Déclaration faite le 08 juin 2010 par le sénateur Tommy Banks (retraité)
L'honorable Tommy Banks :
Honorables sénateurs, l'étude de ce projet de loi est particulièrement pertinente aujourd'hui, car le gouvernement vient d'annoncer qu'il n'a atteint que le dixième des objectifs qu'il s'était fixés en ce qui concerne les taux d'émissions.
Il y a deux choses que nous pouvons faire lorsque nous n'atteignons pas le but que nous nous étions fixé. Nous pouvons soit modifier le but, et c'est ce que le gouvernement fait aujourd'hui, ou nous pouvons redoubler d'efforts afin d'atteindre notre but.
Comme le sénateur Mitchell nous l'a dit, l'objet du projet de loi dont nous sommes saisis n'est pas très loin du but et du programme du gouvernement. Le but exprimé dans le projet de loi est un peu plus ambitieux, mais il ne va pas beaucoup plus loin que le but que le gouvernement s'est fixé.
Toutefois, il y a des Canadiens, y compris quelques sénateurs, qui ont et qui expriment des réserves, voire des doutes, quant à l'existence des changements climatiques et à la contribution humaine à ces changements. Ce que je dis est vrai.
Il est impossible de répondre à la question de savoir si nous contribuons réellement aux changements climatiques. Dans un sens ou dans l'autre, nous ne pouvons faire que des hypothèses. Pour la plupart d'entre nous, nous fondons nos hypothèses sur les données scientifiques disponibles. Ces données nous rallient, mais il n'en demeure pas moins que nous ne faisons que des hypothèses. Tous font des hypothèses. Je pourrais comparer cela aux paris que l'on faits aux courses. Parfois, lorsqu'on parie, on ne tient aucunement compte de l'information fournie sur le formulaire quant au rendement du cheval par le passé, voire des conseils des pronostiqueurs. Il arrive qu'on parie parce qu'on a un pressentiment, qu'on aime la robe du cheval ou qu'on a envie de tenter le hasard.
Au plan des changements climatiques, en ce qui concerne leur atténuation ou notre adaptation, c'est un peu comme si nous pariions. Nous parions sur l'avenir de la planète. Nous parions sur l'avenir, peut-être pas en dépit des arguments invoqués quant à l'avenir de nos enfants et de nos petits-enfants, mais sur notre avenir, car il y a des pronostiqueurs qui disent que la situation se détériore de façon exponentielle. Nous parions sur notre avenir.
J'ai demandé à des parieurs expérimentés, des copains à moi qui parient aux courses de chevaux, des parieurs invétérés, de réfléchir à la question en termes de paris simples. Je leur ai demandé de prendre en compte les scénarios les plus extrêmes, de manière à ce que les choix soient clairs : pas de stratégies de couverture, pas de paris jumelés, pas de triplés, mais des paris simples. Ces parieurs ne plaisantent pas. Ils pourraient parfois mettre littéralement la main au feu. Ils comprennent le hasard et le sens du risque. Voici ce qu'ils m'ont dit.
Ils ont examiné les pires prédictions, les prédictions les plus pessimistes, et les ont assimilées à un facteur unique. Ils ont ensuite examiné les prédictions opposées dans chaque cas, avant de conclure que les pires prédictions ne sont pas fondées et que, quels que soient les problèmes, nous ne sommes pas responsables. Ils ont conclu que, pour gagner notre pari, nous n'avons pas à savoir quel résultat serait le bon. Pour gagner notre pari, il n'est pas nécessaire de savoir si ce sont les écolos ou les négateurs qui ont raison. C'est bien s'ils ont raison, car nous n'avons nous-mêmes aucune certitude.
Je leur ai dit que je ne comprenais pas comment on peut faire un pari sans croire en l'un des deux résultats opposés. Ils m'ont répondu qu'il ne fallait pas être impatient, qu'ils n'avaient pas encore terminé. Ils ont ajouté que, pour faire le bon pari, nous devons examiner les possibilités opposées de façon à faire des comparaisons directes et à prendre les décisions appropriées. Cependant, il est impossible de prévoir l'issue avec certitude. Comme il s'agit d'effets et non de causes, nous devons tenir compte des autres facteurs.
