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Déclaration faite le 01 juin 2010 par le sénateur Grant Mitchell

L'honorable Grant Mitchell:

Honorables sénateurs, je sais que ce sujet prête moins à controverse, aussi je suis heureux de l'aborder.

Je veux parler de l'utilisation que nous faisons des communications numériques. Ce n'est peut-être pas la bonne expression pour désigner ce dont je parle. Si j'avais moins de 25 ans, je saurais quel mot utiliser. Cependant, pour moi, le terme « numérique » désigne les sites Internet, la télévision, la baladodiffusion et les appareils électroniques qui peuvent nous aider. Je sais que la baladodiffusion fera l'objet d'une autre motion.

Nous sommes entrés de plain-pied dans l'ère des communications numériques, qui donne aux politiciens et aux Chambres comme le Sénat des possibilités remarquables, pas de communiquer au public, mais de lui parler directement et de le mobiliser. Nous entendons souvent dire que les jeunes Canadiens ne participent pas au processus politique. Nous insistons sur le problème des jeunes qui décident de ne pas voter; nous discutons de ce que cela signifie pour l'avenir de l'action communautaire, la participation à la vie sociale et à notre processus politique et l'importance de susciter ce genre d'engagement.

Tous ceux d'entre nous qui ont des enfants de plus de quatre ans savent que les jeunes connaissent fort bien les communications électroniques. Teresa et moi avons trois fils qui vivent tous loin de chez nous. Un a la télévision, pas parce qu'il la regarde, mais parce qu'il veut un plus grand écran pour son ordinateur. Les jeunes n'utilisent pas le même genre de moyens de communication que nous.

Ils voient le monde différemment et ils communiquent avec ce monde différemment. Cela se répercute de bien des manières sur leurs rapports à la société et à leurs pairs, sur leurs relations interpersonnelles et leurs réseaux, sur la manière dont ils élaborent leurs arguments et font valoir leurs points de vue. Nous avons vu que tout le débat sur la prorogation s'est déroulé presque exclusivement sur Facebook. Cela se produira encore, peu importe ce que nous faisons.

Comme plusieurs de mes collègues, j'ai examiné cette question. J'aimerais que les sénateurs comprennent un peu ma frustration. Je n'en veux pas au personnel qui travaille sur ce dossier. Il bénéficie d'un leadership approprié, mais il a du mal à obtenir l'orientation dont il aurait besoin, notamment en matière de ressources, pour effectuer le travail nécessaire.

Se rendre sur le site web du Sénat est toute une expérience en soi. Si on tape l'expression « Sénat du Canada » dans un moteur de recherche, on s'attend à être acheminé au site web du Sénat. Or, ce n'est pas le cas. On tombe sur un site qui dresse la liste des sites web et des notices biographiques des sénateurs.

Le sénateur Stratton : Nous savons cela.

Le sénateur Mitchell : Honorables sénateurs, ce site web contient la biographie d'anciens sénateurs. Il n'est jamais mis à jour, et personne ne le consulte. On n'y trouve aucun renseignement fondamental sur le Sénat où il serait possible de s'informer sur les réunions des comités et d'autres travaux importants. On n'y trouve que des notices biographiques.

Il faut sortir de ce site web et tenter de trouver, d'une manière ou d'une autre, un autre site qui porte sur les comités du Sénat. Les sénateurs savent-ils combien de temps un jeune va consacrer à la recherche de cette information? Il va se lasser au bout de deux pages et de deux secondes.

Que voit-on dans la page des comités? Premièrement, il est absolument impossible d'effectuer des recherches dans les Débats du Sénat. Par exemple, on ne peut pas taper le nom du sénateur Plett pour trouver tous les sujets sur lesquels il s'est exprimé — et la liste serait longue. On ne peut pas taper le nom d'un comité pour le trouver. On ne peut pas taper une question précise pour trouver ce qui a été dit à ce sujet. Au XXIe siècle, au Sénat du Canada, on ne peut pas trouver le nom d'une personne dans les Débats du Sénat.

Et même lorsqu'on finit par trouver la personne ou le sujet qu'on cherche dans la portion texte du site web, il n'y a aucun lien vers quelque enregistrement ou vidéo que ce soit. J'ai du mal à comprendre qu'on ne puisse pas consulter un site web et cliquer sur un lien pour voir d'autres textes ou visionner une vidéo. Nous sommes au XXIe siècle, pas en 1950. La technologie a fait ses preuves et elle a été utilisée abondamment avant aujourd'hui, mais pas au Sénat.

Si quelqu'un cherche un rapport, il peut toujours se rendre à la page de la quarantième législature, mais qui sait ce que c'est que la quarantième législature? Qui peut me dire quand a eu lieu la trente- septième?

