Déclaration faite le 08 juin 2010 par le sénateur Charlie Watt
[Note de la rédaction : Le sénateur Watt s'exprime en inuktitut — La traduction suit.]
L'honorable Charlie Watt :
Honorables sénateurs, après le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique, la Journée mondiale des océans donne aux Canadiens une occasion essentielle de réfléchir. Je veux parler aujourd'hui de l'état des eaux arctiques du Canada, particulièrement du problème de la contamination et de la pollution. L'exploration et le forage pétroliers et gaziers en mer préoccupent beaucoup les Canadiens, tout comme le déversement d'autres polluants dans nos eaux arctiques.
Au cours des deux dernières semaines, on a recommencé à réclamer un moratoire sur le forage dans la mer de Beaufort. Les risques environnementaux et les mesures à prendre doivent être étudiés et évalués de façon adéquate, et des plans d'intervention en cas de déversement de pétrole doivent être mis au point.
Depuis des années, à titre de membre du Comité sénatorial permanent des pêches et des océans, je dis ouvertement qu'il serait impossible d'intervenir s'il y avait un important déversement de pétrole dans les eaux de l'Arctique — la terre des Inuits. Le matériel qu'il faudrait pour le nettoyage n'existe tout simplement pas. Il est irresponsable de sanctionner ce genre d'activité.
Ceux parmi nous qui vivent près des eaux arctiques et qui en dépendent ne font pas confiance à la capacité du gouvernement fédéral à gérer des déversements qui contamineraient nos eaux. Son bilan est peu reluisant. La communauté scientifique doit écouter les Inuits et respecter leurs connaissances traditionnelles.
La semaine dernière, La Presse Canadienne a rendu publics les résultats d'une enquête sur le Système national de renseignements sur l'application de la loi reliée à l'environnement. Il s'agit de renseignements fiables tenus par Environnement Canada. Il semble que ces renseignements nous aient été cachés et qu'Environnement Canada ne s'acquitte pas de son mandat, qui est de protéger l'environnement et ses habitants.
La base de données donne des détails concernant le déversement de millions de litres de contaminants nocifs dans nos eaux arctiques, y compris des eaux usées et du carburant d'aviation. L'un des plus fréquents transgresseurs et pollueurs des eaux arctiques est le gouvernement du Canada. Le ministère des Pêches et des Océans, le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, la Gendarmerie royale du Canada et la Garde côtière canadienne figurent sur la liste des transgresseurs.
Honorables sénateurs, les plus importants déversements, par la quantité, sont les déversements d'eaux usées. Le manque d'infrastructures adéquates à ce chapitre constitue un problème chronique dans le Nord. Les produits pétroliers représentent près des deux tiers de tous les déversements survenus dans le Nord. Selon la base de données d'Environnement Canada, de janvier 2004 à novembre dernier, il y a eu dans l'ensemble du Nord 75 déversements de diésel, qui s'est ensuite jeté dans l'océan Arctique. Viennent ensuite 28 déversements d'eaux usées, 26 déversements d'autres contaminants inconnus et 25 déversements de carburéacteur.
Nous devons nous préoccuper de ces menaces pour les eaux arctiques du Canada. À mon avis, pendant que le gouvernement fédéral du Canada passe en revue les règlements en matière de protection de l'environnement dans l'Arctique, il devrait aussi se pencher sur la pollution dont il est la cause dans l'océan Arctique et examiner les façons d'y remédier. Je recommande également une plus grande transparence au sujet des déversements qui surviennent dans nos eaux.
La Presse Canadienne rapporte qu'il a fallu attendre deux ans et porter plainte auprès du commissaire à l'information pour forcer Environnement Canada à rendre publics ces renseignements en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. C'est inacceptable. Tous les Canadiens devraient avoir facilement accès aux renseignements concernant les déversements dans nos eaux et de leur contamination.