Leur raisonnement se fonde sur un simple choix entre deux résultats. L'un de ces résultats est que tous les arguments voulant que nous sommes la cause des changements climatiques, petits ou grands, ne seraient pas fondés. L'autre, c'est que c'est vrai. Il est essentiel de comprendre que personne ne sait avec certitude comment évoluera la planète. Toutes les personnes raisonnables, peu importe quelle est leur position, doivent être prêtes à reconnaître un jour ou l'autre qu'elles ont fait une erreur. Les seules personnes qui ne changent jamais d'idée, ce sont les imbéciles. Il y a deux possibilités : la première, c'est que les humains contribuent aux changements climatiques; la deuxième, c'est qu'ils n'y sont pour rien.
Nous arrivons à l'autre élément de la question, soit celle qui a trait à ce sur quoi nous pouvons avoir une influence, c'est-à-dire ce que nous devrions ou ne devrions pas faire, les mesures que nous devrions prendre ou ne pas prendre. Nous avons une influence sur ces choses. Encore là, il y a deux côtés à la médaille. Nous pouvons prendre des mesures déterminantes ou nous pouvons ne rien faire. N'oubliez pas que nous parlons ici de résultats extrêmes.
Par conséquent, nous avons quatre scénarios possibles. Le premier, c'est que nous prenons des mesures déterminantes, mais, au bout du compte, elles ne sont pas nécessaires. Le deuxième, c'est que nous ne prenons aucune mesure déterminante, et c'est une bonne chose parce que ces mesures ne sont pas nécessaires. Le troisième, c'est que nous prenons des mesures et ces mesures sont nécessaires. Le quatrième, c'est que nous ne prenons aucune mesure déterminante, mais nous devrions le faire parce que de telles mesures sont nécessaires.
Notre premier pari, c'est que nous prenons des mesures déterminantes et, au bout du compte, nous constatons que la panique était exagérée parce que nous ne contribuons pas au problème. Quels sont les risques liés à ce scénario? Ce pourrait être une perte colossale d'argent et certains d'entre nous s'inquiètent d'une augmentation des impôts, d'un accroissement excessif du fardeau de la réglementation, d'un gouvernement qui se fourre le nez partout et, pour aller jusqu'au bout, car, n'oubliez pas que nous parlons de scénarios extrêmes, des mises à pied massives entraînées par le ralentissement économique et la stagnation attribuables aux règlements radicaux qui causent une récession, allant jusqu'à une dépression et à des perturbations économiques mondiales qui donnent à la crise économique actuelle des apparences de tempête dans un verre d'eau. Ce serait très coûteux.
Le deuxième pari, c'est de ne prendre aucune mesure majeure qui, de toute manière, ne sont pas nécessaires. Ce serait un bon pari. Nous ne faisons rien et, au bout du compte, nous n'avons besoin de ne rien faire. Quels sont les inconvénients de ce pari? Il n'y en a aucun. Quels sont les risques? Il n'y en a aucun puisque, finalement, nous n'avons rien à voir dans les changements climatiques. Nous gagnons sur toute la ligne.
Voyons maintenant le troisième pari, qui est que nous prenons des mesures d'envergure, et c'est une bonne chose parce qu'il s'avère que les environnementalistes ont raison. Quels sont les risques du troisième pari? Nous devons assumer tous les coûts, mais on constate que c'est de l'argent sagement dépensé. Nous subissons la catastrophe économique entraînée par ces dépenses, mais nous sauvons la planète. Nous pouvons continuer d'y vivre. C'est un résultat raisonnablement positif.
Examinons maintenant le quatrième pari, celui de n'avoir pris aucune mesure déterminante alors que nous aurions dû le faire parce qu'il s'avère que les prophètes de malheur avaient raison. Nous devons envisager les scénarios extrêmes dans ce cas également. Dans le cas du pari no 4, les extrêmes sont une horrible éventualité. Si nous devons un jour donner raison à ceux qui croient que les changements climatiques et leurs conséquences sont causés par les êtres humains et que nous avons fait le pari no 4, nous serons vraiment dans de sales draps. Nous serons aux prises avec des situations catastrophiques dans tous les domaines, soit dans les sphères économique, politique, sociale et environnementale ainsi qu'en santé publique. Les catastrophes seraient partout et à l'échelle mondiale. C'est le pire des scénarios et celui où les risques sont les plus grands. Cela engendrerait une hausse du niveau de la mer de plusieurs mètres, des guerres pour l'accès à de l'eau potable, des sécheresses, des forêts agonisantes, le chaos sur le plan social, des inondations et la disparition progressive des terres arables. Ce serait la totale : famines, maladies, incendies, ouragans et effondrement de l'économie mondiale. Au regard de ce scénario, on pourrait accuser Al Gore de maquiller et d'édulcorer la réalité.
