Publié par le sénateur Grant Mitchell le 14 septembre 2007
Les changements climatiques et nos obligations découlant du Protocole de Kyoto sont l’occasion rêvée d’exercer un leadership fort; un leadership qui permettrait à la fois de résoudre le problème et de profiter des débouchés économiques qu’il offre.
Le premier ministre Stephen Harper s’est évertué à convaincre les Canadiens qu’il est en train de s’attaquer aux changements climatiques, mais, en réalité, il n’a presque rien fait.
Au début de son mandat, le gouvernement Harper a annulé les programmes de lutte contre les changements climatiques de son prédécesseur libéral, arguant qu’ils étaient inefficaces.
Pourtant, la ministre de l’Environnement d’alors (Rona Ambrose) a reconnu, lors de sa comparution devant le Comité sénatorial de l’environnement, qu’elle n’avait jamais fait une évaluation de ces programmes. Il convient donc de se demander comment elle pouvait savoir qu’ils étaient inefficaces, d’autant plus que le Conseil du Trésor avait procédé à sa propre évaluation et constaté qu’ils étaient, au contraire, très efficaces.
Depuis, face à l’inquiétude croissante de la population sur les changements climatiques et au leadership clair de Stéphane Dion dans ce domaine, M. Harper a tenté de manipuler l’opinion publique et de s’assurer d’une certaine crédibilité quant au dossier Kyoto par la réinstauration de programmes libéraux vidés de leur contenu.
La réponse qu’il a donnée récemment à la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto, adoptée en 2007, constitue un refus catégorique de respecter les obligations qui nous incombent aux termes du Protocole, même si le Parlement lui a ordonné de le faire.
Il est honteux que les dirigeants de l’un des pays les plus prospères au monde refusent de donner l’exemple et d’encourager ainsi les autres pays à lui emboîter le pas.
M. Harper et le ministre de l’Environnement (John Baird) soutiennent qu’investir dans l’atteinte des objectifs de Kyoto perturberait l’économie, mais, logiquement, le type d’investissement nécessaire à cette fin, comme ceux dans les nouvelles technologies, le bâtiment industriel et la recherche et développement, stimulerait, en fait, l’économie.
Il suffit pour s’en persuader de songer à d’autres mesures environnementales importantes, comme celles qui ont été prises pour lutter contre les pluies acides et l’effet des CFC sur la couche d’ozone. Dans les deux cas, on avait prédit un désastre économique, des pertes d’emploi, une récession liée aux pluies acides, ou des faillites d’industries.
Rien de cela n’est arrivé. L’expérience montre qu’en règle générale, les dépenses et le temps nécessaires à la réalisation d’importants projets environnementaux sont bien moindres qu’on le pensait au départ.
Des représentants du secteur industriel qui ont comparu devant le Comité sénatorial de l’environnement le printemps dernier ont été rassurants sur l’atteinte des objectifs de Kyoto. L’Association des produits forestiers du Canada a indiqué que ses membres avaient déjà réduit leur bilan carbone, de telle sorte que celui-ci est inférieur de 44 % au niveau de 1990, soit sept fois la réduction visée par le Canada aux termes du Protocole de Kyoto, qui de 6 % par rapport à 1990.
L’Association canadienne des fabricants de produits chimiques a indiqué que sa réduction était de 56 % par rapport au niveau de 1990, soit neuf fois celle exigée par le Protocole. Enfin, les Manufacturiers et Exportateurs du Canada ont annoncé une réduction de 7,4 % et une hausse de leur productivité de presque 50 %.
Malgré le consensus sans précédent chez les scientifiques en ce qui concerne les changements climatiques, supposons qu’il y a 50 % de chances pour que ces changements soient en cours et qu’ils soient liés à l’activité humaine. S’il était tout aussi probable que le Canada soit victime d’une importante attaque terroriste, est-ce qu’on s’attendrait à ce que le gouvernement n’intervienne à peu près pas?
Le gouvernement Harper ne tient aucun compte des preuves indiquant que l’atteinte des objectifs de Kyoto serait beaucoup moins onéreuse qu’il aimerait nous le faire croire. Même les représentants du secteur industriel qui ont témoigné devant le Comité sénatorial ont estimé que le maintien des objectifs de Kyoto jusqu’à la fin de 2012 coûterait 30 milliards de dollars, soit 6 milliards de dollars par année, estimation avec laquelle un sénateur conservateur était d’accord.
Cette somme représente moins que la moitié de 1 % du PIB annuel du Canada. À titre de comparaison, pensez que la réduction de 1 % de la TPS se chiffre à plus de 25 milliards de dollars sur la même période. Il est donc difficile de comprendre que l’atteinte des objectifs de Kyoto perturberait l’économie!
Le gouvernement actuel doit considérer Kyoto non pas comme un coût, mais comme une occasion à saisir. Maintenir le statu quo sera probablement beaucoup plus dommageable pour notre économie que respecter nos obligations. Une économie solide en ce XXIe siècle devra être une économie de l’environnement. L’occasion à saisir se présente non pas en combattant le Protocole de Kyoto, mais en y adhérant. On penserait qu’un parti politique fier de l’appui qu’il donne aux entreprises s’empresserait de profiter du potentiel économique de la lutte contre les changements climatiques.
Peut-être que s’attaquer à ce problème environnemental évoque la possibilité d’une plus grande réglementation gouvernementale. Au lieu de reculer devant ce défi, le gouvernement devrait s’employer à trouver la solution la moins interventionniste. Là, il ferait preuve de leadership!
Même si la lutte contre les changements climatiques sera une bonne chose pour l’économie, certaines industries ou régions pourraient être désavantagées.
Il est clair que cette possibilité inquiète les Albertains. Elle devrait aussi inquiéter tous les Canadiens. Si le Canada est assez riche pour atteindre les objectifs de Kyoto, c’est, dans une large mesure, parce que le secteur énergétique de l’Alberta contribue énormément à l’économie nationale.
Un grand gouvernement relève les défis de son époque. De grands dirigeants passeraient à l’action devant un défi aussi grand que les changements climatiques et le Protocole de Kyoto. Mais les dirigeants de notre pays tergiversent, et l’histoire commence déjà à définir l’actuel gouvernement conservateur.
Grant Mitchell est le sénateur libéral de l’Alberta qui a parrainé au Sénat le projet de loi C-288 sur Kyoto, adopté le printemps dernier.