Publié par le sénatrice Joyce Faibairn le 26 mai 2008
Au printemps de 2006, le Comité sénatorial
permanent de l’agriculture et des forêts, que j’ai l’honneur de présider, a été
autorisé à étudier, en vue d’en faire rapport, la pauvreté rurale et le déclin
des régions rurales. Après plus de deux
ans durant lesquels nous avons entendu au-delà de 330 témoins, rendu visite à
plus de 20 petites villes dans toutes les provinces et tous les
territoires et reçu d’innombrables mémoires, je suis heureuse de pouvoir dire
que nous mettons enfin la touche finale à notre rapport qui devrait, sauf
imprévu, être publié en juin 2008.
La route a été longue, mais il était grand
temps de la faire. À la connaissance du
Comité, aucun autre comité parlementaire fédéral n’a consacré un rapport
exclusivement à la pauvreté rurale, bien que la question ait été abordée dans
des études plus générales de la pauvreté comme dans le rapport de 1971 du Comité
spécial du Sénat sur la pauvreté intitulé La pauvreté au Canada.
Ce sont la persistance des faibles revenus
agricoles et les répercussions de cette tendance sur les régions rurales qui
ont amené le Comité à s’intéresser à la pauvreté rurale. Depuis le début de notre étude, les prix des
céréales ont augmenté, tout comme ceux du carburant, des engrais et des autres
intrants agricoles (d’ailleurs, le Comité tient actuellement des audiences sur
la hausse des prix des intrants agricoles).
Par ailleurs, les prix du porc et du bœuf se sont effondrés, ce qui a suscité
une crise financière dans les secteurs concernés, question qui fait l’objet du
rapport L’élevage du bétail en crise publié par le Comité en décembre 2007. Dans ce rapport, le Comité a recommandé que le
gouvernement fédéral intervienne pour remédier aux graves problèmes de
liquidités des éleveurs de bétail. Cela
dit, il importe de bien se rendre compte que la pauvreté rurale va bien au-delà
de la pauvreté des agriculteurs. En
fait, comme l’ont fait valoir de nombreux témoins, politiques agricoles et
politiques rurales ne sont pas nécessairement synonymes.
Nous nous sommes vite rendu compte de
l’énormité de la tâche qui nous attendait et nous avons fait appel à des
universitaires, des fonctionnaires et des organisations communautaires pour
nous aider à régler d’épineux problèmes de définition et à définir les thèmes
entourant la pauvreté rurale et le déclin des régions rurales. Leur témoignage est à la base du rapport
intérimaire du Comité intitulé Comprendre l’exode : lutte contre la pauvreté
rurale paru en décembre 2006. Le rapport
intérimaire ne contenait pas de recommandations, mais a servi de point de
départ à des discussions et des consultations, en particulier lors des visites
du Comité dans les collectivités rurales.
Quand on étudie la pauvreté rurale, il est
absolument essentiel de se dégager des concepts théoriques et d’aller
rencontrer les habitants des régions rurales en personne pour connaître leurs
préoccupations et se faire une idée de leur situation. Pour le Comité, il était important aussi de
se rendre dans toutes les provinces et tous les territoires. On pourrait dire en fait que, pour concevoir
de bonnes politiques pour les régions rurales, il faut savoir écouter et
prendre conscience des disparités considérables qui existent entre les
différentes régions du Canada rural.
Le Comité a ainsi appris que les groupes
les plus vulnérables sont les personnes âgées, les parents seuls et les
personnes handicapées, car en région rurale, les bureaux des services de santé
et des services sociaux sont souvent loin et le transport en commun est
pratiquement inexistant. En outre, les
auteurs d’une étude récente de l’Institut canadien d’information sur la santé
ont conclu que, en raison de divers facteurs socio-économiques, l’espérance de
vie des habitants des régions rurales est moindre que celle des habitants des
agglomérations urbaines.
Les résultats du dernier recensement (2006)
montrent que la part de la population rurale dans l’ensemble de la population canadienne
est tombée sous la barre des 20 p. 100 pour la première fois dans
l’histoire de notre pays. Ce constat
s’inscrit dans la longue tendance à la baisse de la population rurale, laquelle
vient exacerber le problème de pauvreté.
Par ailleurs, un important segment de la population active approche de
l’âge de la retraite. Si rien n’est
fait, de nombreuses collectivités rurales pourraient donc subir une baisse
rapide de la population en âge de travailler.
Les conséquences de ce phénomène seront d’autant plus graves que ces
collectivités ont déjà une faible population.
Il s’ensuit un cercle vicieux dans les
collectivités éloignées, souvent dépendantes des ressources : faute d’une
masse critique suffisante, les investissements dans les services publics, l’infrastructure
et l’entreprise stagnent, les emplois manquent, d’où migration des jeunes et
nouvelle baisse de la population, et ainsi de suite.
Le rapport du Comité proposera des mesures
propres à stopper et à renverser le déclin des régions rurales. Je n’ai pas la naïveté de croire que nous
pouvons sauver toutes les collectivités rurales, mais je suis persuadée que le
gouvernement peut faire quelque chose et que l’on peut compter sur l’initiative
de la population pour revitaliser les régions rurales. Bref, le gouvernement fédéral doit soutenir
et faciliter l’action, mais il doit se garder d’en dicter les détails. À tout le moins, il doit s’intéresser
davantage au sort des collectivités rurales, car notre avenir en dépend – une
saine économie rurale est essentielle à un pays fort. Avec chaque collectivité rurale qui s’éteint,
nous perdons un peu de nous-mêmes, de notre patrimoine, de notre avenir et la
possibilité d’un mode de vie différent.
Joyce Fairbairn
Présidente du Comité sénatorial permanent de
l’agriculture et des forêts