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Protéger les Canadiens ou économiser quelques cents en TPS?

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Publié par le sénateur Colin Kenny le 02 septembre 2008

Les organismes chargés de la sécurité du pays manquent de fonds au point d’être dans l’impossibilité d’assumer leurs responsabilités

 

Dans une certaine mesure, il incombe à chacun de décider des risques physiques auxquels il s’expose. Ainsi, chacun peut choisir d’assurer sa maison, de pratiquer un sport extrême, d’aller se promener pendant un orage électrique, de fumer ou de chercher querelle à des brutes, etc.

 

Toutefois, il incombe aussi dans une certaine mesure aux pouvoirs publics, notamment les gouvernements provinciaux (pour la santé) et fédéral (pour la sécurité nationale et la défense), de réduire les risques physiques auxquels la population est exposée.

 

Les Canadiens devraient s’employer à suivre de près la manière dont leurs pouvoirs publics atténuent les risques qui les menacent.

 

Nous disposons d’un ensemble d’organismes de protection fédéraux qui surveillent notre bien-être physique, à savoir la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et, bien sûr, les Forces armées.

 

Il est toutefois curieux, à mon avis, qu’à une époque marquée, sur le plan économique, par la disparition  d’emplois bien rémunérés dans le secteur privé et, plus généralement, par une vulnérabilité accrue du Canada aux catastrophes naturelles et aux crises dues aux hommes, tous ces organismes manquent cruellement de ressources tant financières qu’humaines.

 

Le gouvernement fédéral actuel a décidé de se passer de 12 milliards de dollars de revenus annuels en abaissant la TPS de 7 à 5 %. Ce serait parfait si le gouvernement avait suffisamment d’argent pour assumer ses divers rôles – dont le plus important est la protection physique des Canadiens.

 

Mais voyons les faiblesses des organismes censés nous protéger et demandons-nous s’ils ont les fonds nécessaires pour faire leur travail.

 

Commençons par la GRC. Le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense estime qu’il manque de 5 000 à 7 000 agents à la GRC. Si cela vous semble difficile à croire, voyez quelques exemples parmi les douzaines que je pourrais vous proposer pour appuyer les dires du Comité :

 

  • Aux États-Unis, 2 200 agents de la Garde côtière patrouillent les Grands Lacs. Le Canada essaie d’en faire autant avec 14 membres de la GRC. Les Américains nous exhortent à nous joindre à eux pour combattre la criminalité, mais la GRC n’a pas le personnel suffisant.
  • Les ports du Canada fourmillent de criminels, mais la GRC n’a pas assez de personnel pour s’en occuper. En raison de lacunes énormes sur le plan de la sécurité, criminels et terroristes ont beaucoup trop de latitude. Il faudrait à la GRC 900 policiers de plus pour qu’elle puisse faire son travail correctement dans les ports.
  • L’ancien commissaire à la GRC a fait savoir que ses effectifs ne peuvent s’occuper que d’un tiers des organismes criminels au Canada dont ils connaissent l’existence, sans compter tous ceux qu’ils n’ont pas encore découverts.

 

Pour régler la forte pénurie de personnel à la GRC, le gouvernement fédéral a décidé, il y a un an environ, d’accorder à cette dernière quelque 600 employés de plus, soit un dixième de ce dont elle avait besoin. Il a également promis aux provinces un financement leur permettant de recruter 1500  policiers, mais, étrangement, il a oublié la police nationale.

Il y a également une grave pénurie d’agents des douanes. Selon les estimations du Comité, l’Agence des services frontaliers du Canada, qui veille sur 1 200 postes frontaliers et autres points d’entrée au Canada, a besoin de 2 300 employés supplémentaires. Pourquoi? Pour ne plus avoir recours l’été à des étudiants non formés pour remplacer les garde-frontière, pour embaucher un autre agent aux 139 postes frontaliers où des agents sont contraints de travailler seuls, pour acheter des machines d’inspection électronique des marchandises, qui devraient être utilisées beaucoup plus largement, et pour embaucher du personnel pour remplacer les agents qui suivent une formation au tir.

