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Cinq années d’immobilisme conservateur dans le dossier des changements climatiques

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Publié par le sénateur Grant Mitchell le 11 avril 2011

Cinq ans après l’arrivée au pouvoir de M. Harper, je suis conscient d’avoir dit sur tous les tons qu’il se fiche des changements climatiques. Le récent budget fédéral en est un autre exemple. Les conservateurs nous ont montré leur vraie couleur, et ce n’était pas le vert.  

Le budget prévoit des milliards de dollars pour des avions à réaction et des prisons et des réductions d’impôt pour les sociétés représentant 60 milliards de dollars sur dix ans, mais il n’accorde que des miettes à la lutte contre les changements climatiques. M. Harper ne ménagera aucun effort pour s’attaquer à des risques surévalués afin de justifier son programme de maintien de l’ordre, mais il s’entête à ne prendre aucune mesure pour combattre la menace mondiale que sont les changements climatiques, lesquels représentent des risques bien réels pour le Canada.  

Tous les discours creux qui ont précédé le budget n’ont servi que les intérêts des conservateurs. Ils ont affecté tout juste assez de fonds au programme d’écorénovation de l’habitation pour se donner d’autres arguments leur permettant de continuer à faire croire que le Canada a un plan pour lutter contre les changements climatiques. Grâce à l’immobilisme des conservateurs, il n’en a pas.

Même Environnement Canada a reconnu l’échec imminent du gouvernement à respecter ses propres objectifs de lutte contre les changements climatiques. Si l’on applique seulement les politiques actuelles, les émissions pourront dépasser de près de 30 % la cible que les conservateurs se sont engagés à respecter au Sommet de Copenhague. Il est étonnant que, sachant tout cela, le ministre de l’Environnement, Peter Kent, ait pu garder son sérieux lorsqu’il a déclaré en janvier dernier : « Le Canada dispose d’un plan crédible pour faire face à ses défis environnementaux. Et nous avons accompli énormément de progrès dans sa mise en œuvre. » J’aimerais bien le voir ce plan! Sans un programme de grande portée, le seul résultat crédible de la politique de M. Harper en matière de changements climatiques sera l’immobilisme.

Un résumé des cinq années de politique conservatrice en matière de changements climatiques montre jusqu’où M. Harper est prêt à aller pour éviter de prendre des mesures afin de lutter contre le problème. Le Canada a eu en moyenne un ministre de l’Environnement différent chaque année, et chacun d’eux avait un plan environnemental différent. Quelqu’un se souvient-il du moment où doit être mis en œuvre le plan « typiquement canadien »? Ou de l’engagement pris par les conservateurs de mettre en place un système de plafonnement et d’échange? Tout récemment, dans une étonnante volte-face, les conservateurs ont annoncé qu’ils avaient l’intention de réglementer les émissions de gaz à effet de serre afin d’essayer d’atteindre l’objectif. Cette décision serait fondée sur le fait que les États-Unis doivent abandonner l’idée du système de plafonnement et d’échange à la suite de l’élection de mi-mandat d’un trop grand nombre de républicains du Tea Party. Si a=b et que b=c, il s’ensuit que la politique des conservateurs en matière de changements climatiques est déterminée par le Tea Party.

Replaçons « l’engagement » de réglementer les GES dans son contexte. Il s’agit d’un gouvernement conservateur qui a démontré encore et encore qu’il croit que les pouvoirs publics sont la source du problème. Pas plus tard qu’en janvier dernier, M. Harper a créé une commission qui vise à réduire la paperasse découlant de la réglementation. Et à présent, les conservateurs délaissent des instruments du marché comme le système de plafonnement et d’échange, que recommandent une foule d’économistes, en faveur d’une réglementation contraignante. Même le National Post a critiqué l’approche des conservateurs, s’en moquant comme étant presque du communisme. Ce qui me préoccupe toutefois, c’est que cette position semble avoir été adoptée uniquement par opportunisme politique. En effet, pour quelle autre raison un parti qui se flatte de défendre le libre marché aurait-il même l’idée de réglementer un système de plafonnement et d’échange?

L’intransigeance des conservateurs dans le dossier des changements climatiques met en évidence le fait qu’ils sont de piètres gestionnaires de l’économie. Qui d’autre aurait laissé passer l’occasion d’inclure aux mesures de stimulation de l’économie d’importants investissements dans les technologies propres? D’autres pays comme la Chine ont saisi l’occasion. La part de leurs mesures de stimulation consacrée à l’investissement dans l’environnement était de près de cinq fois supérieure à celle du Canada. Une étude révèle que le Canada aurait accroître de 60 % le nombre d’emplois créés s’il avait eu un niveau d’investissement proportionnel à celui de la Chine. 

En outre, l’argument habituel des conservateurs au sujet de la nécessité d’attendre ce que décident les États-Unis est un faux-fuyant. La respectée et indépendante Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie, à laquelle de nombreux conservateurs ont été nommés, a recommandé dans un récent rapport que le Canada devance les États-Unis. En établissant un prix plafond dans le cadre d’un système de plafonnement et d’échange, le Canada pourrait commencer à réduire les émissions, mettre en place l’infrastructure nécessaire et avoir quand même des prix qui ne seraient pas déphasés par rapport à un éventuel système américain.

La démarche politiquement opportuniste à court terme de M. Harper aura dans l’avenir des incidences fâcheuses sur l’économie et sur l’environnement. Le dernier budget fédéral a été une autre occasion ratée pour M. Harper, et une déception de plus pour les Canadiens.

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