Le sénateur Banks : Ce fut pourtant une législature mémorable.

Le sénateur Mitchell : Nous étions tous là, alors bien sûr qu'elle était mémorable.

On ne peut même pas trouver les dates du début et de la fin des législatures, car elles ne sont indiquées nulle part. Si on cherche un rapport en particulier — et peut-être que les choses ont changé depuis la dernière fois, mais cela me surprendrait —, il porte seulement le titre de « rapport no 1 ». Qu'est-ce que c'est, le « rapport no 1 »? Comment faire la différence entre le rapport no 1 de la trente-neuvième législature et celui de la trente-huitième ou de la trente-septième législature? Je suis outré de constater que le Sénat est aussi en retard sur son époque. Le potentiel est extraordinaire et je vous rappelle qu'on n'a pas besoin de dépenser une fortune pour être présent en ligne.

Le Sénat du Canada n'a pas de présence web qui lui soit propre. Si on veut trouver un comité en particulier à partir du site web du Sénat, il faut d'abord sélectionner « Comités », ce qui nous amène sur une page où on donne la liste des comités des deux Chambres. Je sais qu'on risque de se faire demander quelle est la différence, mais je préfère ne pas trop m'attarder là-dessus.

Un jeune homme a pris sur lui de créer le site openparliament.ca parce qu'il était incapable de faire les recherches qu'il voulait sur le site web de la Chambre des communes. Il aimerait bien étendre son site au Sénat, mais il ne le peut pas, car l'architecture de notre site est si archaïque qu'il est incapable de créer un site externe qui accomplirait les mêmes fonctions.

J'ai parlé de l'importance des moteurs de recherche. Cela peut vous sembler trivial, mais les photographies affichées sur les sites du Sénat sont en noir et blanc. Personne n'utilise de photos en noir et blanc. Cela n'intéresse pas les jeunes. Il y a un certain élément marketing que le Sénat doit comprendre.

Comme bien d'autres, j'ai débattu de l'opportunité de télédiffuser les débats du Sénat. Je demeure profondément convaincu que le Sénat devrait, à tout le moins, offrir ses délibérations en baladodiffusion. Pas besoin de dépenser une fortune. Tous les problèmes qui pourraient survenir ont été pris en compte par la Chambre des communes. Les travaux sont organisés différemment au Sénat en raison de la structure du Feuilleton, ce qui donne lieu à de nombreux reports de débats. Certains croient que cela pourrait déranger les téléspectateurs. Personnellement, je ne le crois pas, mais rien ne nous empêche de mieux organiser nos travaux.

Certains craignent que les sénateurs ne se conduisent pas de façon convenable si nous passons à la télévision. Pour la plupart, les sénateurs se conduisent tout à fait correctement lors de la télédiffusion des délibérations des comités. Je pense que si le public pouvait voir le Sénat et la Chambre des communes, les gens diraient : « Si seulement les députés de la Chambre de communes se conduisaient comme les sénateurs. » Si des sénateurs ne se conduisent pas comme il se doit, nous devons changer ce comportement.

À l'heure actuelle, les délibérations du Sénat sont diffusées en audio sur la Colline du Parlement. Nous pourrions les diffuser dans le monde entier gratuitement, mais nous avons décidé de ne pas le faire. Je ne comprends pas pourquoi. Les gens ont le droit d'entendre ce que nous disons ici.

Le sénateur Segal : Bravo!

Le sénateur Mitchell : Il ne revient pas aux sénateurs de décider si les gens apprécient ou non ce qu'ils disent ou ce qu'ils font. Nous prenons la parole devant les 105 personnes qui se trouvent dans cette enceinte. Même si le public voulait voir ce qui se passe ici, comment pourrait-il le faire? Il ne peut pas trouver facilement les délibérations sur vidéo ni consulter les Débats du Sénat.

La question qui revient sans cesse est la suivante : lorsqu'un sénateur prend la parole au Sénat, est-ce que quelqu'un l'entend? Personne, malgré le fait que des discours exceptionnels sont prononcés au Sénat. Tous les sénateurs qui sont ici, peu importe depuis combien de temps, connaissent l'importance de cette institution. Si un sénateur siège ici, c'est qu'il croit en cette institution. S'il n'y croit pas, il ne devrait pas s'y trouver. Si nous croyons en cette institution, nous devrions souhaiter que les gens entendent ce que nous disons.

