Discours et débats

Motion tendant à reconnaître le risque que pose la prolifération des matières et de la technologie nucléaires pour la paix et la sécurité

Plus sur...

Partager

Commentaires

Lisez les commentaires sur cette page ou ajoutez-en un.
Déclaration faite le 02 juin 2010 par le sénateur Roméo Dallaire

L'honorable Roméo Antonius Dallaire :

Honorables sénateurs, j'aimerais parler de la motion présentée par le sénateur Segal, visant à reconnaître le danger que présente, pour la paix et la sécurité, la prolifération des matières et des technologies nucléaires. Je profiterai également de l'occasion pour attirer votre attention sur quelques points connexes.

Honorables sénateurs, je suis encouragé par les grands pas accomplis au cours de l'année dans la campagne internationale en faveur du désarmement nucléaire. Le Sommet nucléaire de Washington et la coopération sans cesse croissante entre les États- Unis et la Russie semblent confirmer que le problème du nucléaire figure bel et bien au calendrier des priorités internationales.

Par contre, une forte dose de scepticisme demeure quant à savoir si ces mesures mènent vraiment quelque part et si les intentions sont sincères. Je dois avouer que je comprends ce scepticisme. Des années d'initiatives diplomatiques, bien qu'elles aient été encourageantes, n'ont pas toujours eu les résultats que nous aurions été en droit d'espérer. En fait, la situation semble s'aggraver sous plusieurs aspects.

L'initiative opportune et fort à propos de l'honorable sénateur Segal est nécessaire pour établir la position du Canada sur la sécurité et le désarmement nucléaire. Même si le Canada s'est joint aux pays partageant le même point de vue pour favoriser la création de l'Agence internationale de l'énergie atomique en 1957 et l'entrée en vigueur du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en 1970, depuis, le Canada a été remarquablement silencieux. Toutefois, il me semble que nous pourrions faire mieux que de souligner les déclarations et les initiatives des autres.

Je comprends qu'il est important de manifester notre appui à des initiatives comme celles décrites dans la motion. Toutefois, j'estime qu'il est également temps que nous commencions à réfléchir sérieusement à savoir comment le Canada peut contribuer à faire progresser les discussions visant l'abolition des armes nucléaires.

Nous devons nous poser deux questions : le Canada y croit-il vraiment? Le cas échéant, de quelle façon le Canada peut-il mettre à contribution ses ressources pour assurer que les générations à venir vivront dans un monde sans armes nucléaires? Si nous croyons vraiment en cette optique — et je crois que c'est le cas —, il faut en établir la preuve concrète. Nous devons savoir de quelle façon les Canadiens peuvent contribuer de façon crédible et constructive à l'amélioration de la sécurité nucléaire, à l'objectif de non- prolifération des armes nucléaires et, en définitive, à l'objectif du désarmement nucléaire. Notre contribution sur ces plans doit être coordonnée à celles de nos alliés et de la collectivité internationale.

Le Canada possède une expertise et une expérience riche et unique et directement pertinente pour prévenir la prolifération des armes nucléaires. Ne devrions-nous pas en tirer le maximum et mettre ces compétences à profit?

Je crois que le Canada pourrait apporter une contribution inestimable dans le domaine de la vérification. Pratiquement toutes les initiatives énonçant les étapes nécessaires pour parvenir au désarmement nucléaire, y compris celles que contient la motion du sénateur Segal, font ressortir la nécessité d'un système de vérification efficace et, par conséquent, sérieux. L'élément clé d'un tel système, c'est que les inspecteurs aient un accès sans restriction.

Un accord sur le contrôle des armes et le désarmement qui ne comporterait pas de règles strictes de vérification aurait sans aucun doute de graves conséquences : des infractions pourraient être passées sous silence tandis que des accusations non fondées d'infraction pourraient être portées. Cela affaiblirait le système. S'il est impossible de le mettre en place en partant, il serait certainement impossible de maintenir l'engagement et le respect des parties envers ce système.

Certaines institutions ont relevé le défi et ont pensé un système qui pourrait fonctionner. Il y a, par exemple, VERTIC, le Verification Research, Training and Information Centre, situé à Londres, qui fait de la recherche sur les simulations internationales afin de découvrir de nouveaux moyens de vérifier les mesures de contrôle des armes, la non-prolifération et le désarmement.

En dépit de ce travail, il y a certains aspects des propositions existantes qui ne répondent pas aux préoccupations des pays visés. Par exemple, comment peut-on vérifier le respect d'un traité sans compter sur les moyens techniques des pays signataires, sans exiger que les pays divulguent des renseignements classifiés à juste titre et sans porter atteinte à la souveraineté des États? Ce n'est là qu'un des défis juridiques et politiques de la vérification. Du point de vue technologique, les limites de mes connaissances scientifiques m'empêchent de m'avancer beaucoup plus à parler des défis mentionnés.

