Publié par le sénateur Colin Kenny le 08 novembre 2008
En période difficile, il est tentant de sabrer le budget de la défense; or, ces dépenses sont cruciales pour le commerce transfrontalier et la prospérité nationale.
Le gouvernement fédéral cherche de peine et de misère à réunir de nouveaux fonds pour stimuler l’économie canadienne et conserver quelques emplois.
L’industrie forestière et l’industrie automobile abolissent des emplois à un rythme fou. Elles ont toutes deux demandé un milliard de dollars à Ottawa. Que le fédéral verse l’argent ou pas, il va devoir créer toutes sortes de stimulants économiques pour stopper les pertes d’emplois.
Malheureusement, le gouvernement Harper gaspille déjà 12 milliards de dollars par année depuis qu’il a réduit la TPS de sept à cinq pour cent. C’est un geste politique qui a consterné les économistes et laissé froids la plupart des Canadiens. Il a aussi eu pour effet de vider les coffres de l’État.
Dans ces conditions, où le gouvernement essaiera-t-il de réduire les dépenses, et où investira-t-il par la suite pour favoriser la création d’emplois?
J’ai peur que le gouvernement s’inspire de ses prédécesseurs, tant libéraux que conservateurs, en cherchant à soutirer des fonds du budget militaire canadien pour garnir ses coffres.
Ce serait une erreur monumentale. Si le gouvernement Harper veut créer des emplois, il ferait beaucoup mieux d’investir davantage dans les Forces canadiennes.
Le gouvernement conservateur de Brian Mulroney et les gouvernements libéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin ont pratiqué des coupes sombres dans l’armée canadienne au nom de la réduction du déficit. La cause est noble, mais en sacrifiant l’armée on nuit au maintien de la prospérité et de la souveraineté du Canada.
Le gouvernement actuel dit qu’il prend au sérieux la sécurité des Canadiens, mais il ne joint pas le geste à la parole. Il semble que les engagements initiaux en faveur du recrutement et de la croissance aient été abandonnés.
Les Canadiens semblent penser qu’ils ont une armée solide parce que leurs soldats sont déployés sur le théâtre d’opérations afghan. Mais derrière cette image de présence musclée en Afghanistan se cache une armée dénuée du personnel ou des ressources nécessaires pour défendre les Canadiens et améliorer leur mode de vie.
Oui, le Canada a prouvé qu’il pouvait garder mille combattants sur le terrain en tout temps, mais c’est un chiffre infime s’il veut protéger et servir ses intérêts. Notre modeste déploiement de troupes en Afghanistan a pratiquement paralysé la croissance et la modernisation des Forces canadiennes que le gouvernement avait promises.
En honorant cette promesse, le gouvernement pourrait contribuer grandement à résoudre la crise de l’emploi à laquelle il est confronté. Tout le monde sait que les exportations créent de l’emploi. Tout le monde sait aussi que les Américains sont, de loin, notre principal client. Or, ce client achète moins dernièrement.
Cette situation n’est pas seulement due à l’affaiblissement de l’économie américaine ou à la surévaluation du dollar canadien. Les passages frontaliers entre nos deux pays sont engorgés. On soupçonne que beaucoup de politiciens américains sont ravis de voir que le passage plus difficile de la frontière rend le Canada moins attrayant pour les investisseurs désireux de servir les deux marchés. Si la frontière est un problème, pourquoi ne pas s’installer aux États-Unis seulement?
L’engorgement de la frontière est en fait une barrière commerciale non tarifaire. Comment réagir? Ce sera tout un défi de convaincre une administration démocrate à l’idéologie protectionniste qu’il est dans l’intérêt des deux pays de rétablir la fluidité des échanges commerciaux.
Comment faire pour que la nouvelle administration américaine aplanisse notre problème? Lui couper l’accès au pétrole et au gaz? Nous ne pouvons pas le faire, c’est illégal. Lui offrir notre eau? Impensable. Lui rappeler que nous sommes des amis intimes? Les pays n’ont pas besoin d’amis. Ils ont besoin d’alliés qui leur offrent des avantages tangibles.
Nous devons être en mesure d’offrir au président américain quelque chose dont il a besoin si nous voulons convaincre sa nouvelle administration qu’elle doit résister aux pressions inévitables du Congrès pour fermer le marché américain aux produits canadiens.
Cette chose dont il a besoin, c’est une importante aide militaire, tant pour la défense du continent que pour les missions à l’étranger qui ont du bon sens. (La guerre en Iraq n’a pas de bon sens, mais le nouveau président est plus réfléchi que George Bush, et le Canada devrait pouvoir collaborer avec lui.)
Une aide militaire judicieuse, ce n’est pas trop offrir à un allié aussi indispensable à notre bien-être, surtout s’il nous donne une place privilégiée dans les discussions tenues à Washington sur des questions cruciales pour la création d’emplois au Canada.
Ce n’est pas tout. Les Forces canadiennes ont besoin de 20 000 employés de plus pour pouvoir offrir aux Canadiens un minimum de protection et envoyer des troupes à plus d’un endroit en même temps si nécessaire. Sauf que le recrutement est au point mort et que le gouvernement est revenu sur sa promesse d’accroître l’effectif des Forces. C’est maintenant qu’il faut recruter, compte tenu du grand nombre de jeunes qui cherchent un emploi.
Il y a plus encore. Les Forces canadiennes ont besoin de 1,5 milliard de dollars pour remplacer leur parc de camions périmé. Exécutons cette commande dès que possible – en Ontario.
L’industrie navale du Canada est devenue très perfectionnée. Elle est capable de prendre en main la réalisation des nombreux contrats qui devront être signés si la marine canadienne doit remplir ses obligations ailleurs que dans un étang.
Pourquoi ne pas conclure avec l’industrie une entente de longue durée, surveillée de près, qui garantirait des milliers de bons emplois, une entente qui remplacerait l’attribution de contrats actuelle, dont le caractère occasionnel et imprévisible rend difficile la constitution d’une main-d’œuvre fiable? On créerait ainsi des emplois dans les Maritimes, au Québec et en Colombie-Britannique.
Bâtissons l’armée canadienne. Bâtissons l’économie canadienne. Avec de l’argent et du bon sens.
Colin Kenny a présidé le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense au cours des deux dernières législatures.