J'aimerais également que le site web permette aux sénateurs de tenir des assemblées publiques virtuelles et d'obtenir l'opinion des gens. C'est ce que le Comité sénatorial permanent de l'énergie, de l'environnement et des ressources naturelles s'emploie à faire. Nous pourrions recevoir et solliciter le point de vue des gens, comme le fait le Forum des sénateurs libéraux.

Je possède un Kindle, qui est une tablette de lecture électronique. C'est un outil fantastique pour les gens qui voyagent. Il peut contenir un millier de livres. Je peux emprunter un livre à la bibliothèque d'Edmonton et le télécharger sur mon Kindle. Le livre est téléchargé en format électronique et supprimé au bout de trois semaines.

Lorsque j'ai demandé aux membres du personnel de la Bibliothèque du Parlement s'ils avaient examiné le Kindle, ils m'ont dit qu'il posait divers problèmes de droits d'auteur. Je leur ai proposé de communiquer avec la bibliothèque d'Edmonton pour obtenir des conseils afin de résoudre de tels problèmes. Même si seulement un petit nombre de gens sont désireux d'emprunter des livres électroniques, cette façon de faire est beaucoup plus facile, d'autant plus qu'un nombre incalculable de titres sont offerts. Le problème des livres non disponibles parce qu'ils sont déjà empruntés ne se pose pas. Pour être à la fine pointe de la technologie et jouer un rôle de chef de file, la Bibliothèque du Parlement doit envisager l'emploi du Kindle.

Le leader conservateur de l'Assemblée législative de l'Alberta, Ken Kowalski, qui est un parlementaire aguerri, a réalisé des choses incroyables pour l'assemblée. Il a mis au point une visite virtuelle de l'assemblée dans le cadre de laquelle les enfants peuvent, par l'intermédiaire du site web, revêtir des vêtements de tous les styles — planchiste, technophile et ainsi de suite — et se promener autour des bâtiments historiques. Et on peut faire beaucoup plus. Quelqu'un a dit que nous ne pouvons pas faire cela parce que...

Le sénateur Mockler : Est-il possible de faire la même chose pour les sénateurs?

Le sénateur Mitchell : Nous devrions.

... cela pose un risque pour la sécurité. Quel est-il? Les gens peuvent entrer dans le Parlement et prendre toutes les photos qu'ils veulent. Comment cette proposition peut-elle poser un risque pour la sécurité? C'est simplement une autre excuse pour ne pas ouvrir les portes du Parlement à l'ensemble des Canadiens.

Certains essaient de faire ajouter Flickr — un site web de partage de photos — à notre site web. L'avocat — quelqu'un de très gentil, je ne le critique pas — a dit que cela pose un problème, puisqu'il est possible que vous soyez photoshoppés. Le président des États-Unis, Barack Obama, utilise Flickr et le premier ministre utilise YouTube. Les gens peuvent vous photoshopper sur n'importe quelle photo prise de vous. Cet argument est grotesque. Ce sont simplement des raisons pour justifier l'inaction. Il nous suffit de trouver des raisons de faire les choses et de trouver la manière de les faire. Nous avons besoin de leadership pour nous permettre de le faire.

Il y a environ trois semaines — et c'est une pure coïncidence —,j'ai appris qu'il existe une unité dans mon école secondaire, soutenue par la province et le conseil scolaire, dans laquelle Terry Godwaldt, un jeune homme fantastique, développe un système permettant d'organiser des réunions et des conférences virtuelles avec des interlocuteurs partout sur la planète. Les élèves de cette école communiquent avec des élèves dans des écoles au Brésil, en Alaska, au Mexique, au Malawi et en Nouvelle-Zélande, entre autres. Je l'ai appelé au sujet de lois sur l'environnement et il m'a proposé de participer à l'une des activités qu'il organise. Je lui ai dit que je ne me trouvait pas à Edmonton, mais à Ottawa. Je suis donc allé dans une école d'Ottawa, où j'étais entouré d'élèves du secondaire rivés sur un écran sur lequel était retransmise l'image de huit ou neuf salles de classe différentes, situées notamment au Brésil, au Texas, en Ohio, en Alaska et au Mexique. J'ai pu parler à ces élèves qui étudient dans des salles de classe aux quatre coins de la planète. Ils se lèvent et posent des questions. Mon école secondaire est située dans un secteur difficile d'Edmonton où les jeunes ont besoin qu'on leur donne une chance. Ils peuvent s'entretenir avec des jeunes du monde entier et leur poser des questions.

Ces jeunes du monde entier peuvent me voir parler en tant que sénateur, mais aucun jeune au Canada ne peut actuellement me voir prononcer ce discours. Cette situation a assez duré, et nous pouvons la changer.

Veuillez s'il vous plait appuyer ici pour lire ce débat dans son intégralité


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