Cependant, je peux affirmer aux sénateurs que, même si la route devant nous paraît longue et en dépit des connaissances et de l'expertise acquises par l'AIEA depuis qu'elle a commencé à mettre en œuvre ses premiers systèmes de protection contre les conflits nucléaires en 1967, il est possible de progresser et d'atteindre le but. Un des plus grands arguments de ceux qui s'opposent au désarmement, c'est que l'élaboration d'un système crédible de vérification des traités sur le désarmement nucléaire pose des défis complexes d'ordre juridique et scientifique et d'ingénierie. Ces opposants peuvent facilement souligner que les traités internationaux existants n'ont pas empêché certains États de se doter en secret de programmes de développement d'armes nucléaires. Le système de protection contre le nucléaire de l'AIEA a été efficace en ce qui concerne les programmes nucléaires déclarés par les États. Cependant, les programmes clandestins échappent à l'œil de l'agence. Pourquoi nous lancer dans un processus de désarmement si on ne peut pas effectuer de vérifications? Pourquoi engager du capital politique et des ressources diplomatiques dans un système si ceux qui ne le respectent pas ne peuvent pas être pris?

Les pays pourraient davantage unir leurs efforts pour mener les recherches et partager de l'information à ce chapitre. Cette possibilité est intéressante non seulement parce qu'elle permettrait d'améliorer la réflexion et les moyens disponibles pour effectuer des vérifications mais aussi parce qu'elle susciterait la confiance entre les pays qui collaborent pour surmonter des problèmes communs. Nous pouvons voir que la nécessité d'agir et les possibilités dans ce domaine sont manifestes.

Où le Canada se situe-il dans tout cela? Les sénateurs savent peut- être que le Canada est depuis longtemps un fier chef de file dans le domaine de la recherche et de la vérification pour le contrôle des armements et le désarmement. En réunissant la crème des spécialistes de la fonction publique, des milieux universitaires et du secteur privé, le Canada a pu mettre au point d'importants outils technologiques, juridiques et institutionnels de vérification. Nous pouvons à juste titre affirmer que ces outils représentent une contribution importante au cadre international dans lequel les ententes importantes de contrôle des armements ont été négociées et mises en application en Europe dans les années 1980.

Mon but n'est pas de ressasser les initiatives ou les éloges du passé bien que, en passant, il convient de souligner que le Programme de vérification et de recherche fonctionne très bien avec un budget annuel de seulement 1 million de dollars. Je veux plutôt attirer l'attention sur la capacité démontrée du Canada de répondre aux besoins de la communauté internationale de manière très concrète et utile, comme il l'a déjà fait.

C'est le genre de réflexion que nous devons faire maintenant. Nous avons besoin du leadership de ce pays. Nous avons besoin que la matière grise de ce pays joue ce rôle. La vérification n'est qu'un des aspects essentiels à l'objectif de désarmement et, à ce titre, il ne peut être considéré comme relevant uniquement de la volonté politique des grandes puissances. Pour atteindre cet objectif, il faudra que des pays comme le Canada déploient des efforts constants pour promouvoir la transparence, jouer le rôle d'intermédiaire impartial et mettre en œuvre tous les processus multilatéraux requis. C'est ainsi que nous ouvrirons la voie. De plus, les mesures en vue de renforcer les mécanismes de vérification devraient être accompagnées d'efforts soutenus pour résoudre certains des problèmes qui mènent à la prolifération, comme la pauvreté et les tensions régionales et mondiales, notamment au Moyen-Orient et en Extrême-Orient.

Le premier ministre devrait manifester un appui solide à cet égard en dénonçant régulièrement la prolifération nucléaire et en prônant le désarmement, mais pas uniquement dans le cadre de pourparlers portant expressément sur le sujet, comme le sommet de Washington. Le message doit être envoyé de façon constante et dès que l'occasion se présente. Le Canada doit être clairement et fortement associé à la résolution de ces menaces à la paix et à la prospérité dans le monde et s'opposer aux armes nucléaires sur la scène internationale.

J'aimerais également attirer l'attention de cette Chambre sur une autre question liée à cette motion, à savoir l'absence de toute déclaration concernant l'Arctique — et je parle du Grand Nord.

L'Arctique devient de plus en plus facile d'accès et les pays voisins se font la lutte pour obtenir leur part de ces côtes et de ces fonds marins. Par conséquent, nous pouvons nous attendre à une certaine militarisation. Jusqu'à présent, le processus a été surtout pacifique et de nature coopérative. Ainsi, nous pouvons déclarer qu'il n'y a pas de place pour les armes nucléaires dans l'Arctique.

