Publié par Scott Russell, CBC Sports le 25 novembre 2008
Comme le dit Lady Galadriel, dans Le Seigneur des anneaux, « toute personne, si petite soit-elle, peut changer le cours des choses ».
Permettez-moi de m’éloigner des sujets sur lesquels j’écris habituellement sur ce site.
À l’occasion de la Journée nationale de l’enfant et de la célébration annuelle de l’adoption de la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies en 1959, laissez-moi vous raconter une expérience personnelle qui m’a grandement touché.
Permettez-moi de vous parler du jour où j’ai pris la parole au Sénat du Canada.
Pour une raison quelconque, le Sénat m’avait demandé d’être le conférencier principal lors de la Journée nationale de l’enfant. Les sénateurs Jim Munson, Terry Mercer et Ethel Cochrane voulaient que je prononce un discours empreint de sagesse et d’encouragement devant environ 300 enfants de la région d’Ottawa, âgés de 10 à 14 ans, réunis dans la Chambre rouge ce jour-là.
Les sénateurs espéraient que j’arpente la Chambre haute du Parlement et que je m’adresse à chaque enfant pour leur dire grosso modo de viser le succès.
« Pourquoi moi? », ai-je demandé à la sénatrice Cochrane dès mon arrivée. « Mais parce que tu passes à la télé! » me répond-elle. « Et parce qu’ils peuvent te reconnaître et aussi parce que tu as participé aux Jeux olympiques. »
Il était étonnant de constater qu’une personne comme moi, qui gagne sa vie en racontant des histoires, valait la peine qu’on l’écoute un jour comme celui-ci. C’était une belle leçon d’humilité, c’est le moins qu’on puisse dire.
« Hé! Tu es l’homme de CBC Sports », a dit une jeune fille portant le voile dans la deuxième rangée. « D’où viens-tu? » lui ai-je demandé instantanément.
« Je vis ici, mais je suis originaire de l’Iraq », a-t-elle répondu en souriant.
Avant que ce soit mon tour de parler, nous avons écouté un étudiant de l’Université d’Ottawa, qui travaille comme page au Sénat du Canada, chanter l’hymne national. Nous avons ensuite écouté des chanteurs de gorge inuits et un quatuor de chansonniers canadiens-français. Par la suite, il y a eu Aurora, une préadolescente, qui a chanté Piano Man de Billy Joel, accompagnée à la guitare par son père. Le maître de cérémonie était le jeune Michel Naubert, qui a su diriger le tout de façon magistrale.
« Aujourd’hui est une journée d’inclusion », a fait remarquer Michel, qui a révélé ainsi une sensibilité peu commune pour un enfant de son âge.
Les athlètes olympiques, Kristin Gauthier et Angus Mortimer, qui ont participé aux compétitions de kayak l’été dernier à Pékin, ont su garder les enfants sous leur charme tandis qu’ils leur expliquaient la force de leurs rêves.
Puis, nous avons été inspirés par le jeune Anthony Curkeet-Green, qui a surmonté son autisme. Il a lu un discours devant le groupe, et la sénatrice Cochrane lui a remis un prix.
Finalement, quand est venu mon tour de m’adresser au groupe, je ne pouvais penser qu’à une seule chose : tout est possible dans ce pays lorsqu’on est jeune et en bonne santé.
J’ai parlé de ma dernière expérience olympique à Pékin et raconté l’histoire des trois médaillés d’or du Canada.
J’ai d’abord parlé de la lutteuse Carol Huynh, fille de réfugiés vietnamiens, qui était commanditée par la United Church d’Hazelton, en Colombie-Britannique. Elle a remporté tous ses combats et a ravi la médaille d’or à la championne du monde japonaise, qui était la grande favorite.
J’ai également parlé de l’équipe d’aviron, dont deux des huit rameurs ont vaincu le cancer. Brian Price a survécu à la leucémie durant son enfance, et Dominic Seiter, au cancer de la thyroïde. Ils ont su insuffler à l’équipe un courage particulier qui a permis de racheter la défaite d’Athènes il y a quatre ans, et de remporter la médaille d’or.
En dernier, j’ai parlé d’Éric Lamaze, le champion du saut à obstacles. Fils d’une toxicomane et originaire d’un quartier mal famé de Montréal, Lamaze a lui-même été banni des deux derniers Jeux olympiques parce qu’il avait des problèmes de consommation. Au Canada, le pardon existe, et Lamaze a eu droit à sa dernière vraie chance pour gagner une médaille d’or.
Tout est possible dans le pays le plus favorisé du monde. Ces enfants ne devraient pas le tenir pour acquis parce que la magie du sport et du jeu n’est pas à la portée des enfants, qui vivent dans des endroits bien moins favorisés du monde.
Pendant que je disais ces dernières paroles, je ne pouvais m’empêcher de parler directement à la jeune Iraquienne que j’avais rencontrée plus tôt. Tous les deux savions que dans son pays d’origine, ce luxe n’était pas à la portée d’une personne comme elle.
Ensuite, à la fin de la journée, nous avons écouté Becka Dehann qui a chanté Somewhere over the Rainbow, tiré du film Le magicien d’Oz. Becka est aveugle de naissance, mais elle joue du piano merveilleusement et chante comme un rossignol malgré qu’elle ne puisse que rêver des mots et des images qu’elle chante si bien.
La prestation de Becka nous a soulevés et nous a arraché des larmes dans la Chambre du Sénat en cette Journée nationale de l’enfant. Tandis que je regardais les enfants dans la foule et les enfants plus âgés qui étaient nos hôtes, je me suis dit :
Quand on est jeune au Canada, tout est possible.
{traduction}
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