 

Le gouvernement fédéral s’est engagé à embaucher 400 nouveaux agents de douane, ce qui devrait suffire pour éliminer des situations où des agents sont seuls au poste, mais ne résoudra pas les trois autres problèmes indiqués ci-dessus. Moins de 3 % des conteneurs qui pénètrent au Canada font l’objet d’un balayage ou d’une inspection, ce qui est une invitation permanente aux criminels et terroristes en puissance.

 

Les derniers renseignements que l’ASFC a fournis au Comité indiquaient que 459 véhicules ont passé la frontière canadienne sans s’arrêter au cours des six derniers mois, et que plus de 200 de ces conducteurs n’ont jamais été appréhendés. C’est à la fragilité des frontières qu’il faut attribuer l’apparition d’armes et de drogues dans les rues des villes canadiennes. Le problème provient en partie de la perméabilité de nos frontières.

 

Passons aux forces armées canadiennes. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, il n’est pas de bon ton au Canada de se soucier de la taille ou de la force de l’armée canadienne. Mais l’armée est un facteur important lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts à l’étranger et de protéger la population ici même. L’actuel gouvernement a promis aux Canadiens une politique de défense axée sur le principe « le Canada d’abord » et s’est même engagé à un moment donné à accroître les effectifs des Forces de 15 000 soldats pour les porter à 75 000 d’ici 2010-2011 et les réservistes de 10 000 membres pour les porter à 35 000.

 

Par la suite, il a annoncé discrètement qu’il s’était trompé et qu’il n’augmenterait les forces régulières que de 7 500 effectifs et les réservistes que de 1 000 personnes. Jusqu’ici, il ne s’agit toujours que de paroles, même s’il est revenu sur ses promesses. Dans le rapport sur les besoins de l’armée canadienne pour 2008-2009, le lieutenant-général Andrew Leslie a révélé que l’armée avait en fait perdu 30 soldats depuis 2005. Lors de son témoignage devant le Comité, il a précisé qu’il manquait 1 000 sous-officiers. D’après lui, l’armée en est à un point critique pour ce qui est de sa survie.

 

Il est vrai que l’armée canadienne n’a pas suffisamment d’effectifs pour assumer le rôle qu’elle a choisi de jouer en Afghanistan et, à plus forte raison, pour participer à d’autres missions qui pourraient se révéler tout aussi importantes ou pour consolider nos propres défenses ici même. Pour que l’armée canadienne joue les rôles que les politiciens exigent souvent d’elle, elle devrait compter 90 000 personnes. C’était les libéraux qui étaient au pouvoir pendant ce que l’on a appelé la « décennie de noirceur » pour les Forces canadiennes, soit les années 1990, mais l’actuel gouvernement ne fait guère mieux et n’a pas l’excuse d’avoir à combattre un déficit.

 

Enfin, reste le SCRS, l’organisme de renseignement au cœur des efforts du Canada pour combattre le terrorisme, fléau qui ne disparaîtra pas et qui touchera les Canadiens un jour comme il a touché les Américains il y a sept ans, à moins que nous maintenions nos défenses. Le SCRS dispose toutefois aujourd’hui d’effectifs moindres qu’il y a 18 ans, bien qu’il assume depuis des responsabilités à l’étranger.

 

La première priorité de tout gouvernement national est la protection physique de ses citoyens. Je ne prétends pas qu’un gouvernement canadien pourrait trouver les fonds nécessaires pour combler toutes les lacunes sur le plan de la sécurité que connaît notre pays et que notre Comité a cernées. Je soutiens que ce gouvernement prétend défendre l’ordre public sans fournir aux institutions qui assurent cet ordre public les ressources dont elles ont si désespérément besoin, loin s’en faut.

 

Sénateur libéral, Colin Kenny préside le Comité sénatorial de la sécurité nationale et de la défense.


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