Le groupe Pugwash Canada, de concert avec une multitude d'autres organisations internationales, a consacré les dernières années à étudier le problème et à réunir des appuis en faveur d'une zone arctique dénucléarisée. Dans le cadre de cette campagne, on demande aux pays de l'Arctique qui n'ont pas d'armes nucléaires, comme le Canada, de prendre les mesures suivantes : premièrement, négocier une zone dénucléarisée qui doit être établie sur leur propre territoire, au nord du cercle Arctique;

Deuxièmement, inclure les États disposant d'armes nucléaires dans ces négociations, à titre de mesures préliminaires, pour que ces États englobent leur propre territoire de l'Arctique dans la zone arctique dénucléarisée; troisièmement, dans le but de promouvoir activement une approche par étape, viser d'abord les territoires terrestres, puis, par négociation, les espaces aériens et marins; quatrièmement, exiger de l'OTAN qu'elle enlève toute restriction imposée aux États membres de l'organisation et qui empêcherait la création d'une zone arctique dénucléarisée, par exemple, une entente de stationnement de leurs armes nucléaires sur leur territoire en temps de guerre.

C'est un enjeu sur lequel le Canada doit se pencher sérieusement. Créer une zone arctique dénucléarisée serait un processus à longue échéance. Le façonnage de l'Arctique est l'occasion de lancer cette initiative, car ce créneau ne nous sera pas offert bien longtemps.

Honorables sénateurs, je vous prie d'appuyer la motion du sénateur Segal. Elle constitue un effort important dans le but de stimuler le débat dans notre pays et d'attirer l'attention sur un enjeu dans lequel le Canada peut et doit s'impliquer plus activement. Les armes nucléaires, par leur nature même, menacent les droits de la personne partout sur la planète. Nous devons profiter des possibilités qui nous sont offertes et faire tout en notre pouvoir pour faire en sorte que ce monde soit plus sûr pour les générations à venir.

Pour conclure, j'aimerais raconter une anecdote concernant un discours que j'ai prononcé dans une école secondaire située au sud de Winnipeg. Après mon discours, une élève m'a posé la question suivante : comme nous avons la possibilité d'anéantir complètement l'environnement et de détruire tout ce qui se trouve sur la surface de la Terre, pourquoi devrions-nous nous soucier des sacs de plastique et de l'eau polluée?

J'ai réfléchi, puis j'ai reconnu qu'elle avait raison. Nous disposons d'armes nucléaires qui peuvent vraiment tout détruire.

Il est assez surprenant que, depuis 20 ans, soit depuis la fin de la guerre froide, les pays développés aient investi près d'un billion de dollars dans la modernisation des armes nucléaires, et ce, sans aucune raison. Nous n'avons pas investi un billion de dollars dans la protection de l'environnement.

Il ne faut pas se surprendre si les jeunes Canadiens jugent que nous défendons des points de vue contradictoires et que nous ne sommes pas tout à fait cohérents quant à la façon dont nous envisageons l'avenir de la planète et de l'humanité.


Déclarations récentes des sénateurs libéraux

Les avantages économiques de la pêche récréative au saumon de l'Atlantique—Interpellation

17 mai, 2012 | Par le sénateur Wilfred Moore | Honorables sénateurs, je suis heureux de participer au débat sur l'interpellation du sénateur Michael A. Meighen sur les avantages économiques de la pêche récréative au saumon de l'Atlantique au Canada.

Deuxième lecture du projet de loi S-9, Loi modifiant le Code criminel (Loi sur le terrorisme nucléaire)

17 mai, 2012 | Par le sénateur Roméo Dallaire | Honorables sénateurs, décidément, vous allez être obligés de m'endurer encore pour un autre 45 minutes, mais je vais tenter de faire ce que mes confrères américains marines m'ont enseigné. Je vais essayer de faire une utilisation efficace de mon temps et d'abréger.

Les projets des satellites de communication et RADARSAT

17 mai, 2012 | Par le sénateur Roméo Dallaire | Le premier ministre a-t-il articulé une politique selon laquelle il s'engage à veiller sur l'Arctique, et plus tard, lorsque des fonds seront réaffectés, changera-t-il sa philosophie de fond sur le désir de faire avancer le dossier de la souveraineté dans l'Arctique?

La recherche dans l'Arctique

17 mai, 2012 | Par la sénatrice Claudette Tardif | Pourquoi le gouvernement investit-il dans l'infrastructure de l'Arctique sans établir de plan pour garder ces importantes installations opérationnelles?

La Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie

17 mai, 2012 | Par la sénatrice Elizabeth Hubley | Est-ce vrai? Est-ce un autre exemple de la préférence marquée du gouvernement pour les décisions fondées sur l'idéologie plutôt que sur les données probantes?
« 1 2 3 4 5  ... »