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Les changements climatiques et le Nord du Canada

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Publié par le sénateur Grant Mitchell le 15 novembre 2010

Les changements climatiques dans le Nord canadien ne devraient pas être utilisés par le présent gouvernement simplement comme un prétexte pour acheter un nouvel équipement militaire. Ces changements transformeront radicalement les collectivités et les écosystèmes et commencent à soulever des questions de souveraineté dans l’Arctique. Pour ne pas être contrarié, le premier ministre a focalisé l’attention de son gouvernement sur ce dernier point d’une manière exceptionnelle. Le paradoxe, cependant, c’est que le gouvernement n’accorde beaucoup d’intérêt à la souveraineté du Canada dans le Nord qu’en raison des changements climatiques, un problème que M. Harper a presque toujours nié et auquel il a systématiquement refusé de s’attaquer de façon significative.

Le Nord s’est révélé particulièrement vulnérable aux changements climatiques, car les températures qui y sont enregistrées augmentent beaucoup plus rapidement que dans la plupart des autres régions du monde. Cette situation a fait en sorte que la calotte glacière a fondu à un rythme sans précédent et a par conséquent permis l’ouverture de passages maritimes sur lesquels plusieurs pays réclament maintenant la souveraineté. Les changements climatiques ont également donné accès et promis de donner accès à des terres et à des ressources sous-marines sur lesquels aucun pays n’a jamais songé à revendiquer la souveraineté parce qu’elles n’étaient tout simplement pas accessibles.

Ces changements ont influé sur le mode de vie traditionnel et les moyens de subsistance des Autochtones et des Inuits et ont réduit la durée de vie annuelle des routes de glace, ce qui a compliqué l’approvisionnement des collectivités du Nord. La fonte du pergélisol commencera à fragiliser et à détruire les routes et les constructions. Bref, les changements climatiques empêcheront les habitants du Nord d’exercer la souveraineté de notre pays sur la terre, la mer et les ressources qu’elles contiennent en démontrant qu’ils les utilisent régulièrement.

M. Harper n’a rien fait pour lutter contre les changements climatiques, même s’ils sont à la source de tous ces problèmes. Il est tout simplement incroyable que l’énoncé de la politique étrangère du Canada pour l’Arctique, présenté cet été par son ministre des Affaires étrangères, ne mentionne pas les « changements climatiques ». Il semble également de plus en plus improbable que quelque engagement significatif que ce soit ne soit pris pour contrer ces changements dans un avenir proche. La politique du gouvernement en matière de changements climatiques est basée sur celle des É.-U., et après la victoire des républicains aux élections américaines de mi-mandat, le système de plafonnement des émissions et d’échanges de droits proposé par le gouvernement, de même que ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 semblent bel et bien « morts dans l’œuf ». (Nous pouvons donc raisonnablement nous poser la question suivante : puisque la politique de ce gouvernement en matière de changements climatiques consiste à imiter les É.-U., et puisque le gouvernement américain sera à présent contraint de prendre des décisions dictées par un Congrès républicain, dirigé par le Tea Party, serait-il possible que la politique sur les changements climatiques de notre pays soit déterminée par ce Tea Party américain?)

Tous les programmes gouvernementaux sur les changements climatiques se sont à peu près résumés à de beaux discours, et peu de mesures ont été réellement prises pour contrer ces changements et établir un lien entre leurs effets possibles et les cibles de réduction. Détail dont on doit rire à défaut d’en pleurer : le gouvernement, dans son site web sur la Stratégie pour le Nord souligne que le plan Prendre le virage constitue l’une de ses principales réalisations et initiatives. En revanche, ce plan qui aurait inclus un système de plafonnement d’émissions et d’échanges de droits est en réalité resté lettre morte depuis si longtemps que la Table ronde l’a éliminé de son examen des programmes gouvernementaux sur les changements climatiques et les progrès accomplis parce que rien n’a été fait pour le mettre en œuvre. Si le gouvernement avait fait un quelconque effort pour au moins commencer à respecter ces cibles de réduction d’émissions d’ici 2020, on pourrait au moins se demander comment il pourrait s’en rapprocher ne serait-ce qu’un peu. Dans la situation actuelle, il ne fait aucun doute qu’il n’a pas la moindre intention de faire quoi que ce soit.

Il existe deux façons particulières d’asseoir notre souveraineté dans le Nord. L’une consiste à acheter du matériel pour les militaires et peut-être pour les gardes-côtes. Manifestement, c’est ce que préfère le gouvernement, qui utilise la souveraineté dans l’Arctique comme une justification parmi tant d’autres pour dépenser 16 milliards de dollars en avions de chasse alors que le pays accuse un déficit de 56 milliards de dollars. M. Harper a annoncé à maintes reprises la construction d’un brise-glace spécial avant la fin de la décennie, de plusieurs navires de patrouille spécialisés encore dans les cartons et d’un nouveau port d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, mais toujours à l’état de projet. Ces décisions pourraient être utiles dans l’établissement de notre souveraineté.

Mais dans les affaires portées devant les tribunaux internationaux, il est préférable, pour affirmer la souveraineté d’un pays sur une région donnée, d’invoquer l’utilisation du territoire par ses habitants plutôt que les activités militaires qu’on y mène. Or les changements climatiques empêchent les habitants du Nord d’utiliser ce territoire. En 2013, l’ONU examinera les revendications territoriales du Canada dans l’Arctique et analysera le principe « utilisez-le ou perdez-le », adopté par M. Harper lui-même. Un gouvernement qui cherche à affirmer la souveraineté du Canada dans le Nord doit aider les habitants de cette région là où ils vivent en tenant compte de la façon dont ils vivent. La sauvegarde du Nord de notre pays ne peut se limiter à un exercice militaire ou à une question de brise-glace, bien que cette idée puisse plaire aux conservateurs. Elle exige la mise en place de mesures exhaustives d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à ceux-ci ainsi qu’un soutien social et économique afin que nos concitoyens du Nord puissent exploiter pleinement cette région dans leur vie quotidienne.

Il faut reprendre ce débat. Si nous voulons vraiment défendre le Nord (pour utiliser la terminologie militariste adoptée par les conservateurs), nous n’avons pas tant besoin d’avions de chasse que de programmes pour lutter contre les changements climatiques et aider les résidents du Nord à résoudre leurs problèmes socio-économiques.


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