Donc, les paris nos 1 et 4 auraient des conséquences extrêmement négatives, et les paris nos 2 et 3 auraient des conséquences positives. Même si nous n'aimons pas ces exemples extrêmes, même si nous envisageons des facteurs et des résultats beaucoup plus modérés, les conseils suivants donnés par ces pronostiqueurs demeurent valables. Notre avenir ressemblera plus ou moins à l'un des résultats de ces paris. Comme nous ne savons pas si nous contribuons réellement aux changements climatiques, nous ne pouvons pas savoir lequel de ces scénarios se réalisera. Nous savons cependant si nous allons prendre des mesures déterminantes. Nous avons le pouvoir de le faire. C'est la seule certitude que nous ayons.
C'est tout comme pour une loterie, ou un pari. Ou bien nous achetons le billet A, qui nous fait prendre des mesures déterminantes, ou bien nous achetons le billet B, selon lequel nous ne prenons pas de mesures déterminantes. Si nous achetons le billet A et prenons des mesures, que risquons-nous? Dans le pire des scénarios, nous risquons d'engendrer une dépression économique mondiale. S'il s'avère que le billet A était le bon, et que nous avons pris des mesures déterminantes à juste titre, il valait la peine de courir ce risque parce que, malgré la dépression, nous avons encore un monde vivable. Si nous achetons le billet A et que nous perdons le pari, c'est-à-dire qu'il n'était pas nécessaire d'engendrer cette dépression économique mondiale parce que nous ne contribuons en rien aux changements climatiques, nous sommes aux prises avec une dépression économique.
Quel risque encourons-nous si nous achetons le billet B et ne prenons pas de mesures déterminantes? Bien sûr, si nous gagnons ce pari, si nous ne contribuons pas tellement aux changements climatiques, s'il n'y a pas de raison de s'inquiéter, nous serons tous heureux parce que nous ne contribuons pas au problème, nous n'aurons pas à composer avec une dépression et la situation sera relativement tolérable. Quel est l'inconvénient si nous perdons ce pari, c'est-à-dire si nous constatons que nous aurions dû dépenser cet argent, que nous aurions mieux fait de composer avec les inconvénients, et que le pire des scénarios se réalise? Nous avons une dépression économique mondiale, une catastrophe au plan politique, une catastrophe au plan social, une catastrophe environnementale, une catastrophe au plan de la santé et ainsi de suite.
Lorsque nous décidons lequel de ces paris nous allons faire, lequel de ces risques nous allons prendre, mes amis amateurs de courses de chevaux choisiraient le pari qui a la plus courte liste de pires conséquences possibles. C'est la liste qui ne contient qu'un élément : une dépression économique mondiale. C'est ce que nous risquons si nous achetons le billet A, si nous prenons des mesures qui se révèlent non nécessaires. Par contre, la liste des pires conséquences possibles si nous achetons le billet B est longue, ce qui en fait un mauvais pari. Nous ne sommes pas maîtres de ce que la Terre fera, mais nous sommes maîtres de ce que nous faisons. Nous pouvons décider quel pari nous ferons, celui qui n'a qu'un élément sur la liste des pires conséquences possibles ou celui qui a une longue liste de pires conséquences possibles, celui où nous risquons tout.
Devons-nous choisir ou deviner? La réponse à cette question devrait être évidente. Nous pouvons vivre dans ce monde si nous perdons notre pari avec le billet A. Ce ne sera pas une partie de plaisir, mais nous pouvons survivre si nous perdons ce pari. Cependant, aucun de nous ne voudrait vivre dans le monde que nous aurions si nous perdions notre pari avec le billet B, le pari facile, celui de ne pas prendre les mesures les plus rigoureuses. Le jeu n'en vaut tout simplement pas la chandelle, et c'est exactement ce dont il est question dans ce projet de loi. Il est question du choix que nous faisons dans le seul élément de ces scénarios que nous pouvons contrôler, soit la décision de prendre ou non des mesures rigoureuses. C'est ce qu'ont dit les amateurs de courses de chevaux et c'est pourquoi je voterai en faveur de ce projet de loi et pourquoi nous devrions tous voter en faveur de ce projet de loi.