. En passant, nous avons gagné la guerre de 1812, malgré ce que peuvent affirmer mes collègues américains. J'ai la même discussion chaque fois que je vais au Congrès. On y trouve des œuvres avec des légendes décrivant comment ils nous ont battus sur le lac Érié en 1813. C'est faux. Nous avons remporté la guerre de 1812 et, très franchement, nous avons envahi les États-Unis et la ville de New York ce jour-là.
Une fois l'événement terminé, tout le monde avait la larme à l'œil. Madame le sénateur Wallin était présente et elle a été fantastique. Le maire Giuliani s'est tourné vers moi et a dit : « Sénateur, c'est l'événement le plus émouvant depuis les attentats du 11 septembre. » Je lui ai répondu : « Monsieur le maire, avec tout le respect que je vous dois, vous vous mettez le doigt dans l'œil. Ce n'est pas l'événement le plus émouvant depuis les attentats du 11 septembre. C'est un événement émouvant, mais vous en avez vu des plus émouvants. » Il m'a répondu : « Non. C'est de la vraie politique. Je peux rassembler 25 000 personnes au Madison Square Garden ou au stade de baseball n'importe quand. Vous, sénateur, vous avez amené 30 000 Canadiens à New York. C'est de la vraie politique. » Je lui ai répondu : « Vous avez encore tort, monsieur le maire. Permettez- moi de vous dire une chose au sujet du Canada. »
Je laisse les honorables sénateurs avec cette pensée : si vous montrez aux Canadiens comment faire ce qu'il faut, ôtez-vous du chemin. Ils vous surprendront à tout coup.
Cet événement a eu peu à voir avec moi, Pamela Wallin ou d'autres organisateurs. Il a découlé de la grande générosité des Canadiens d'un bout à l'autre du pays, qui sont venus poser un geste d'amitié envers les États-Unis lorsque ce pays en avait besoin.
Je félicite madame le sénateur Wallin d'avoir présenté cette résolution. Vingt-huit Canadiens innocents ont perdu la vie dans les attentats du 11 septembre 2001. Des adeptes de toutes les religions, notamment des musulmans, des Juifs, des chrétiens et des baha'ís, ont perdu la vie. C'était un acte de terrorisme aveugle, qui a coûté la vie à des innocents de toutes les religions. J'appuie l'initiative de madame le sénateur Wallin et je la félicite d'avoir présenté cette résolution.
Des voix : Bravo!